Adrien Gardère, designer, scénographe, muséographe « Aujourd'hui, la vraie priorité est d'être attentif à la polysémie des regards »

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Zoom sur l'image Adrien Gardère, designer, scénographe, muséographe « Aujourd'hui, la vraie priorité est d'être attentif à la polysémie des regards »
© Ben Regent - PHOTO - 063_Image55471.jpg

« En matière de muséographie et de scénographie, l'architecture est déterminante car il faut en comprendre les logiques pour trouver des solutions pertinentes. Il ne s'agit pas de faire du stylisme mais bien au contraire du sur-mesure, adapté aux propos portés par les conservateurs, par les œuvres, et adapté au lieu dans lequel on s'inscrit et qui a son identité propre. Chaque musée apporte une approche particulière et une relation à l'architecture bien spécifique. À titre d'exemple, pour la rénovation du musée d'Art islamique du Caire, un bâtiment historique plus que centenaire, nous avons travaillé sans architecte, mais l'observation de cette architecture patrimoniale a été cruciale dans la conception du projet. Pour le musée du Louvre-Lens, arrivés sur le projet deux ans après que Sanaa a gagné le concours d'architecture, nous avons collaboré très étroitement avec Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa. À Toronto, pour l'Aga Khan Museum conçu par l'architecte Fumihiko Maki, la relation était moins soutenue mais néanmoins déterminante pour concevoir le projet muséographique. Quant au Musée régional de la Narbonne antique, nous travaillons de concert avec l'équipe Foster + Partners avec qui nous avons gagné le concours d'architecture. La proposition muséographique constitue l'épine dorsale du musée et du projet architectural.

Le travail sur la relation entre les œuvres et avec l'architecture est essentiel. Le design, la lumière, l'agencement, les circulations : tout est conçu pour valoriser les œuvres et laisser au visiteur la liberté d'établir un dialogue avec elles, entre elles, une conversation infinie puisque réinventée sans cesse par ses propres déplacements. Dans cette optique, le musée du Louvre-Lens est un exemple qui fera date tant l'imbrication des maîtres d'œuvre - architectes, paysagiste et muséographe - répond aux enjeux sociaux, politiques, scientifiques et artistiques du projet. Sans jamais niveler par le bas, il y a une volonté de désamorcer tous les processus d'intimidation vis-à-vis du public, en rendant l'ensemble fluide, intuitif et appropriable. Dans la galerie du temps, pour renforcer la perception des dimensions exceptionnelles du bâtiment (un espace d'un seul tenant de 3 200 m2), et donner forme au projet scientifique, j'ai prisle parti de supprimer tout cloisonnement et de n'accrocher aucune œuvre au mur. En décloisonnant l'espace et en libérant les murs, les regroupements d'œuvres se retrouvent au cœur de l'architecture. C'est autour de ces regroupements que le public circule, déambule, s'arrête, contemple, se repose. Le mobilier muséographique active ainsi des séquences d'œuvres (même civilisation, même aire géographique, même époque), retravaille la temporalité (rapprochant parfois des représentations séparées par des siècles), ou encore génère des ruptures (de styles, de techniques...). Il suggère des hors-champ, induit des raccords (une œuvre devenant le détail d'une autre), entraîne des panoramiques.

En accord avec Sanaa, nous avons créé la « terrasse » d'introduction, qui domine la galerie et met le visiteur en position de surplomb, avant de l'inviter à « descendre » dans la galerie. Le choix d'habiller les murs intérieurs de la galerie du temps d'aluminium anodisé légèrement réfléchissant et de créer ainsi un espace infini où se reflètent les œuvres, participe de la même logique.

Aujourd'hui les musées sont animés par des gens qui admettent se poser des questions et préfèrent susciter des interrogations qu'asséner des vérités. La vraie priorité est d'être attentif à la polysémie des regards. »

Adrien Gardère, designer, scénographe, muséographe « Aujourd'hui, la vraie priorité est d'être attentif à la polysémie des regards » Adrien Gardère, designer, scénographe, muséographe « Aujourd'hui, la vraie priorité est d'être attentif à la polysémie des regards »
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