Anne-Flore Guinée et Hervé Potin, architectes: "Ni des matériaux vertueux ni des recettes techniques ne fabriquent à eux seuls une bonne architecture"

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© Nicolas Pineau - Anne-Flore Guinée et Hervé Potin, architectes (Guinée-Potin)

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En France, l’application dès le 1er janvier 2022 de la RE2020 - d'abord dans le logement neuf, puis dans les bureaux et les équipements d'enseignement - représente, pour les architectes, un changement de paradigme. Si les principes bioclimatiques renvoient des fondamentaux vertueux, ils ne sauraient suffire. Comment penser une production architecturale élémentaire ancrée dans le local, mais également en phase avec les usages, les technologies contemporaines et les réalités sociétales du XXIe siècle ? Le point de vue d'Anne-Flore Guinée et Hervé Potin, architectes (Guinée-Potin).

L'attention et "le bon sens" bioclimatique que nous portons au contexte, avec des implantations adéquates, des orientations adaptées aux usages et, si possible, une forme de compacité, pose, à notre sens, les premiers jalons environnementaux. S'y ajoutent les principes structurels et les concepts d'enveloppe, qui doivent à présent être frugaux et le plus bas carbone possible. Cela n'est pas une contrainte pour nous, puisque nous privilégions, depuis de nombreuses années, des mises en œuvre mixtes, alliant le béton et le bois, la paille, les isolants en chanvre ou fibres de bois, des matériaux si possible bio- et géosourcés.

Le bois, le chaume, les troncs d'arbre, les motifs et couleurs sont nos outils. Nous sommes attentifs à ces démarches vertueuses et les intégrons dès le début des études, en lien étroit avec les bureaux d'études, avec qui nous partageons des habitudes de travail et qui nous apportent des données chiffrées, sur les consommations énergétiques comme sur le confort des espaces.

Le défi environnemental ne nous empêche pas de promouvoir des valeurs esthétiques et émotionnelles, à travers les matériaux bruts que nous employons : une forme de douceur et de poids avec le chaume ; un aspect velouté et un toucher de craie avec la pierre de tuffeau ; l'incroyable puissance tactile du bois. Ces mises en œuvre avec des matériaux bruts qualitatifs exigent une vigilance tout au long des études et du chantier. Car le trop tue ! Attention aux mélanges dissonants, aux assemblages multiples qui annihilent les formes, aux surcadres qui coupent les tombés.

Un catalogue de matériaux vertueux, pas plus qu'un empilement de techniques, ne fabrique une bonne architecture. Comme le demandait Louis Kahn à ses étudiants avant de mettre en œuvre un matériau : "Que veux-tu, brique ?"(*). En 2000, Massimiliano et Doriana Fuksas intitulaient la Biennale de Venise "Less aesthetics, more ethics". Aujourd'hui, notre engagement ne serait-il pas de dire "More ethics, more aesthetics" ?

 

(*) "Even a brick wants to be something" in John Lobell, Louis I. Khan, Between silence and light, édition Shambhala, 1985.

 

Anne-Flore Guinée et Hervé Potin, architectes (Guinée-Potin).

 

 

Anne-Flore Guinée et Hervé Potin, architectes: Ni des matériaux vertueux ni des recettes techniques ne fabriquent à eux seuls une bonne architecture

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