Antoine-Dufour architectes, portrait des lauréats du prix de la Première Œuvre 2019

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© Stéphanie Vermassen / AMC - Pierre Dufour et Aymeric Antoine architectes, agence Antoine-Dufour, prix de la Première Œuvre 2019

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Lauréats du prix de la Première Œuvre 2019 avec l'installation de l'atelier du maître verrier Emmanuel Barrois dans une ancienne halle ferrovière à Brioude (Haute-Loire), les architectes Aymeric Antoine et Pierre Dufour revendiquent le travail sur l'existant comme acte créatif. Des jeunes professionnels bien dans leur temps.

Leur collection de prix est à faire pâlir tout jeune architecte. «On aime la compétition», avouent, timides, Aymeric Antoine et Pierre Dufour. Il vaut mieux, dans un univers où se mesurer à ses confrères est un sport quotidien. Une première distinction à un concours d’idées réservé aux étudiants les a encouragés à se lancer dans le suivant. Et ainsi de suite, depuis l’école d’architecture de Clermont-Ferrand, jusqu’à la nomination aux Albums des jeunes architectes et paysagistes en 2016, et celle de Pierre Dufour architecte en chef des Monuments historiques (ACMH) -la petite trentaine, il est diplômé de l'école d'architecture de Belleville en 2010. Effet boule de neige qui les a finalement conduits au Prix de la Première Œuvre 2019, obtenu pour la conception de l’atelier du maître verrier Emmanuel Barrois, à Brioude (Haute-Loire).

 

Aménagé dans une halle ferroviaire désaffectée, le projet cristallise les préoccupations de ses architectes pour le déjà-là, ce «capital» qu’ils refusent de muséifier. En témoigne le volume énigmatique, minimal, extrait de l’ancienne halle et dont l’étrangeté plastique signale le renouveau. «La réhabilitation est un travail d’architecte», revendiquent Aymeric Antoine et Pierre Dufour, comme s’il y avait urgence à actualiser les savoir-faire de leur profession face aux enjeux environnementaux de notre société. Dans leur agence, le patrimoine n'est qu'une composante de la grande complexité spatiale et temporelle dans laquelle s'inscrit la conception de l’espace. Cette dernière doit traverser les échelles et les problématiques, entremêlant les questions historique, économique, de filière, de structure, de géographie, de climat, de culture. On y lit la théorie des «milieux» chère à la philosophe Chris Younès. Ainsi que la filiation avec l'urbaniste Frédéric Bonnet croisé à Clermont-Ferrand, école dont Aymeric Antoine est diplômé en 2010, et où Pierre Dufour enseigne désormais.

Penser par le détail et les atmosphères

Aymeric Antoine et Pierre Dufour sont des intellectuels intériorisés, pour qui «le patrimoine n’est ni une niche, ni un refuge mais une manière d’aborder le projet». Mais il ne faut pas se fier à l’air impassible que donne les murs immaculés de leur agence parisienne ; ni à cette collection de maquettes monomatière qui les suggère patiemment appliqués. Quand bien même ils revendiqueraient la lenteur nécessaire à la conception, ils sont nerveux, hyperactifs. Pour brasser la variété des dimensions du projet, les associés se sont formés à toutes les échelles de la conception. Ils ont accumulé les expériences au sein d’agences qui partagent l'exigence du dessin, de l’exécution et de l’intelligence structurelle (Dietmar Feichtinger, Marc Barani, Studio KO ou encore la star de l’aménagement d’intérieurs de luxe, Pierre Yovanovitch). Autant de concepteurs qui opèrent avec la crème des artisans ou en tirant le meilleurs des grands entrepreneurs. Autant d’environnements où Aymeric et Pierre ont appris à penser par le détail, à définir des ambiances intérieures. Si leur bibliothèque de références s'étoffe à chaque projet, quelques figures immuables la peuplent: RCR pour l'atmosphère et la matière ; Dominique Perrault pour la rigueur des traits ; Philippe Prost pour la question de l'héritage.

Refuser d'être la caution patrimoine

Vite déterminés à «ne pas gratter toute leur vie pour quelqu'un d'autre», les jeunes architectes refusent désormais d’être réduits à la «caution patrimoine» d’un projet. Sûrement échaudés de s’être embarqués dans l’affaire Maison du peuple de Clichy-Inventons la métropole du Grand-Paris sans avoir mesurer son degré d’explosivité, ils préfèrent les équipes resserrées, pour faire corps dans la réflexion. Ils viennent de remporter la réhabilitation et l’extension du Musée des Arts-décoratifs et du design de Bordeaux, travaillent à l’aménagement d’un site archéologique à Aurillac (Cantal) et à celui du bourg de Sainte-Anastasie (Cantal). Une diversité de sujets qui ont en commun d’avoir des pré-existences. Par la charge de Pierre Dufour -nommé ACMH dans les départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, il s’occupe notamment de la nécropole de l’ancien camp de Natzweiler-Struthof-, le portfolio de l’agence oscille entre des projets d’intérêts nationaux et d’autres plus communs. Mais ne nous y trompons pas, ces architectes ne militent pas plus pour une réflexion sur les lieux ordinaires que pour la sauvegarde des grands monuments. Ils revendiquent une méthode, l'intelligence du projet quel que soit son terrain, modérant son économie et son empreinte dans le temps. Comme à Brioude, où la réhabilitation préserve les qualités d’envergure et de structure de l’ouvrage d’origine, révélant ainsi son intemporalité. Chez Antoine-Dufour, il n’y a pas de recette pour faire, mais une manière d’interconnecter les problématiques. Chaque sujet est l’occasion de se réinventer, de relever de nouveaux défis. A bien y regarder, Aymeric Antoine et Pierre Dufour sont surtout en compétition avec eux-mêmes.

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