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Atelier Aïno: "Sans rassemblement physique pour discuter des choix, les projets risquent de perdre en qualité d’usages"

Zoom sur l'image Atelier Aïno: Sans rassemblement physique pour discuter des choix, les projets risquent de perdre en qualité d’usages
© Nadia EM - Atelier Aïno, Louise Dubois, Elise Giordano, Charlotte Lovera

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Télétravail, chômage partiel, poursuite des études, reprise ou arrêt des chantiers. L'organisation des architectes est mise à rude épreuve par le travail à distance imposé pour lutter contre l'épidémie de coronavirus. Pourtant, dans les agences -ou plutôt hors les agences-, les échanges entre associés, salariés, co-traitants et clients se poursuivent, la division du travail s'adapte au fil de la situation, la gestion des projets s'optimise. Comme en temps de crise économique, les architectes français repensent leur système de production pour passer l'orage. Et le chantier est complexe, encore plus quand on a fait de la participation habitante un de ses savoir-faire. Les architectes Élise Giordano et Charlotte Lovera, et la designer Louise Dubois, de l'atelier Aïno, répondent aux questions d'AMC.

AMC: La lutte contre l'épidémie de coronavirus installe le télétravail dans la durée. Comment l'activité se poursuit-elle dans votre agence? Comment adaptez-vous vos installations et votre organisation au fil du temps?

Élise Giordano, Charlotte Lovera et Louise Dubois: Les premières semaines, nous avons été un peu surprises par l’ampleur du phénomène et nous avons consacré beaucoup d’énergie à nous réorganiser: quelles incidences sur les études en cours et sur la trésorerie? A quelles aides sommes-nous éligibles ou pas, en fonction de notre statut de scop d’architecture? L’activité a pu se poursuivre en télétravail. Les délais des études ont été décalés d’au moins un mois dans tous les projets en cours.

 

Avez-vous recours au chômage partiel?

Nous avons décidé d’ouvrir un dossier, mais pour l’instant, nous avons pu réorganiser la charge de travail sur les projets en cours. Nous sommes plus dans l’incertitude pour les mois à venir. Nous étions en attente de beaucoup de réponses de concours et de candidatures, et les chantiers vont prendre du retard à cause du décalage des études. Certains projets avaient déjà été ralentis par les élections municipales et l’ajout de la pandémie n’a fait qu’accroître les délais… Nous avons hâte de pouvoir y voir plus clair sur la charge de travail à prévoir pour la suite. Pour la mise en place du dispositif d'activité partielle, l’union des scop et France Active ont été des soutiens réactifs sur la stratégie concrète à adopter en fonction de notre situation.
 

D'après-vous, quels dangers risquez-vous face au prolongement du travail à distance?

Quels dangers risquons-nous à être déconfinés? Dans les deux cas, il nous semble que la question se pose. Les architectes ont la chance d’avoir des outils qui permettent de télétravailler facilement et de pouvoir organiser des périodes de confinement-déconfinement rapidement. Si les périodes de confinement se poursuivent et que les rassemblements sont impossibles, nous devrons en revanche réfléchir à faire évoluer nos outils d'implication des usagers dans la conception d'un projet, les ateliers de co-construction notamment. Sans rassemblement humain physique pour discuter des choix, les projets architecturaux risquent de perdre en qualité d’usages.
 

Comment envisagez-vous l'après confinement?

Nous allons poursuivre au maximum le télétravail et limiter les allers-retours à l'agence afin de minimiser les risques de contamination, d’autant plus que notre bureau, installé sur le site de Coco Velten à Marseille, est voisin d'une résidence sociale où habitent des familles fragiles. Difficile de se projeter à long terme, mais nous profitons de la période pour développer un projet de recherche et développement sur la réduction des déchets dans le bâtiment, Filidéchet, un projet co-financé par l’Ademe et la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Et nous poursuivons également notre montée en compétences sur le réemploi des matériaux. Le mooc disponible sur la plateforme bâtiment durable est très enrichissant, et participe à la diffusion des connaissances pour que tous les acteurs de la construction puissent s’emparer du sujet.

 

 

Propos recueillis par Margaux Darrieus

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