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Avenier Cornejo architectes: "Face aux épidémies et au réchauffement climatique, quels espaces pouvons-nous proposer à l’humanité?"

Zoom sur l'image Avenier Cornejo architectes: Face aux épidémies et au réchauffement climatique, quels espaces pouvons-nous proposer à l’humanité?
© Avenier Cornejo - L'agence d'architecture Avenier Cornejo confinée, en visioconférence

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Télétravail, chômage partiel, poursuite des études, reprise ou arrêt des chantiers. L'organisation des architectes est mise à rude épreuve par le travail à distance imposé pour lutter contre l'épidémie de coronavirus. Pourtant, dans les agences -ou plutôt hors les agences-, les échanges entre associés, salariés, co-traitants et clients se poursuivent, la division du travail s'adapte au fil de la situation, la gestion des projets s'optimise. Comme en temps de crise économique, les architectes français repensent leur système de production pour passer l'orage. Et ils envisagent déjà l'après, les leçons que la profession et le monde de la construction devront tirer de la situation actuelle. Les architectes Christelle Avenier et Miguel Cornejo répondent aux questions d'AMC.

AMC: Le confinement imposé pour lutter contre l'épidémie de coronavirus installe le télétravail dans la durée. Comment l'activité se poursuit-elle dans votre agence? Comment adaptez-vous vos installations et votre organisation au fil du temps?

Christelle Avenier et Miguel Cornejo: Nous avons mis en place le télétravail dans la précipitation. Le 16 mars 2020, tous les membres de l’agence sont partis avec un ordinateur fixe ou portable pour une période indéterminée. Certains avaient accès au NAS, pour les autres nous avons utilisé une Dropbox qui sert de serveur de secours. Pour les chantiers, les choses furent claires dès le 16 mars: tout a été arrêté. Du moins sur site car, pour les études, nous avons continué à traiter les sujets en cours (visas, fiches de travaux modificatifs, etc.), en gardant un lien avec les différentes entreprises en prévision d’un possible retour.

Depuis longtemps dans notre organisation interne, nous avons associé à chaque projet, un groupe Whatsapp. La communication à distance était déjà en place grâce aux projets que nous menons en association avec d’autres architectes français ou européens. En général, les architectes sont un peu familiarisés avec le travail à distance, avec le développement des projets en association. Mais pas dans les conditions extrêmes imposées par le confinement bien sûr.

Petit à petit les organisations se sont trouvées avec des compléments d’outils très pratiques, comme les visioconférences où l’on peut partager les écrans et corriger un document à plusieurs. Tout ceci est très chronophage mais essentiel. Le "bonjour" et le café du matin sont remplacés par un texto vers 9h20 sur le groupe de "l’agence" pour prendre des nouvelles, donner un rythme à la journée et faire un point quotidien rapide.

Notre plus belle prouesse à ce jour est d'avoir rendu un concours le 24 avril à trois agences, dans les temps et avec un rendu qui peut faire oublier que nous étions dans des lieux différents!

 

Avez-vous recours au chômage partiel?

Oui, heureusement et malheureusement. Pour cela, nous avons procédé au cas par cas. Une réflexion individuelle a été menée avec chaque architecte pour voir comment l’envisager. Le chômage partiel concerne évidemment plus les architectes qui sont chargés des chantiers, que ceux qui travaillent aux études. 

 

D'après vous, quels dangers risquez-vous face au prolongement du confinement?

Il y a évidemment la dimension financière, les clients ne payerons pas ces semaines de travail en plus puisque nous sommes souvent en contrat de mission forfaitaire. Cependant, il nous semble important de participer à l’effort collectif pour que la reprise ne soit pas trop violente et précipité. Nous ne souhaitons pas qu’il y ait une course pour rattraper le temps passé en confinement et que tout le bénéficie de ce temps de réflexion s’envole.

 

 

Comment envisagez-vous l'après confinement?

Enthousiaste dans un premier temps, avec le plaisir de se retrouver, de reprendre ses marques pour ensuite discuter et échanger. Partager nos envies pour redéfinir de nouvelles valeurs, explorer un "vivre ensemble" plus proche d’une dimension humaine. Cette "pause" nous permet de se questionner sur notre rythme de vie, nos besoins et nos habitudes de consommation. Sur ce que nous désirons faire évoluer.

De plus, ce confinement met l’architecture au cœur des débats. Non seulement à propos de l’art de bâtir et des biomatériaux à utiliser, mais cela nous questionne aussi plus fondamentalement: quels types d’espaces pouvons-nous proposer à l’humanité aujourd’hui,  confrontée à des épisodes épidémiques inédits et un environnement exposé au réchauffement climatique?

 

Propos recueillis par Margaux Darrieus

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