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Comment accueillir dignement les migrants?

Comment accueillir dignement les migrants?
© Jean-Baptiste Gurliat / Mairie de Paris - Centre humanitaire Paris-Nord, par Julien Beller architecte

 

 

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Construire des lieux de vie décents pour ceux qui atteignent la France après des voyages éprouvants, voilà la mission que se sont donnée quelques architectes engagés auprès des populations migrantes. Personnellement impliqués depuis longtemps auprès des plus précaires ou sollicités par des associations et des collectivités conscientes de l'urgence sanitaire qui se joue dans les campements informels, ces concepteurs font preuve d'inventivité pour transformer, à moindre coût, des terrains vagues ou des bâtiments voués à la démolition en habitations, certes temporaires, mais plus confortables que les habituels dortoirs déshumanisés des camps de transit. Porte de la Chapelle à Paris, Julien Beller a converti un entrepôt Sernam en centre d'hébergement chaleureux. Ouvert en novembre 2016, c'est la première tranche d'un dispositif inédit en zone urbaine dense porté par l'association Emmaüs Solidarité et visant à faciliter l’accueil et l'orientation des migrants. L'autre partie, ouverte en mars 2017 et située à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), a été conçue par Valentine Guichardaz-Versini (Atelier Rita architecture), qui a aménagé un village de 400 personnes sur pilotis, au-dessus des bassins filtrants d'une ancienne usine de traitement des eaux. Voués à être des lieux de transit, de plus ou moins long terme, ces deux équipements favorisent la cohabitation pacifique entre des résidents venus des quatre coins du monde, autant qu'ils préservent leur intimité au sein de quartiers à taille humaine. Eloquents, les chiffres d'Emmaüs Solidarité témoignent de la nécessité de ces équipements -presque des villages-, donc de l'implication des architectes dans leur conception: déjà 8511 ménages, 1617 mineurs isolés et 794 femmes seules et familles ont trouvé de l'aide dans l'espace de premier accueil et d'orientation, dit "la Bulle", Porte de la Chapelle à Paris. Au total, 6100 hommes célibataires ont été hébergés sur place.

Echelle humaine

L’urgence solidaire se joue également en dehors des grandes métropoles, dans le Nord, où les migrants se dirigent dans l'espoir d'un passage en Angleterre. A Grande-Synthe, l’équipe de Médecins sans frontières, épaulée par l’association d’architectes Actes & Cités, a construit le camp de la Linière en trois mois pour offrir un abri décent à 1500 migrants. Parti en flammes en avril 2017, le camp avait fait l'objet d'une réflexion poussée sur son organisation générale: les shelters en bois voués à être des habitations étaient organisés en quartiers à échelle humaine, autour d’espaces laissés libres pour bâtir des équipements (école, distribution de vêtements et de nourriture). Cyrille Hanappe, architecte membre d’Actes & Cités, qui étudie depuis plusieurs années les camps avec ses étudiants de l’Ensa Paris-Belleville, jugeait alors ce modèle de conception où "les lieux de sociabilité sont pensés dès le début" comme exemplaire. Le camp a aujourd'hui disparu, mais les migrants et l'urgence sanitaire demeurent. Alors, l'incendie doit-il être vu comme un échec, ou comme l'occasion d'imaginer une nouvelle architecture de l'hospitalité, moins refermée sur elle-même et plus en lien avec son environnement urbain?

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  • miloub

    Au contraire, hélas, de ce qu’écrit l’auteur(e) de l’article, ce centre n’est pas chaleureux : livré en sols de béton non recouverts et avec de nombreuses zones laissées en l’état d'abandon, il est propice aux soucis de santé. L'admirable réponse qui avait été faite lors de notre visite était que l’atteinte à la santé était sans importance, puisque les hébergés ne devaient rester qu’une dizaine de jours dans le centre. Et à propos de chaleur, les cahutes d’habitation commune ouvertes à tous vents étaient faiblement (insuffisamment) équipées en chauffage. Seul avantage, la proximité des transports en commun.

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