Coronavirus: quelles leçons pour le logement?

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En imposant de rester chez soi pour travailler, apprendre, éduquer ses enfants, soigner et jouer, le confinement visant à lutter contre l'épidémie de coronavirus a mis en lumière les inconforts du logement des Français. Standardisation des plans, promiscuité, manque de lumière et d'espace extérieur, et même insalubrité dans les pires cas, les maux de l'habitat sont nombreux, et leurs effets encore plus durs lorsqu'il est interdit d'en sortir. Des sociologues étudient les impacts du confinement sur l'espace de vie et des architectes appellent déjà à mettre un terme à l'habitat minimum. Ils espèrent que l'après-crise sera l'occasion de repenser la qualité et les fonctions du logement.

Vécu seul ou en famille, en activité partielle, en télétravail ou en télé-enseignement, en appartement ou dans un pavillon, le confinement imposé pour lutter contre l'épidémie de coronavirus a quotidiennement éprouvé la qualité du logement, tantôt bureau, salle de classe et cour de récréation. Quand aucun balcon n'a permis d'échapper à l'étroitesse des lieux et à l'insalubrité, c'était la double peine pour les mal-logés. Mais en sédentarisant tous les Français, ce sont aussi les limites de l'habitation standardisée que la crise sanitaire a révélées. "Comment vivre, se nourrir, dormir, se laver, s’aimer, éduquer ses enfants, soigner un malade dans un logement de trois pièces de 60 m², prévu pour trois ou quatre personnes, un couple avec un ou deux enfants?", interrogent ainsi les architectes François Leclercq, Jacques Lucan et Odile Seyler dans une tribune publiée dans Le Monde le 24 avril 2020Sur le site The Conversationles sociologues Yankel Fijalkow et Nadine Roudil analysent pour leur part que "le confinement et l’exigence systématique de télétravail remettent en cause l’organisation du logement autour de l’attribution d’une fonction par pièce. Dans des appartements aux dimensions réduites, la multifonctionnalité des lieux est de plus en plus la règle tout en étant une contrainte majeure." Les deux chercheurs ont initié une grande enquête pour documenter l'habitat en temps crise sanitaire, et les changements induits par la situation sur les relations familiales, sur l'alimentation, le travail, etc.

 

Face à l'étroitesse des appartements des grandes métropoles -dont la proximité avec les services n'a plus d'importance en période d'assignation à résidence-, l'habitat individuel péri-urbain tant décrié, s'est vu valorisé pour son confort et son jardin. Les villes moyennes sont même apparues attractives pour leur faible densité. "Avec la crise sanitaire du covid-19, les territoires ruraux et les campagnes, synonymes d’espace, d’air pur et d’une meilleure qualité de vie, ont consolidé leur capital de désirabilité auprès de nombreux Grands Parisiens qui s’y sont réfugiés", affirme ainsi l'Institut Paris Région, dans une étude sur l’attractivité grandissante des villes petites et moyennes «à moins d’une heure de Paris», attrait confirmé par la crise sanitaire.

 

Mesurer la valeur du logis

En réalité, le confinement a sonné comme un triste rappel: pour construire vite, on a construit moins bien. "Tous les secteurs ont fait des progrès spectaculaires durant ces dernières décennies, secteurs automobile, spatial, médical, etc., sauf, sans aucun doute, celui du logement: peu d’évolutions, peu de changements", estiment ainsi François Leclercq, Jacques Lucan et Odile Seyler. Pire, la pression du foncier et les coûts de construction ont abouti, d'après eux, à une réduction drastique des surfaces habitables, à la faiblesse de leurs ouvertures sur l'extérieur et à la disparition des terrasses et autres espaces d'agrément en plein air. Dans un article s'interrogeant sur l'usage du balcon en période de confinement publié dans la revue Topophile, le philosophe Thierry Paquot rappelle pourtant "qu’un logement n’est vraiment habitable que lorsqu’il sait accueillir ceux qui vont y séjourner".

 

De son côté, l'architecte Jan Richter veut croire que "l’obligation de rester chez soi aura permis à certains de mesurer la valeur du logis. Cette sensibilisation forcée aidera peut-être à passer le message que la rentabilité ne peut être le critère unique de la production de l’architecture". L'appel à mieux faire est clair, il s'adresse à tout le monde de la construction, aux architectes, mais aussi aux constructeurs, bailleurs et maîtres d'ouvrage privés. "Si l’habitat n’a jamais été pensé pour des situations dramatiques, ces moments doivent être considérés comme des révélateurs. Les questions de la taille et de la qualité des logements, de la manière dont les logements fabriquent la ville et permettent de tisser du lien social, c’est le vaste chantier auquel nous devrons tous nous atteler", concluent en ce sens dans Le Monde, François Leclercq, Jacques Lucan et Odile Seyler.

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