Dominique Perrault lauréat du Praemium Imperiale

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© Patrick Swirc - Dominique Perrault

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Pour sa 27e édition, le prestigieux Praemium Imperiale dans la discipline architecture est décerné à Dominique Perrault.

La rumeur annonçait un Français lauréat du Praemium Imperiale dans la catégorie architecture. Jeudi 10 septembre 2015, pour la 27e édition, Dominique Perrault rejoint le club très fermé des architectes qui ont reçu ce prix prestigieux, parmi lesquels Norman Foster, Frank Gehry, Zaha Hadid et Steven Holl en 2014.

Né en 1953, Dominique Perrault souhaitait initialement devenir peintre avant de s’orienter à 25 ans vers l’architecture. Il n’a que 36 ans lorsqu’il remporte le concours international de la Bibliothèque nationale de France, l’un des derniers grands projets mitterrandiens. Cette réalisation lance sa carrière internationale. Il réalise le vélodrome et la piscine olympique de Berlin, l’extension de la Cour de justice des Communautés européennes à Luxembourg, le centre olympique de tennis à Madrid, la tour Fukoku à Osaka et le remarquable campus de l’université féminine Ewha à Séoul.

En France, son œuvre comprend l'école supérieure d'ingénieurs en électrotechnique et électronique à Marne-la-Vallée, l’hôtel industriel Berlier à Paris, récompensé de l’Equerre d’argent en 1990. Parmi ses dernières livraisons, citons la plus haute tour de Vienne en Autriche, icône du nouveau quartier d’affaires, et le Grand théâtre d'Albi. Il a actuellement en charge le réaménagement du pavillon Dufour au château de Versailles, la réhabilitation de la poste du Louvre à Paris d'un ensemble de bureaux au Pont de Sèvres à Boulogne-Billancourt.

Professeur à l’école polytechnique fédérale de Lausanne, membre du conseil scientifique de l’Atelier international du Grand Paris depuis 2012, l’architecte et urbaniste a été récompensé du Grand prix national d’architecture en 1993 et du Prix d’architecture européenne Mies Van der Rohe en 1997.

Présent à l’annonce du palmarès, Dominique Perrault s’est exprimé à chaud sur cette reconnaissance, son métier, et a voulu partager ce prix avec Gaëlle Lauriot-Prévost qui travaille à ses côtés depuis vingt ans (lire son discours ci-dessous).

L’architecte recevra son prix (doté de 111 000 euros ) aux côtés des autres lauréats (dont la danseuse Sylvie Guillem) le 21 octobre à Tokyo.

 

 

 

"Merci. Émotion bien sûr, vous l’imaginez. Mais honneur, honneur à l’architecture, honneur à la France puisque Sylvie Guillem, la danse, l’architecture, le mouvement et l’immobilité, c’est tout un sujet. Honneur aussi à la France pour sa politique qu’elle a développée, en particulier pour ma génération. Je suis d’une génération qui n’avait a priori aucune chance d’accéder à la commande publique. Il se trouve que les politiques, dès Michel d’Ornano d’ailleurs, ont mis en place les concours d’architecture. Ont mis en place un Institut Français d’Architecture. Ont mis en place une mission interministérielle pour la qualité des constructions publiques etc, etc…

Ce dispositif, très engagé, très engagé pour créer une architecture qui rend compte d’une politique publique et qui soit une architecture culturelle, a permis à des architectes qui n’avaient pas la famille, la richesse, les origines, d’accéder aux commandes publiques, au travers de concours d’architecture.  

La France a été, durant cette période, certainement le plus admirable maître d’ouvrage public, avec une qualité extraordinaire qui a été, évidemment, portée à son point culminant par les grands travaux de François Mitterrand. 

Il y a donc là une conjonction qui a permis de faire naître, ce que vous disiez Monsieur le Premier Ministre tout à l’heure, un ensemble de créateurs architectes qui se sont attachés à développer des projets de par le monde, dans nos villes, partout.

Aujourd’hui, nous sommes dans une situation plus complexe qui a un versant assez sombre, parce que nous sommes dans des difficultés, mais il n’y a pas que l’architecture. Globalement nous sommes dans des difficultés. Mais il y a aussi un versant extrêmement lumineux où la recherche, l’innovation, le travail ensemble, la mutualisation, l’idée de travailler aussi sur les limites d’un champ disciplinaire comme j’essaie de le faire depuis plusieurs années – c’est-à-dire faire passer l’architecture d’un monde de l’objet à un monde du lieu, d’une perception d’une immobilité vers des perceptions qui sont beaucoup plus intimes, directes, immédiates et sensibles, travailler le vide comme étant une matière commune, partageable, fédérale, fédérante –, nous permettent de développer une approche intellectuelle, sensible, esthétique, sociale, économique, et nous permettent aussi d’aller au-delà de notre production réduite à des commandes fonctionnelles ou des commandes établies.

Vous avez présenté l’architecture en dernier pour différentes raisons, mais elle a ce handicap par rapport aux autres arts que l’on a vus, qui sont merveilleux, qui peuvent se déplacer, s’oublier. On peut les retrouver, ils sont légers, ils sont mobiles. L’architecture n’a pas cette spécificité, elle en a d’autres, la transformation, durable, l’inscription profonde dans tous les sens du terme, et c’est ce que j’aime dans ce travail paradoxal, c’est que l’architecture peut justement être dans un dispositif d’une certaine façon beaucoup plus ouvert. Quand je dis ouvert, cela veut dire une forme d’absence, c’est-à-dire perdre cette relation certainement de frontalité que l’on peut avoir avec elle. Je dis souvent, l’architecture est un peu l’art de l’interdit parce qu’on construit des murs, eh bien ce sur quoi nous travaillons aujourd’hui, c’est effectivement toujours construire des murs afin qu’ils nous protègent, mais surtout arriver à construire des murs afin qu’ils nous permettent de vivre ensemble en toute porosité, si je puis dire. Il y a des stratégies dans lesquelles l’architecture a son rôle et un rôle extrêmement édifiant, si vous me permettez cette expression.                                  

Et donc, je voudrais remercier l’ensemble des architectes avec qui je travaille depuis plus de trente ans, également remercier ceux qui sont avec moi aujourd’hui et qui développent des projets en France et à l’étranger; également dire un mot sur le travail de Gaëlle Lauriot-Prévost qui depuis une vingtaine d’années m’accompagne, a développé l’ensemble du design, des environnements, à partir de la Bibliothèque, et en particulier le travail sur le tissu métallique. Ce matériau que l’on utilise dans l’architecture, qui était depuis très longtemps utilisé dans le monde de l’industrie, et qui correspond justement à cette idée de mur protecteur qui laisse passer en même temps la vue, l’air et la lumière de façon à être ensemble, confortablement et durablement.

Donc, merci pour ce Prix, j’aurai l’occasion évidemment de le dire plus longuement au Japon. Merci à votre Comité, merci au Comité japonais. C’est un prix d’art et l’architecture est honorée d’en faire partie. Merci."

 

 

 

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