Entretien avec Alvaro Siza: "A New-York, les tours semblent pousser naturellement, comme des plantes vivaces"

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Álvaro Siza Vieira, Grand prix d’architecture de l’Académie des Beaux-arts

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Accueilli le 6 octobre 2019 à Paris sous la coupole de l’Académie des beaux-arts pour en recevoir le grand prix d’architecture, Alvaro Siza achève une tour de logements à Manhattan, la deuxième après celle qu’il a réalisé en 2010 à ­Rotterdam. Sans être spécialiste de ce type de bâtiment, l’archi­tecte portugais nous parle, dans un entretien exclusif publié dans AMC n°284-février 2020, de son rapport aux immeubles de grande hauteur, à la ville de New York et, plus largement, de l’influence du contexte social et humain sur les formes architecturales. Extraits.

Propos recueillis par Dominique Machabert

 

AMC: Aviez-vous imaginé construire un jour à Manhattan ?
Alvaro Siza: Jamais. J’avais une idée «mythique» de New York, et surtout de cette génération d’architectes qui a construit Manhattan dans les années 1930. Il y a aussi Chicago, bien sûr, et le célèbre projet de tour d’Adolf Loos pour le Chicago Tribune, qui date de 1922: une colonne ­classique couronnée par un chapiteau avec des trous, des fenêtres. Un projet très intense, où l’esprit moderne le plus affranchi croise le classique. Un projet qui permet de comprendre le besoin d’histoire chez les Américains de ce temps-là –presque tous immigrants venus d’Europe– et la rencontre, pour les Européens, avec la modernité la plus vive, la plus créative.


Quand avez-vous découvert New York pour la première fois ?
C’était au milieu des années 1970, en tout cas après le 25 avril 1974 [jour du coup d’Etat militaire mettant fin à la dictature de Salazar, ndlr]. Cette date reste pour moi une référence pour m’aider à situer certains moments de ma vie. Un couple d’amis m’avait proposé de les rejoindre pour un voyage organisé, pas très cher. Sur place, j’ai seulement pensé à contacter le directeur de la maison du Portugal, située sur la 5e avenue, qui était d’ailleurs architecte de formation.


Comment cette première rencontre avec New York s’est-elle ­passée ?
Elle s’est passée comme dans un rêve. Aussi étrange que cela puisse paraître, chaque fois que j’arrive à New York j’ai la même première impression. C’est également le cas à Venise. Ces deux villes provoquent chez moi un grand émerveillement. C’est moins affaire de découverte que d’atmosphère, je pense. Il y a bien d’autres villes que j’adore, comme Naples, Paris, Londres ou Helsinki. Mais cette ­sensation première, je ne la ressens qu’à New York et Venise.

 

Comment expliquez-vous cela ?
Je ne saurais pas le dire. Mais ce n’est pas lié à un sujet particulier qui m’aurait touché. C’est d’autre chose dont il s’agit. Au cours de l’un de mes premiers séjours, je me souviens avoir parcouru dans un sens, puis dans l’autre, l’une de ces longues avenues, peut-être était-ce la 6e. Le matin, j’étais parti à pied dans un sens et n’avais porté mon attention qu’au sommet des tours. Le soir, retournant sur mes pas, je me suis concentré sur les parties basses, les rez-de-chaussée. Car à l’impression première –dont je ne saurais dire à quoi elle tient, l’atmosphère, le mouvement, les gens, etc.– s’ajoute ce que les détails nous disent. Bouches à incendie, poignées de porte, voitures: tout était à une autre échelle. Le besoin d’étudier et d’analyser s’est dès lors très vite imposé.

 

Votre première tour, celle de logements, construite à Rotterdam en 2010, est plus haute que celle de New York !
En effet, la tour de New York compte 38 étages, soit 120 m; celle de Rotterdam, 45 étages, soit 160 m environ. Pour Manhattan, c’est une petite tour. Mais le terrain est étroit. Ce qui s’avère une chance car la proportion sera très élégante. A Rotterdam, quand je faisais mes premières esquisses, j’avais New York en tête, en particulier certains bâtiments, comme les tours jumelles de l’Eldorado [1931, Emery Roth arch.], qui donnent sur Central Park. Il s’agissait aussi de faire deux tours initialement...
 

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