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ÉQUERRE D'ARGENT 2012 / NOMMÉ - BOURBOUZE & GRAINDORGE - 10 LOGEMENTS

Zoom sur l'image ÉQUERRE D'ARGENT 2012 / NOMMÉ - BOURBOUZE & GRAINDORGE - 10 LOGEMENTS
© Philippe Ruault - 10 logements, Bourbouze & Graindorge, Paris 18e, nommé à l'Equerre d’argent 2012 : vue d’ensemble

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Bourbouze & Graindorge cherchent dans la neutralité esthétique de ce bâtiment de logements, conjuguant rugosité structurelle et précision horlogère des ensembles menuisés, une autre interprétation de la durabilité.

Dans le nord de Paris, sur une parcelle exiguë faisant face à la ZAC Pajol, futur écoquartier en rive du faisceau ferroviaire de la gare de l’Est, les architectes Gricha Bourbouze et Cécile Graindorge livrent une petite opération de dix logements sociaux. Remporté à l’issu d’un appel d’offres à procédure adaptée, ce projet est le premier que réalise l’agence pour un maître d’ouvrage public. À l’origine, c’est un bâtiment ingrat du début du siècle que les architectes doivent réhabiliter. En mauvais état et trop figé dans sa forme structurelle, ils réussissent à convaincre la maîtrise d’ouvrage de l’intérêt spatial et financier de sa destruction. Tirant les leçons de ce diagnostic difficile, leur construction a été imaginée comme « le fantôme du bâtiment existant, mais également comme un antidote aux problèmes qu’il posait ». Dans un volume prescrit qu’ils ont pu légèrement augmenter – 1,5 mètre de hauteur a été ajouté au prospect – pour dessiner plus subtilement l’angle chanfreiné des rues, ils ont inventé une structure permettant l’évolutivité de l’organisation interne de l’édifice. Tout en se pliant au gabarit du tissu faubourien, ils profitent du dégagement exceptionnel des voies ferrées révélé par l’angle creux qui fait face, végétalisé dans le cadre de la ZAC, pour multiplier les ouvertures avec vue sur le grand paysage parisien. La silhouette épurée du bâtiment côtoie un immeuble tertiaire tout juste livré par l’agence LIN, dont la modénature lui fait écho dans une étrange coïncidence esthétique.

Afin de ne pas reproduire les erreurs du passé et favoriser l’intégration urbaine durable du bâtiment en y ménageant une certaine flexibilité, un périmètre porteur est associé à des planchers épais pour libérer l’intérieur des logements de toute descente de charges. Constituant un premier ordre inflexible à l’échelle urbaine, des refends en béton longent les mitoyens tandis qu’un système poteaux-poutres constitue les façades sur rue. Des remplissages opaques ou vitrés en structure légère sont ensuite intégrés au même nu dans les alvéoles formées par ces poutres allèges. Ce second ordre irrégulier et souple, variant selon les typologies de logements, révèle alors l’échelle domestique de la construction. Servant la composition des façades, cette simplicité structurelle parfaitement mise en œuvre (aucune trace des écarteurs de banche ne subsiste) donne un aspect monolithique et dépouillé à l’ensemble, loin des effets de mode qui souvent datent un édifice. Dans leur recherche d’alternatives aux stéréotypes de l’architecture durable, les concepteurs revendiquent cette sobriété formelle : « L’intemporalité n’est finalement qu’un autre mot pour durabilité. »

Balcons inversés

À l’intérieur, les logements s’organisent de part et d’autre du noyau des circulations. La constance des combinaisons panneaux inox/menuiseries aluminium en façade de la travée sud révèle la superposition de six T2, alors que son irrégularité au nord cache l’imbrication de quatre T4 en duplex montants ou descendants. Pour remédier à l’absence d’espaces extérieurs privatifs, impossibles à offrir dans l’étroitesse de la parcelle, les architectes ont choisi d’inter­venir avec finesse sur les percements de façade. Ils ont d’abord surdimensionné légèrement les paliers non cloisonnés, offrant ainsi aux habitants des loggias ventilées de presque 9 m2, sorte de prolongement informel des logements. Traitées soigneusement (le sol est en béton, les placards de gaines sont couverts de tôle inox brossé et les portes sont de même hauteur que les baies), ces circulations deviennent des espaces appropriables ouverts sur la ville, et même privatifs pour certains appartements de la travée sud. À l’intérieur des logements, la fenêtre est travaillée en épaisseur. Atteignant parfois 3,70 m de large dans les alvéoles structurelles, elle est constituée d’un feuilleté inversé composé de l’extérieur vers l’intérieur, du vitrage, du store puis du garde-corps. Grâce à cette modénature de précision, c’est tout le salon qui se transforme en balcon une fois la baie ouverte. Le bâtiment devient alors un belvédère urbain, révélant aux habitants le vaste paysage du 20e arrondissement de Paris.

 

Visitez le site des architectes : www.bourbouze-graindorge.com

 

 

10 logements, Bourbouze & Graindorge, Paris 18e, nommé à l'Equerre d’argent 2012 : façade sur rue

 

10 logements, Bourbouze & Graindorge, Paris 18e, nommé à l'Equerre d’argent 2012 : palier ouvert sur l'extérieur
Les paliers, généreux balcons ouverts sur le grand paysage parisien, sont traités avec le même souci du détail que les façades.

 


10 logements, Bourbouze & Graindorge, Paris 18e, nommé à l'Equerre d’argent 2012 : vue intérieure d'un logement
À l’intérieur des logements, le feuilleté inversé et les larges dimensions des baies vitrées estompent les limites entre l’intérieur et l’extérieur.

 

 


10 logements, Bourbouze & Graindorge, Paris 18e, nommé à l'Equerre d’argent 2012 : coupe transversale

 

 


10 logements, Bourbouze & Graindorge, Paris 18e, nommé à l'Equerre d’argent 2012 : plan de l'étage bas

 

 

10 logements, Bourbouze & Graindorge, Paris 18e, nommé à l'Equerre d’argent 2012 : plan de l'étage haut

 

 

  • Lieu : Paris 18e
  • Maîtrise d’ouvrage : Siemp
  • Maîtrise d'oeuvre : Bourbouze & Graindorge, architectes ; Sibat, BET TCE
  • Surface : 930 m2 Shon
  • Coût : 1,84 M€ HT ( 130 000 € HT démolition)

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