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ÉQUERRE D'ARGENT 2012 / PRIX SPÉCIAL - RENZO PIANO - MONASTÈRE SAINTE-CLAIRE

Zoom sur l'image ÉQUERRE D'ARGENT 2012 / PRIX SPÉCIAL - RENZO PIANO - MONASTÈRE SAINTE-CLAIRE
© Paul Raftery - Monastère Sainte-Claire, Renzo Piano, Ronchamp, prix spécial Equerre d’argent 2012 : vue d’ensemble

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Construire un monastère sur les terres corbuséennes de Ronchamp était une tâche délicate. Renzo Piano a choisi de privilégier son intégration dans le paysage en l’enfouissant dans le sol pour libérer les lignes d’horizon.

Propriétaire du site bâti et non bâti, l’Association Œuvre Notre-Dame-du-Haut, souhaitait réhabiliter la colline de Bourlémont et pérenniser son caractère spirituel qui s’était déplacé vers l’attraction touristique. D’où la volonté d’accueillir une communauté permanente avec les sœurs Clarisses de Besançon. Signé en 2008, le permis de construire englobe trois chantiers lancés en association avec Renzo Piano et le paysagiste Michel Corajoud : la construction d’une nouvelle porterie ou maison d’accueil, un monastère, le remodelage des espaces paysagers et d’un parking. Pour les concepteurs, il fallait appréhender la dimension spirituelle du site à travers la fonction de recueillement liée à l’usage de la chapelle et du futur monastère. Tenir compte aussi de la « sacralisation » de Le Corbusier dans le respect de son œuvre. Le point de départ du projet, a consisté à détruire l’ancienne maison d’accueil et son horrible parking, bâtisse ingrate qui obstruait l’arrivée et la première vision sur le monument. L’essentiel était de reconquérir la chapelle avec un nouvel itinéraire, délivrer ses alentours. Déplacée, la nouvelle porterie, plus fonctionnelle et dotée d’une large façade transparente, a été creusée dans le flanc de la colline pour s’ouvrir sur un parking végétalisé. Situé plus en amont à l’ouest, à une centaine de mètres du périmètre classé en 1960 de la chapelle, le couvent est en contact direct avec la vallée.

 

Épouser les plis naturels du terrain

Le monastère se compose de deux entités semi-enterrées étagées dans la pente. Le niveau inférieur, dédié à l’hébergement, est formé de petites unités indépendantes coiffées d’un toit de zinc qui se développent le long du flanc ouest. Les cellules sont toutes conçues sur le même modèle mais douze sont réservées aux religieuses tandis qu’en direction de la porterie, neuf autres – dont une double pour les PMR – permettent de recevoir des visiteurs. L’autre niveau abrite un oratoire ouvert à tous, des salles de vie communes aux sœurs, des ateliers de couture et bureaux, et enfin des espaces moins privatifs comme des parloirs, une salle à manger ou de réunion.

L’unité de l’ensemble réside dans l’emploi du béton qui a été entièrement préfabriqué et coulé sur place. Sa mise en œuvre a nécessité un travail complexe avec celui des terrassements et leur ajustement presque chirurgical au relief existant, sans compter la précision demandée pour la continuité des joints. D’une teinte claire et naturelle, un gris lumineux obtenu avec des granulats calcaires locaux, ce béton brut est laissé apparent tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Le parement lisse et la netteté des arêtes angulaires participent à la clarté et la simplicité qui se dégagent du résultat. C’est dans l’oratoire que son utilisation culmine et fait référence à Le Corbusier puisque le système constructif utilisé est le même que celui de la chapelle : une double coque rapportée sur des arches transversales. « Renzo Piano a traduit en architecture l’idée d’un cloître qu’il aurait dénoué, dont il aurait déplié les côtés pour les ouvrir face à la nature, source de méditation », explique l’abbesse, sœur Brigitte de Singly. « Dans le projet, bâti à partir du paysage, la lumière joue un rôle fondamental, en particulier celle de la forêt et de ses trouées qui arrive par le bas, qui est horizontale », ajoute Paul Vincent, architecte associé à RPBW. Car c’est l’heureux paradoxe de ces habitations « troglodytes » d’être non seulement en pleine osmose avec la nature mais de bénéficier d’une grande luminosité. À de grandes façades vitrées rythmées par des châssis en aluminium qui captent directement la lumière, s’ajoutent des ouvertures zénithales dans les espaces de circulation et dans les pièces les plus enfoncées dans la terre. Toutes les pièces d’habitation donnent à l’extérieur mais c’est surtout la présence de jardins d’hiver individuels dans les cellules mais aussi devant l’oratoire ou les salles de vie qui démultiplie les espaces intérieurs en créant plusieurs plans de profondeur. Emblématique est la façon dont l’architecte construit ce monastère sans clôture, fait rare en matière d’architecture religieuse. C’est un garde-corps enterré qui a été mis en place pour délimiter les constructions qui demeurent invisibles depuis la chapelle de Le Corbusier. Une manière de démontrer que ce projet modeste par sa taille mais complexe réussit la gageure de s’effacer sans pour autant disparaître en faisant corps avec la nature.

 

Paul Vincent, architecte associé RPBW « habiter dans la simplicité »

L’exercice mené par Renzo Piano et Michel Corajoud est une expérience singulière : dialoguer avec un site remarquable, essayer de le comprendre et l’habiter dans la simplicité.

Rechercher une justesse, une beauté tranquille et discrète ; laisser toute sa place à la nature de la colline autant qu’à la spiritualité et la sérénité du lieu.

S’ouvrir de nouveau aux quatre horizons décrits par Le Corbusier.

Enfouir un nouvel accueil et un monastère dans les plis d’une colline est un défi.

Retourner le site, lui redonner ses formes originelles ; se laisser posséder par cet espace « de silence, de prière, de joie, de paix intérieure » puis chercher la lumière vers la vallée.

C’est la force discrète d’un monastère invisible depuis la chapelle, un dialogue qui s’établit en continu. Curieuse destinée pour un projet enfoui sous ces lignes d’horizon coupées délicatement par le cutter de Renzo Piano. Une nouvelle vie commence pour la colline « habitée » désormais par les sœurs clarisses rayonnantes.

 

 

Visitez le site de l'architecte : www.rpbw.com

 

 

Monastère Sainte-Claire, Renzo Piano,  Ronchamp, prix spécial Equerre d’argent 2012 : vue extérieure sur les toits en zinc

 

Monastère Sainte-Claire, Renzo Piano, Ronchamp, prix spécial de l'Equerre d’argent 2012 : plan du niveau supérieur

 

Monastère Sainte-Claire, Renzo Piano, Ronchamp, prix spécial de l'Equerre d’argent 2012 : plan masse

 

Monastère Sainte-Claire, Renzo Piano, Ronchamp, prix spécial de l'Equerre d’argent 2012 : coupe transversale

 
  • Lieu : Ronchamp, Haute-Saône
  • Maîtrise d’ouvrage : Association œuvre Notre-Dame-du-Haut, Association des amis de Sainte-Colette ; EURL La Porterie de Notre-Dame du Haut
  • Maîtrise d'oeuvre : Renzo Piano Building Workshop, architectes - Paul Vincent,architecte, responsable du projet ; Atelier Corajoud, paysage ; Sletec Ingénierie, structure, fluides et économie
  • Surface : monastère 1 700 m2, porterie 450 m2
  • Coût : 9 M€

 

 

 

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