Francis Kéré ou l’art du dialogue nord-sud

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école primaire, Gando, Burkina Faso, 2001

Arc en rêve présente le travail de l’architecte burkinabé Diébédo Francis Kéré, à l’origine d’une nouvelle forme d’architecture en Afrique, subtile synthèse entre les ressources traditionnelles et les techniques de construction modernes.

« C’est plus facile d’étudier ici car le cerveau ne se chauffe pas ! », déclare une écolière qui apprécie la fraîcheur naturelle de sa nouvelle école construite à Gando – à 200 kilomètres de Ouagadougou – par Diébédo Francis Kéré, un ancien enfant duvillage. Marqué par sa propre expérience, celle d’un élève ayant souffert de la chaleur et du surnombre, l’architecte s’était toujours promis d’améliorer les conditions d’études de ses jeunes compatriotes. « Bridging the gap » est la première exposition dédiée à l’architecte burkinabé né en 1965 et auteur d’une dizaine de réalisations, construites pour la plupart dans son pays. Une œuvre qui « jette un pont » entre l’Afrique et l’Occident, et plus précisément, entre le Burkina Faso et l’Allemagne. Grâce à une bourse d’études, Diébédo Francis Kéré, fils aîné du chef du village (et à ce titre, alors seul autorisé à s’inscrire à l’école), a pu suivre l’enseignement de l’université technique de Berlin. Il en est sorti diplômé d’architecture en 2004.

L’éducation : premier des chantiers

« Il n’y a pas de développement sans éducation », martelle aujourd’hui l’architecte dans ses interviews. En toute logique, l’école élémentaire de Gando est son premier chantier, engagé dès 2001, alors même qu’il n’était encore qu’étudiant. Un projet qu’il a réussi à monter en créant une association pour pouvoir lever des fonds. Dans la première salle de l’exposition, une fresque murale évoque les discussions animées avec la communauté villageoise. Quand le jeune architecte propose d’utiliser les techniques traditionnelles de construction, on lui rétorque que les maisons en terre ne résistent pas à la saison des pluies. « Le principe d’une architecture de terre en Afrique est assez difficile à faire passer là-bas et même considéré comme une régression pour des Africains qui rêvent plutôt de béton, de parpaings et de formes à l’occidentale », confirme Michel Jacques, directeur artistique de l’exposition.

Autoconstruction et techniques modernes

Finalement, le principe des briques de terre crue sera conservé, avec une adjonction de 8 % de ciment afin de garantir la solidité des murs. Édifié par les villageois eux-mêmes sur le principe de l’autoconstruction, le bâtiment a bénéficié des techniques les plus modernes. Pour permettre une ventilation naturelle, un double système de toiture a été installé. Une surtoiture en tôle ondulée est posée sur un treillis métallique, lui-même reposant sur une voûte de briques. Ce principe d’aspiration de l’air provoqué par les différences de température entre les volumes est repris dans les logements des enseignants, situés à côté de l’école et surnommés les frigos. Ces derniers sont aussi dotés d’un système de recueil des eaux de pluie par un réseau de canalisations en béton, qui court de la toiture jusqu’au sol.

Simple, élégante et fonctionnelle, l’architecture de Francis Kéré est remarquable tant par son intégration dans l’environnement que par son attention aux détails. Le Centre de l’architecture en terre de Mopti, au Mali, construit devant la magnifique mosquée de Komoguel illustre parfaitement ce mariage entre architectures traditionnelle et contemporaine, tant les deux édifices, aux styles si différents, cohabitent en toute harmonie. Quant à l’utilisation des matériaux locaux, elle est repensée de façon ingénieuse. C’est ainsi que les pots d’argile utilisés par les femmes du village dans leur activité quotidienne, sont repris dans la structure même des édifices. On les retrouve dans le toit de la bibliothèque de l’école comme ouverture pour l’éclairage et la ventilation naturelle. On les retrouve encore directement insérés dans les parois du Centre des femmes de Gando : ils serviront à stocker les marchandises et victuailles.

Au plan économique, cette utilisation des ressources locales limite les coûts de production. L’école élémentaire (216 m2 310 m2 d’espaces extérieurs couverts) est revenue à 50 000 €, et les 930 m2 des logements des enseignants à 23 500 €, les deux projets ayant été financés par l’association Une brique pour Gando.

La scénographie de l’exposition est à l’unisson du travail : simple et mettant en valeur le contexte par de nombreux visuels et vidéos. Des photos posées à même le sol côtoient des maquettes suspendues ou des matériaux traditionnels. Malgré sa médiation et les multiples reconnaissances dont elle a bénéficié*, l’activité de Francis Kéré reste toujours fragile et, tout comme en Occident, marquée par la crise. Dans une très belle séquence vidéo, l’architecte est filmé à l’abri de l’auvent métallique du collège de Dano, protégé d’une impressionnante pluie torrentielle. Cette image forte qui symbolise bien l’œuvre de l’architecte le montre aussi plongé dans ses pensées. Son attitude semble osciller entre satisfaction du travail réalisé et réflexion sur les nouveaux et immenses défis à mener sur le continent africain.

* Ces constructions ont reçu le prix de l’Aga Khan en 2004, le Global Award for Sustainable Architecture en 2009, et le Global Holcim Award en 2012. Diébédo Francis Kéré, Bridging the gap / Jeter un pont. Jusqu’au 28 avril 2013 Arc en rêve, centre d’architecture, 7 rue Ferrère, Bordeaux

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