Franck Boutté, ingénieur : «L'approche carbone permet d'intégrer dans les calculs des notions comme l'énergie grise ou le confort d'été, auparavant absentes»

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En s'emparant de la question du carbone, la problématique environnementale achève de se transformer en projet de société. Apparue discrètement en 2016 avec l'expérimentation du label Energie positive réduction de carbone (E+C-), la prise en compte du poids carbone des bâtiments devient un élément central du projet architectural, encadré par l'entrée en vigueur de la RE 2020, le 1er janvier 2022. La conception doit se repenser à l'aune d'une notion qui était quasiment inconnue il y a à peine dix ans, et inédite dans l'histoire de l'architecture. Rencontre avec l'ingénieur Franck Boutté.

AMC : Comment la conception architecturale peut-elle réduire les gaz à effet de serre ?

Franck Boutté : Les statistiques imputent environ 30 % des émissions carbone au secteur de la construction, et l'empreinte carbone par habitant, actuellement de 10 tCO2e/an doit être divisée par cinq à l'horizon 2050. Les postes sur lesquels peut agir un architecte - aménagement, construction et choix énergétiques finaux - représentent 35 à 40 % de l'empreinte carbone. Donc, un projet qui serait très ambitieux sur la construction, l'approvisionnement énergétique, les matériaux, la mobilisation de filière de réemploi, etc. n'impacterait qu'un tiers du bilan carbone. Les deux-tiers restant dépendent de politiques nationales en matière d'énergie, de transport, de choix de consommation ou d'alimentation, sur lesquels les acteurs de la ville n'ont que très peu prise.

 

Faut-il privilégier de nouvelles filières plus vertueuses, comme le bois, qui a les faveurs des pouvoirs publics ?

Les annonces orientant la conception architecturale vers un matériau ou une famille de matériaux capable de traiter l'ensemble du bilan carbone d'un bâtiment doivent être prises avec tempérance. Certes, la construction bois donne une matérialité immédiate à la question du carbone, qui, tout comme l'énergie, reste un élément invisible. Pourtant, un bâtiment bois possède aussi des façades vitrées, des lots techniques, des fondations et des parkings en béton, des ascenseurs… autant d'éléments qui ramènent le bilan carbone complet d'un projet bois seulement 30 à 35 % en dessous de celui d'un projet en béton. Ce gain non négligeable, avec des marges de progression, reste encore loin de l'effacement total d'émissions carbone que certains promettent. De toute évidence, la meilleure des réponses demeure dans la finesse de l'approche, spécifique à chaque projet, afin de mettre le bon matériau au bon endroit.

 

Quels avantages la prise en compte du carbone présente-t-elle par rapport aux précédents indicateurs des réglementations thermiques ?

En ingénierie environnementale, tout ce qui n'entre pas dans une équation court le risque de disparaître. Il y a cinq ans, on ne parlait pas de réduction de l'empreinte carbone, mais d'économies d'énergie et, de façon plus restreinte, de thermique, de compacité, de solarisation, d'isolation… Le grand intérêt de l'approche carbone est de faire entrer dans l'équation toute une série d'éléments qui n'avaient pas leur place dans les précédentes réglementations, simplement parce qu'on ne savait pas les comptabiliser : je pense aux notions d'énergie grise, d'énergie de fonctionnement et de confort d'été, négligées dans les modèles de bâtiment passif conçus autour de la problématique de conservation de chaleur. Demain, peut-être pourrons-nous ajouter d'autres notions, comme celle d'énergie potentielle - qui prépare la transformation du bâti -, celle de filières, ou élargir les calculs des émissions carbone au-delà des murs du bâtiment pour les étendre au territoire. Car mieux vaut un projet moyennement performant en carbone au croisement de trois lignes de transport qu'un projet hyper- performant accessible uniquement en véhicule individuel !

Franck Boutté, ingénieur : «L'approche carbone permet d'intégrer dans les calculs des notions comme l'énergie grise ou le confort d'été, auparavant absentes»
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