François Chaslin règle ses comptes - Livre

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© Editions Non Standard - Rococo ou drôles d'oiseaux (divertissement), François Chaslin

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François Chaslin prévient d'emblée, son nouveau livre est une sotie, une farce, plus précisément un pamphlet visant à faire le récit de la mésaventure dans laquelle l'entraîna la sortie de son Un Corbusier en 2015, concomitante au cinquantenaire de la mort du maître. Mais attention, si l'auteur règle ses comptes c'est avec une raillerie non dénuée d'élégance et d'autodérision, entraînant le lecteur dans une allégorie ornithologique où les mœurs souvent cruelles et fleurant la bêtise de notre monde contemporain sont dépeintes avec crudité, et ce, à travers d'adroits mouvements d'ailes, coups de becs et heureux pépiements.

Si Le Corbusier s'était fait Corbeau, tous les autres oiseaux, innombrables, beaux ou laids, idiots ou intelligents, c'est vous, c'est nous : à chacun de se laisser guider par leur bruissement qui enveloppe le nouveau récit de François Chaslin comme autant de motifs ou de sujets. En tant que telle, l'affaire est violente, compliquée et dépasse les enjeux d'un livre, son Un Corbusier, demeuré pour beaucoup incompris, qui sans avoir été présenté comme une biographie, se définissait davantage comme un grand portrait, dressé dans toute son épaisseur littéraire, historique et personnelle. Associé à deux ouvrages édités au même moment, en 2015, il a été pointé du doigt, réduit au scoop -pourtant déjà périmé- d'un Le Corbusier fasciste mais décorrelé de son contexte et de son époque. Quand des institutionnels accusaient Chaslin de plagiat, d'autres, depuis la «Corbeautière» (la fondation Le Corbusier), lui reprochaient d'écorner l'image jalousement lissée de l'architecte démiurge -l'enjeu du classement à l'Unesco ajoutant une pression supplémentaire.

Tweet, tweet, tweet

C'est avec une certaine naïveté -ce qui ne veut pas dire candeur- que l'auteur explique avoir découvert un monde volatile: «Des milliers de twitters en goguette donnèrent en toutes langues sur des livres qu'ils n'avaient pas lus. Ce fut viral, instantané. C'est ce que j'ai qualifié d'Ebola du blablabla, stupéfait […] par le mode de déploiement des informations que colportent, répercutent, déforment et grossissent maintenant les réseaux sociaux.» Et s'il est tombé de sa chaise -on imagine avec fracas et émotion- face à l'intensité d'un tel tourbillon d'incompréhensions et de condamnations, c'est avec grâce qu'il s'en relève ici, transformant son expérience en une fable érudite et croustillante. Sans tomber dans le piège de l'autojustification et de l'incrimination, c'est avec drôlerie qu'il entremêle son vécu à la critique quasi philosophique d'une société régie par des comportements de masse rompus au diktat des médias et du marketing, interroge la notion d'imitation ou de complotisme. Le sujet principal demeure le «Corbeau». Et c'est d'un œil perçant qu'il convoque ses pairs, fait fi des guerres de chapelles -notamment celles du petit monde souvent sectaire et codifié de l'architecture, qu'il s'agisse des chercheurs, des concepteurs et professeurs, et même des journalistes- revendique sa liberté et son goût des mots.

Un joyeux vagabondage littéraire

Comme si cette affaire personnelle n'était au fond qu'un prétexte pour s'égarer à travers l'épaisseur d'un joyeux vagabondage littéraire qui n'hésite pas à multiplier les citations oiselières -d'Aristophane au Capitaine Haddock, d'Eric Chevillard à Friedrich Nietzche, de Montaigne au poète Henri Pichette-, s'enchâssant avec naturel dans ce texte iconoclaste et poétique dont elles deviennent parties intégrantes. Car si l'auteur souligne «un état général de désagrégation de l'autorité intellectuelle», il rappelle aussi combien les mots peuvent être vivants et devenir un matériau dont les architectes devraient se saisir plus souvent. A noter le remarquable travail de l'éditeur, dont la mise en forme et l'approche calligraphique réussit à faire chanter le texte. En bonus, le lecteur a même la possibilité de découper les plis japonais de l'ouvrage, pour faire apparaître des oiseaux cachés dans les pages, dessinés de la main de l'auteur, qui a aussi un joli coup de crayon.

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