François Gillard, architecte associé de l'agence SCAU « C'est dans les rares interstices de liberté que l'architecte peut lutter contre l'effet carcéral »

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« Pour un architecte, bâtir une prison soulève une question d'ordre moral. Certains s'y refusent. Pour ma part, j'ai longtemps hésité. Mais si le rôle de l'architecte est d'être un acteur de la société qui peut infléchir, dans une certaine mesure, la construction de notre cadre de vie vers plus de dignité, de bienveillance et d'humanité, au delà des strictes logiques économiques et financières, alors ce rôle s'exacerbe lorsqu'il s'agit de construire ou réhabiliter un établissement pénitencier. Les enjeux humains et la violence sociale prennent ici un relief particulier.

La marge de manœuvre de l'architecte est néanmoins très ténue, prise dans un étau de contraintes sécuritaires et fonctionnelles sans commune mesure avec d'autres programmes. Et pourtant, c'est dans les rares interstices de liberté qui lui sont laissés qu'il peut essayer modestement de lutter à tous les niveaux contre l'effet carcéral des espaces pénitentiaires, contre l'effet d'étouffement, de confinement. La prison issue du Programme 13 000 est un espace clinique, anxiogène, on y retrouve la même lumière artificielle, une relation quasi inexistante à l'environnement extérieur. La richesse sensorielle du monde extérieur doit franchir les murs de la prison. Dans le projet d'Aix-Luynes 2, nous voulons toucher la ténuité de l'essentiel : respirer, voir les saisons, la lumière naturelle, solliciter tous les sens. Ce projet ne s'inscrit pas dans les grandes compositions formelles issues des visions panoptiques et en étoile qui ont marqué l'histoire. Il met l'accent sur les espaces publics, leur géométrie, leur matérialité, leur enchaînement. La sécurité se règle par les dispositifs architecturaux. Dans la mesure du possible, nous avons évité les clôtures, remplacées par des portiques, des jeux de niveaux entre les cheminements et les jardins. Toutes ces dispositions ont été acceptées. Mais nous ne serions jamais allés aussi loin s'il n'y avait eu le dialogue compétitif qui a permis de tester jusqu'où le commanditaire était prêt à aller dans ces innovations. »

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