Fred Taupin, architecte: "Face aux outils qui fabriquent la médiocrité du logement, l’architecte n’arrive pas à s'imposer"

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De nombreux architectes espèrent que "le monde d'après" tirera les leçons de la crise sanitaire, pour repenser la fabrique du logement en France. Comment éviter la standardisation des plans? Comment agrandir les surfaces? Et surtout, comment redonner de la place à l'invention dans la conception de ces espaces, très contraints par la réglementation et l'économie de l'immobilier? Dans cette tribune, l'architecte Fred Taupin appelle ses confrères et l'Ordre des architectes à imaginer de nouveaux modes de faire l'habitat.

Pour les programmes de logements, la conception architecturale du plan est un acte politique. Dans ces logements vont vivre des centaines, des milliers de gens. C’est une grande responsabilité.

 

Mais, dans les programmes de logements collectifs en accession, les plans sont maintenant contrôlés/verrouillés par les promoteurs et leurs outils coercitifs d’optimisation: taille de surface minimale exigée par typologie, épaisseur maximale du bâti, nombre minimal de point de montée, ratio sp/shab maximal, ratio linéaire de façade/shab hyper contraignant. Auxquels s’ajoutent les normes PMR, qui achèvent -dans ce contexte- la possibilité donnée à l’architecte de concevoir ces petits logements «d’étages courants» de qualité.

 

Face à ces outils qui fabriquent de la médiocrité en masse, l’architecte n’arrive pas à imposer ses volontés pour faire autrement. Il ne peut rester intransigeant s’il veut réaliser le projet: il faut se rendre à l’évidence, il se retrouve mis en défaut systématiquement dans les rapports de force. Ainsi, on dessine le plus souvent -tout le temps- des plans-produits dans lesquels on rentre des fonctions au chausse-pied dans des surfaces hyper contraintes.

 

L’architecte -un temps traumatisé: il a compris qu’il n’était plus qu’un simple opérateur- s’est réfugié alors «névrotiquement» dans l’acte esthétique de la conception des façades, du carnet de détails, de décorations... Substitut et non plus allié de l’acte fondateur et politique du dessin du plan.

 

La critique, qui s’est également rendu à son impuissance, ne regarde plus ces plans sclérosés au profit de leur enrobage plus ou moins «élégant».

 

Les débats menés depuis plusieurs décennies sur les conditions de la production du logement collectif -en accession et social- sont restés stériles.

 

Que fait l’Ordre des architectes, l’organe politique de la profession? Pourquoi n’arrive-t-il pas à sensibiliser nos «politiques»? La loi Elan est révélatrice du marasme dans lequel se trouve la profession. Pourquoi n’arrive-t-il pas à faire imposer des minimas sur les points précédemment cités? Comme augmenter de 15% les surfaces des typologies actuelles? C’est possible; peut-être que l’argent du marché ira moins dans la poche des promoteurs… Pourquoi n’arrive-t-il pas à faire alléger les normes PMR pour pouvoir redessiner des petits logements de qualité? Pourquoi n’arrive-t-il pas à faire imposer des distances de pallier limitées à 5 mètres? Pourquoi n’arrive-t-il pas à faire reconsidérer les escaliers comme autre chose que des issus de secours encloisonnées (en 3eme famille A, par exemple)?

Si tout cela il ne le peut pas; à quoi bon conserver la décennale, le permis de construire et le certificat de livraison pour cette profession qui ne parle plus projet d’égal à égal avec ses interlocuteurs?

 

Cessons alors l’hypocrisie ou le masochisme, pourquoi ne pas débrayer le statut de société d’architecture et l’ouvrir à des associés autres que les architectes? On peut tenter… En s’associant avec d’autres professionnels, l'architecte reprendra peut-être le poids qu’il a perdu pour quitter son statut de simple cotraitant, «prestataire au service de»…

 

Fred Taupin, architecte Dplg
 
© Fred Taupin

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  • Le 12/06/2020 à 12h52

    Le problème posé est aussi vieux que la promotion privée. Il s'est aggravé depuis qu'on a plus en face de soi non plus des promoteurs qui pouvaient, eux aussi, aimer l'odeur du béton, mais des appareils de grands groupe, des commerciaux gominés ou des "responsables de projet" plus soucieux de leur plan de carrière que de celui des logements qu'ils produisent à la chaine. L'ordre des Architectes a toujours été absent de ce débat et je ne vois pas pourquoi cela changerait aujourd'hui. La solution à cette question a déjà été testée a déjà fait ses preuves : c'est la politique urbaine des municipalités et leur maitrise du foncier. Il existe des outils pour ça : ZAC / droit de préemption / Charte promoteur... Il faut peut être en inventer d'autre, former les services d'urbanisme des villes mais en dehors de la distribution du foncier à des opérateurs -choisis- et sous conditions il n'y aura pas de mouvement vertueux dans la production de logements privée. d.Primard - architecte

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