Grand débat national: les audacieuses propositions des architectes

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© Hughes Hervé / hemis. - Vue aérienne de lotissements en France

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L’Académie d’architecture, les principaux syndicats d'architectes et de grandes associations professionnelles se sont rassemblés pour apporter leur contribution au grand débat national, sous forme de 73 propositions. Après la déroute du vote de la loi ELAN dans la rédaction de laquelle ils ont été si peu impliqués, il était urgent pour les architectes de faire entendre leur voix.

Un tel rassemblement est suffisamment rare pour être souligné. Bravant leur corporatisme aléatoire, les architectes ont fait entendre une voix collective par le biais de celles de l’Académie d’architecture, de l’Union nationale des syndicats français d’architectes (UNSFA), du Syndicat de l’architecture, de la Société française des architectes (SFA), de la Mutuelle des architectes français (MAF), de la Maison de l’architecture, de l’association Architectes français à l’export (Afex) et du pôle de formation Environnement, ville et architecture d’Ile-de-France. Regroupées pour contribuer au grand débat national, ces associations professionnelles ont formulé «73 propositions pour l'architecture dans les territoires et les villes». Une somme de vœux audacieux, réunis autour de cinq grands thèmes (l’aménagement du territoire, la politique de l'habitat, la transition énergétique et écologique, la démocratie et la citoyenneté, le savoir-faire des architectes), qui bousculent les pratiques professionnelles et sont l'occasion de revendiquer un peu plus de prérogatives sur la construction.

Solidarité et participation renforcées

C'est bien connu, les architectes n'aiment pas les ronds-points. Pour cause, c'est là que s'expriment depuis des semaines les contrastes entre les métropoles, les bourgs et les campagnes françaises, qui minent, d'après eux, leurs habitants. Les associations professionnelles formulent donc pas moins de vingt propositions pour un développement territorial plus équitable, réduisant le sentiment d'abandon qui traverse une partie de la société et démontrant ainsi la capacité des architectes à être davantage que de simples dessinateurs. Pour ne plus opposer villes et campagnes, il faut, d'après eux, mieux équiper les zones isolées en favorisant le développement d'une économie locale par une meilleure gestion du foncier agricole et en limitant l'expansion urbaine. Pour financer tout ça, pourquoi ne pas redistribuer dans les zones non tendues une part des plus-values foncières réalisées en zones tendues? Et puisque la démocratie représentative n'a pas la cote, il faut maximiser l'implication des habitants dans les diagnostics préalables aux projets d'aménagement, au-delà «de la parodie actuelle de concertation qu'est l'enquête publique déclenchée quand le projet est bouclé». Dans les zones denses, supprimer les logiques de zonage permettrait que la mixité des fonctions entre définitivement dans les mœurs. Enfin, les architectes proposent d'aller plus loin que la loi CAP, en instaurant le recours obligatoire à l'un d'eux pour tout lotissement et toute construction, quelle que soit sa superficie. Comme un pied de nez aux appels à projets urbains innovants -ce nouvel eldorado des aménageurs publics-, ils suggèrent que l'Etat, les collectivités locales et les opérateurs publics gardent la maîtrise de leur foncier, en favorisant les locations de longue durée pour réduire la spéculation et pour qu'ils retrouvent eux-mêmes, au passage, un peu de pouvoir de parole face aux acteurs privés de l'immobilier.

Davantage d’architectes pour davantage d'architecture

«Les citoyens aiment le patrimoine mais ne comprennent pas l’architecture contemporaine, ni le besoin du recours à l’architecte», diagnostiquent les intéressés. Pour se réconcilier avec les élus et les citoyens, ils proposent de nommer des architectes-conseils au niveau des régions et des conseils départementaux, dont les attributions seraient proches de celles des architectes-conseils d'Etat. Quant au graal de la «qualité architecturale», ils proposent de se donner davantage de chance de l'atteindre en réformant drastiquement le maquis réglementaire. Pourquoi ne pas réduire le Code de la construction à 60 pages maximum? Les architectes militent pour plus d'invention et de confiance en transformant le permis de construire en un acte simplement déclaratif s'il est porté par l'un d'eux et en réclamant plus de missions complètes de maîtrise d'œuvre. Enfin, et c'est un choix fort en symbole dans l'histoire de la profession, les architectes se proposent de quitter le champ ministériel de la culture pour retrouver celui, plus agissant, de l'aménagement, avec la création d'un grand ministère de l'architecture, de l'habitat, du cadre de vie et de la transition écologique, regroupant tous les professionnels du secteur (architectes, urbanistes, ingénieurs, paysagistes, etc.). «Les problèmes des territoires, de la transition énergétique et écologique, du cadre de vie en général nécessitent une vision globale, portée par un ministère d'Etat.»

Autoanalyse et autorégulation

Enfin, les associations professionnelles défendent un enseignement de l'architecture plus technique, en renforçant la formation au renouvellement du cadre bâti et naturel au sein des écoles (par l'enseignement de l'urbanisme opérationnel ou de la gestion du chantier) et en prévoyant la possibilité de réaliser le cursus universitaire en alternance ou d'étaler sur deux ans la formation à l'habilitation à la maîtrise d'œuvre en son nom propre. D'après elles, l'enseignement serait alors davantage en prise avec la réalité de la pratique. De même, une recherche universitaire appliquée, capable de développer des solutions techniques, architecturales et urbanistiques innovantes doit être mieux soutenue. Enfin, conscients qu'ils doivent se réformer eux-mêmes, les architectes comptent sur la loi pour une plus grande régulation de la profession. «Certains architectes creusent eux-mêmes leur tombe en pratiquant un dumping dangereux», dénoncent-ils. Aussi proposent-ils de rétablir des barèmes d'honoraires et d'interdire que la majorité du capital des sociétés d'architecture soit détenu par une société financière, afin de consolider la santé de leurs entreprises et d'assurer leur mission au service de l'intérêt général, en toute indépendance.

 

 

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