Gueules d'atmosphères - Livre

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Dans cet ouvrage, Emmanuel Doutriaux analyse les conditions d'air au sein de quatre édifices, l'Armée du Salut de Le Corbusier, le learning center de l'EPFL de Sanaa, la Mie de Pain de Robain Guiyesse et l'école d'architecture de Nantes de Lacaton Vassal.

Dès l'introduction de cet ouvrage, tiré de sa thèse de doctorat soutenue en 2015, Emmanuel Doutriaux pose l'ambiance comme étant susceptible de répondre à la faillite relative de la notion d'espace, depuis qu'elle fut progressivement privilégiée comme force motrice du projet architectural. L'ambiance, il est vrai, habille large, allant des conditions d'air - cœur de l'ouvrage - à l'antique convenance. Tandis que l'espace n'ouvre au projet, moderne en particulier, que le « prisme étroit […] de l'empire du visible », une ambiance est « un projet qui se conçoit ». « Comme le contemporain, elle n'est en rien donnée, mais gagne à se construire. » Il y a dix ans, le sociologue Olivier Chadoin avait touché un point sensible en parlant à propos de l'ambiance d'une « invention intellectuelle postmoderne »(1) . Mais chacun sait combien il est impossible de faire l'impasse sur cette notion, dès lors que l'on s'intéresse aux dimensions sonores, lumineuses, thermiques, tactiles, temporelles et spatiales d'un édifice. Au-delà de l'éternel débat sur le « soft » (la perception de chacun) et le « hard » (le quantifiable et le mesurable), l'auteur ramène la notion à son endroit fondamental : la conception et l'édifice qui en résulte, soit l'architecture. Pour ce faire, il analyse les conditions d'air au sein de quatre édifices significatifs à divers titres. Il y a les icônes, le bâtiment de l'Armée du Salut et le learning center de l'EPFL qui confrontent deux âges de la modernité - le verdict est sans pitié pour les contradictions du premier, « entre raison du huis clos et désir du grand ouvert ».

 

Puis la Mie de Pain d'Antoinette Robain et Claire Guieysse et l'inclassable école d'architecture de Nantes d'Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, sans doute l'une des pièces majeures du puzzle qu'aura assemblé le duo sur le chemin chahuté du Pritzker. Quelque part entre faire espace et laisser place, pour suivre le sentier tracé par Herman Hertzberger, les « conditions d'air » s'étendent à l'usage et aux appropriations. En définitive, il est plutôt question dans ce livre de disponibilité, d'adaptabilité et de flexibilité. Lorsqu'Emmanuel Doutriaux écrit faire « climat », il pense la plupart du temps au social, en somme, à faire « commun », possibilité précisément activée suivant les « conditions d'air » au sens large. C'est notamment pour cette raison que les performances théoriques de Philippe Rahm autant que ses « improbables opérations à grande échelle » se trouvent évacuées du corpus.

L'ambiance nantaise de Lacaton & Vassal

L'édifice qui incarne sans doute de la manière la plus aboutie l'activation de ces principes est nantais, c'est l'école d'architecture des Lacaton-Vassal, dont « on use comme on le ferait de la ville ». Il est sauvagement poreux jusqu'au choix de l'enrobé pour le sol de son rez-de-chaussée, pensé comme inondable sur la berge d'un fleuve capricieux. C'est à dessein que le chapitre qui lui est consacré est intitulé « Thélème-sur-Loire » - même si l'édiction d'un règlement tatillon lors du deuxième confinement n'aura pas permis d'exploiter les ressources spatiales de cette école offrant la plus vaste surface disponible par étudiant en France. La porosité des espaces y est essentielle et l'école nantaise exprime à merveille la polyvalence - contredisant un critique d'architecture(2) qui avait cru bon de rappeler que dans certains de ces espaces dits « tampons », il faisait froid en hiver et chaud en été. Alors même qu'ils n'étaient pas prévus au programme… Ce bâtiment risque en tout cas, à l'image du centre Pompidou, d'être piégé au fil des ans par son hyperflexiblité même. A son inauguration en 2009, il offrait trois entrées officiellement percées au rez-de-chaussée. Il n'en reste plus qu'une depuis trop longtemps et, au sortir du confinement, elle se trouve barricadée de plexiglas et soumise à l'impératif sécuritaire du badge. Le commun n'est pas le semblable.… Le réel, c'est plus fort que toi ! Comme n'importe quel déchet, on risque de ne jamais pouvoir s'en débarrasser.

1. Olivier Chadoin, « La notion d'ambiance. Contribution à l'examen d'une invention intellectuelle postmoderne dans le monde de la recherche architecturale », Les Annales de la recherche urbaine, n° 106, 2010.

2. Valéry Didelon, « Valeur d'usage, valeur d'image : la nouvelle école d'architecture de Nantes », Criticat, n° 8, 2011.

  • CONDITIONS D'AIR. POLITIQUE DES ARCHITECTURES PAR L'AMBIANCE, Emmanuel Doutriaux. Editions MetisPresses, Genève, 2020, 304 p., 34 €.

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