Ricardo Bofill (1939-2022)

Ricardo Bofill (1939-2022)
© Courtesy Ricardo Bofill - Taller de Arquitectura - Ricardo Bofill, architecte

 

Dans les environs de Barcelone, sous les tentures de la mythique « Fabrique », cimenterie devenue agence d'architecture luxuriante, il a conçu des projets titanesques livrés aux quatre coins du monde. En France, de Noisy-le-Grand à Montpellier, en passant par Paris, l'architecte Ricardo Bofill, fieffé homme d'affaires, a marqué le XXe siècle d'une architecture postmoderne hautement narrative. Il est décédé le 14 janvier 2022, à l'âge de 82 ans.

 

Monumentaux et monochromes, répétitifs et étourdissants, toujours hautement photogéniques… Le succès sur les réseaux sociaux des bâtiments conçus par Ricardo Bofill n'a d'égal que celui que leur auteur connut au XXe siècle, sur le papier glacé des magazines. Rares sont les architectes à avoir les honneurs de la presse grand public. Ce fut le cas du Barcelonais, dont les projets au style néoclassique, de Noisy-le-Grand à Paris – avec le projet pour les Halles ou la place de Catalogne –, firent couler de l'encre. Dans Paris Match en 1988, alors que les Montpelliérains découvrent les colonnades, les frontons et les pilastres des premiers immeubles d'Antigone, le nouveau quartier dessiné par Bofill sous l'impulsion du maire Georges Frêche, l'architecte défend une approche particulière, loin des canons modernes : "Je crois que la mode a beaucoup trop d'importance [en France]. Ce côté "fashion" est terrible. Je préfère l'attitude anglaise qui consiste à s'habiller avec les vêtements de ses grands-parents et trouver ça très bien. Les gens pour qui une colonne, c'est du fascisme, sont les mêmes que ceux pour qui toutes les œuvres de musique classique se ressemblent."

 

Mais l'œuvre de l'architecte est plus complexe et diverse qu'il n'y paraît. De ses débuts en Espagne, où ses logements futuristes sont inspirés du régionalisme critique, à la phase high-tech des années 1990 et 2000, avec notamment les bureaux de BNP Paribas place du marché Saint-Honoré à Paris et leur structure de verre et d'acier, en passant par sa période postmoderne française des années 1980, il y a une apparente confusion des genres. Chez Bofill, le changement n'est pas dissocié de la constance d'une foi, celle de croire que les bâtiments peuvent améliorer le comportement humain. Symétrie, géométrie, utilisation de la couleur et rationalité constructive font partie d'un langage qu'il a intégré dans un art de la mise en scène, renouvelé tout au long de sa carrière.

 

Partout, l'œuvre de Ricardo Bofill est enrobée d'un filtre fictionnel qui fait de chacune de ses réalisations un univers autonome et singulier, prêt à accueillir toutes les narrations. En témoigne la réception des Espaces d'Abraxas à Noisy-le-Grand, qui, dès 1982 ont séduit Stéphanie de Monaco, qui y tourna son clip Comme un ouragan, mais aussi Jean-Pierre Mocky, qui en fit le décor d'À mort l'arbitre (1984), ou Terry Gilliam pour son dystopique Brazil (1985). Les imaginaires se sont succédé jusqu'au tournage d'Hunger Games 3 (2015) et aujourd'hui, avec les nombreux photographes anonymes qui jouent avec les perspectives du faux théâtre antique.

 

Sommaire du dossier

Plan du projet des Halles à Paris (Ricardo Bofill, 1974).

Flashback : Bofill, le "nouveau philosophe"

  • Patrimoine
  • Octobre 1974 : Ricardo Bofill, ou les aventures d'un "nouveau philosophe" en architecture. Il aura fallu attendre 1979 pour que Ricardo Bofill et son associé Manolo Nuñez puissent officiellement exercer […]

PHOTO - 5425_346294_k2_k1_872077.jpg

LE LIFTING DE RICARDO BOFILL À NOISY-LE-GRAND

À Noisy-le-Grand, les Espaces Abraxas construits par Ricardo Bofill en 1983 vont être rénovés. Qui plus est par l'architecte lui-même, qui s'y est engagé à la suite d'une […]

PHOTO - 104_Image62030.jpg

Photographier le vivre ensemble

À l'occasion du festival Circulation(s) qui se déroule au Centquatre à Paris, une jeune génération de photographes revient sur les grands projets urbains des Trente Glorieuses. Un regard entre critique sociale et mise en scène […]

PHOTO - 20094_1227057_k2_k1_2873654.jpg

FAUT-IL OUBLIER LE POSTMODERNISME?

Un demi-siècle après l'avènement de l'architecture postmoderne se pose la question de son devenir. Ce patrimoine fragile, critiqué pour son manque d'adaptation - alors qu'il prétendait renouer avec la souplesse des formes […]

Réagissez à cet article

Saisissez le code de sécurité*

Saisir le code

*Informations obligatoires

  • Olivier ANTHEAUME

    Quelle tristesse, Ricardo BOFILL a développé l'imaginaire de nombreux étudiants en architecture dans les années 80, il demeure inimitable dans les grandioses empreintes urbaines comme celles du quartier du Lac à Montigny-Le-Bretonneux, ou de la Place de Catalogne à Paris, des réalités oniriques en héritage qui peuvent nous interroger sur la validité de l'écologie politique actuelle du non-construire qui ne mène à rien, Incontestablement Ricardo Bofill avait la foi dans ses entreprises, un bel exemple de ténacité merci pour cet héritage;

Une marque

Groupe Moniteur Infopro Digital