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"Il faut restituer la relation sous-sol/sol/air", Olivier Philippe, paysagiste, Agence TER

Zoom sur l'image Il faut restituer la relation sous-sol/sol/air, Olivier Philippe, paysagiste, Agence TER
© Agence TER - Olivier Philippe, paysagiste DPLG, Agence TER

Dans le cadre du dossier consacré à la construction en zones inondables, le paysagiste Olivier Philippe, fondateur de l'Agence TER, défend une vision résiliente de l'aménagement de la ville où la relation sous-sol/sol/air est restituée.

"Le terme de résilience est à la mode, face au désastre écologique et climatique en cours, c‘est la formule rédemptrice de l’humanité. On peut néanmoins s’interroger sur l’interprétation de cette notion et il faut affirmer plus que jamais le bien-fondé de l’action de transformation du territoire par l’homme. En France, cinq siècles de conquête du sol et d’unification du territoire ont produit d’incroyables paysages. Construits ou cultivés, ils constituent un patrimoine unique, envié. Beaucoup d’entre eux ont généré des milieux, une écologie singulière; ils expriment parfaitement la capacité de l’homme à mener une action d’invention paysagère productrice de biodiversité, de génie hydraulique, avec ses bénéfices climatiques. Si l’arrogance de l’humanité face à la nature a été engagée dès le XIXe siècle, portée par la révolution industrielle et l’urbanisation, on peut être encore plus critique sur la période de la modernité dite des Trente Glorieuses. Cette critique porte sur l’accélération brutale et généralisée de la conquête du territoire, de “l’urban sprawl” avec l’affirmation de la technologie du tuyau, à l’agriculture ultra-productiviste. Avec la conviction qu’il était possible et nécessaire de s’affranchir de la condition naturelle, ce que la période précédente, portée par un même désir de conquête n’avait pas fait. L’urgence de la situation impose un changement de paradigme radical. Il s’agit d’abord d’un retour à la raison. Après tout, Saint-Thomas d’Aquin dans ses écrits sur les “manières d’urbaniser”*, évoque parfaitement la nécessité de s’installer en intelligence économe avec la nature. Il prônait également la réduction de la dépendance, c’est-à-dire la nécessité de produire le plus localement possible ce que l’on consomme. Des principes qui ont présidé à des siècles d’installation humaine.

 

Le principe de résilience, défini comme la capacité d’un système à pouvoir intégrer dans son fonctionnement une perturbation, sans pour autant changer de structure qualitative, s’inscrit dans un changement de paradigme sociétal plus vaste. Un changement que le sociologue Zygmunt Bauman, définit comme la “société liquide”, et qui touche les relations sociales comme l’économie. L’incertitude, l’impalpabilité, la fluctuation gouvernent le XXIe siècle. L’instabilité et l’imprévisibilité de la nature, fortement aggravées par le dérèglement climatique, entrent dans ce nouvel état du monde. Il y a là une étonnante convergence. L’exercice de nos métiers de paysagiste ou d’architecte, métiers qui ne couvrent qu’une partie de la question de la résilience, impose que nous remettions au centre de tout projet deux fondements : le premier, que j’appellerais la “détarmacisation massive du sol” consiste à restituer la relation sous-sol–sol–air, une chaîne verticale sans laquelle ni vie, ni gestion des éléments initiateurs de cette vie ne sont possibles. Le second consiste à “laisser de la place” aux éléments, l’eau essentiellement, sans pour autant que cela empêche les usages urbains.

 

Projet du parc Canopia Urbana à Barcelone par l’agence TER - © Agence TER

 

Le paysagiste anglais Ian McHarg, fondateur du département de paysage à l’université de Pennsylvanie, a été probablement le précurseur de l’hypothèse d’une anthropisation du territoire éclairée par la condition naturelle. Dans “Design with nature”, écrit à la fin des années 1960, il pose de manière très pratique, sans romantisme ni hygiénisme, la nécessité de cette coexistence bénéfique. Ces deux fondements précités constituent aujourd’hui le moteur de nos travaux. Le projet “Canopia Urbana” (Agence TER + Ana Coello) à Barcelone est une place-parc de 15 ha située aux croisements des axes majeurs du plan d’Ildefons Cerdà. Nous visons trois objectifs principaux : inventer un écosystème urbain qui hybride ville et nature ; mettre en relation synergique le sous-sol, le sol et les horizons métropolitains ; et développer un espace capable de remplir dans un même lieu les fonctions dédiées à une place et celles dédiées à un parc. Au vallon des Aygalades à Marseille, principal espace public du projet urbain Euromed 2 piloté par l’architecte urbaniste François Leclercq, il s’agit d’en amorcer la renaturation pour offrir un espace public polyvalent à la métropole marseillaise."

* Saint-Thomas d’Aquin, « Du gouvernement du prince ».

 

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