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«Il ne faut pas penser en termes de camps de migrants mais de nouveaux quartiers», par Cyrille Hanappe, architecte

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Dans son numéro 263-octobre 2017, AMC consacre un dossier à l'hébergement d'urgence qui, avec la crise économique et sociale, et l’arrivée de migrants fuyant les guerres, la famine ou les catastrophes climatiques, fait depuis quelque temps l’objet d’attention et de débats dans la communauté des architectes et au-delà. En plus de la présentation de dispositifs d'habitats provisoires inventifs, qui évitent de stigmatiser les lieux d'acceuil des migrants et des sans-abris tout en offrant à leurs occupants un certain confort, AMC donne la parole aux acteurs engagés sur le terrain.

 

Interview de Cyrille Hanappe, architecte (Air architectures, Actes & Cités)

AMC: Selon vous, il faut mettre de côté la notion d’urgence…

Cyrille Hanappe: La notion d’urgence conduit à se préoccuper uniquement des besoins physiologiques – être à l’abri, se nourrir – et crée les conditions de l’exclusion. Il faut au contraire partir du postulat que les personnes vont rester longtemps, car même si elles partent, d’autres arrivent. A Calais, la situation dure depuis trente ans. On sait que lorsqu’on détruit un camp, un autre se crée ailleurs. Dans la « jungle », il existait un parlement des exilés. Avec l’ONG Acted, des représentants de chaque communauté y organisaient des travaux d’aménagement: viabilisation de routes, création des réseaux d’eau, etc. Au sud de Damas, avant la guerre, le camp de Yarmouk était devenu un quartier dynamique, avec une vie culturelle. Il ne faut donc pas penser en termes de camps mais de nouveaux quartiers.

 

Comment intégrer autant d’arrivants en ville ?

Au sein de l’association Actes & Cités, nous avons monté un groupe de recherche autour du concept de "ville accueillante". Nous reprenons les principes du rapport Bruntland, qui place le développement durable au croisement du social, de l’économique et de l’environnemental, et y incluons le concept de mobilité. Cette ville serait capable d’accueillir et d’intégrer des personnes qui arrivent en masse, dans des proportions qui excèdent les capacités qu’offrent l’architecture et l’urbanisme classiques. Les bidonvilles ne sont pas détruits mais humanisés, sécurisés, rendus salubres et, au final, intégrés dans la ville. J’utilise le mot bidonville de manière assumée, car ce sont des villes tremplins, comme l’ont été Little Italy et Chinatown à New York. A Grande Synthe, nous avions commencé à donner une petite urbanité au camp avant qu’il ne brûle, simplement par une répartition pensée des modules d’hébergement, au lieu de simples alignements de boîtes. Il faut remplacer le terme de camp par celui de nouveau quartier, en continuité avec la ville existante. Même s’ils doivent pouvoir être montés et démontés rapidement, ces quartiers rentreraient dans un schéma de développement urbain, avec tout ce que cela implique au niveau programmatique.

 

La manière de concevoir l’habitat temporaire change-t-elle ?

Penser temporaire ne veut rien dire. Aujourd’hui, on a les moyens de construire et de déconstruire rapidement, sans recourir aux containers qui sont faits pour transporter des marchandises, pas des êtres humains. Même s’il s’agit de séjours provisoires, l’architecte apporte une dimension sociale et une inscription dans le temps. Je considère que le centre d’hébergement d’urgence réalisé dans le XVIe arrondissement de Paris est notre plus beau projet de logements. Il montre qu’il est possible d’obtenir de la qualité avec des dispositifs de construction et déconstruction rapides. Ce type d’architecture doit faire appel à l’économie locale, aux circuits courts, à la construction saine, au recyclage des matériaux, à l’énergie renouvelable, etc. La problématique des migrants et de leur accueil peut nous amener à pousser la logique du développement durable jusqu’au bout, comme cela n’a jamais été fait auparavant.

 

Propos recueillis par Margot Guislain

 

Retrouvez l'ensemble du dossier consacré à l'habitat d'urgence, dans AMC n°263-octobre 2017

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