Introduction

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Développé de l’enveloppe de la Cité du design de Saint-Etienne (Finn Geipel et Giulia Andi arch.).

Rarement un dossier « Détails » aura réuni des projets aussi dissemblables, du moins à première vue . Quatre exemples seulement, mais quatre architectures fortement typées. La volumétrie des projets de Jean Nouvel et Finn Geipel est simple, avec des façades linéaires s’élevant sur un plan rectangulaire. Shigeru Ban et Jean de Gastines au contraire enrobent d’une « tente » aux courbes complexes, descendant jusqu’au sol, un espace morcelé dans un jeu de « tubes » multidirectionnels. Dominique Perrault habille le nouvel opéra de Saint-Pétersbourg d’un épais manteau formé de grands triangles articulés. Ces projets partagent cependant un point commun fondamental : une vaste enveloppe quasiment autonome structurellement et esthétiquement, sans appui intermédiaire et donc « libre » par rapport au cloisonnement et à l’organisation des espaces qu’elle protège.

Ces projets ont également en commun d’être en phase amont de leur développement, soit en début de chantier pour le bâtiment de la Radio nationale danoise de Nouvel, ou en étape APD-Préparation des appels d’offres pour les trois autres. Ce dossier s’attache précisément à cette phase critique du passage du concept à la définition concrète du projet.

A la question traditionnelle du « Comment on fait ? » tend à se substituer une interrogation plus grave : « Est-ce possible ? ». De ce point de vue , le projet de Jean Nouvel parait le moins problématique et le bâtiment construit devrait ressembler trait pour trait aux images numériques produites au moment du concours. Certes, l’organisation des services réunis dans le bâtiment socle (studios, bureaux, circulations…) a pu évoluer et la couverture vitrée du foyer, prévue au sommet de l’enveloppe verticale périmétrique, sera positionnée sensiblement plus bas, mais ces adaptations ne seront guère visibles de l’extérieur. Paradoxalement, le bâtiment sera même plus fidèle aux premières études que ne le souhaitaient le maître d’ouvrage et l’architecte, qui ont cherché en vain une matière plus naturelle et plus « écologique » que la toile enduite de PVC pour envelopper le bâtiment.

L’aspect final de « la Platine », bâtiment clé de la Cité du design à Saint-Etienne sera également sans doute très proche de celui des premières esquisses. Cependant, sa mise au point impose des recherches à la limite des possibilités techniques actuelles. La structure de l’enveloppe sera constituée de tôles d’acier découpées au laser. Des panneaux photovoltaïques spécifiques devront être étudiés pour une surface triangulaire ne correspondant à aucun modèle standard. Enfin, les panneaux de photosynthèse relèvent du prototype expérimental fabriqué en Australie, sur la base d’un brevet d’un chercheur suisse.

La forme générale de la couverture du Centre Pompidou Metz ne devrait pas subir de transformation majeure, mais Shigeru Ban et Jean de Gastines ont dû renoncer au principe d’une structure tressée façon « chapeau chinois », qui s’avère irréalisable à cette échelle.

Enfin, Dominique Perrault a dû repenser le « grand manteau » de l’opéra de Saint-Pétersbourg pour l’adapter au climat local et aux savoir faire des entreprises russes.

Chacun de ces projets a donc été l’objet d’un énorme travail de mise au point sur une période de 2 ans ou plus et qui s’apparente par bien des aspects à une étude de faisabilité, contraignant l’architecte à des remises en cause plus ou moins douloureuses.

Structures libres

Les surtoitures et autres doubles façades ne sont pas nouvelles. Pour autant, les solutions mises en œuvre sur ces projets sont beaucoup plus radicales dans le sens de l’autonomie d’une enveloppe par rapport à la simple délimitation de l’espace. Sur les projets de Copenhague, de Metz et de Saint-Pétersbourg, apparaissent des volumes ouverts mais couverts dans lesquels sont créées des terrasses ou des circulations qui enrichissent et diversifient les possibilités fonctionnelles et les ambiances.

La Platine de la Cité du design propose une organisation spatiale inédite, qui transcende les codes de « l’open space » et du bureau paysager déjà connus dans l’univers du tertiaire. Une enveloppe unique et continue compose les façades, la couverture et la superstructure d’une immense halle, dans laquelle les différents services peuvent être aménagés librement. En l’absence de contrainte structurelle (ni poteau, ni refend), l’espace peut être organisé de façon modulaire, incluant des « cellules » indépendantes. Plusieurs qualités d’ambiances lumineuses et thermiques sont générées par cinq types différents de panneaux de façade, du transparent à l’opaque isolant, en passant par le photovoltaïque et le translucide.

Les liaisons entre l’enveloppe et le volume en béton central des projets de Copenhague, Metz et Saint-Pétersbourg sont réduites au minimum. Ainsi, la grande couverture du Centre Pompidou Metz est auto stable et autoporteuse par l’intermédiaire de quatre « entonnoirs » dans lesquels sont concentrés les appuis verticaux et les descentes d’eaux pluviales. De même, la coque de l’opéra de Saint-Pétersbourg n’est connectée au volume en béton que de manière ponctuelle par des liaisons articulées non porteuses.

Nouvelles matières, nouveaux effets

Les structures textiles ont connu une certaine vogue au début des années 1990. Des toiles tendues ont permis de réaliser d’aériens brise-soleil et autres abris légers, dont l’expression la plus spectaculaire s’incarne sans doute dans « les nuages » de l’Arche de la Défense. L’enjeu est d’une autre envergure sur le Centre Pompidou Metz et le bâtiment de la radio danoise. En s’étirant jusqu’au sol et en « s’enroulant » autour des émergences des « tubes », la couverture imaginée par Shigeru Ban et Jean de Gastines acquiert une dimension formelle, symbolique et structurelle particulière. Elle confère à l’édifice une silhouette singulière, à la fois organique et rigide. A Copenhague, la couleur bleue de la toile se prête à des métamorphoses inattendues. Les hautes façades parfois se fondront dans le ciel du Danemark ou se transformeront en écran support d’images fantasmagoriques.

Les coques de l’opéra de Saint-Pétersbourg scintilleront comme un écho déformé des dômes des églises et des palais. La matité de l’aluminium anodisé fera contraste avec le brillant des vitrages dans un enchevêtrement de facettes mouvantes en fonction des mouvements des nuages et du soleil.

A Saint-Etienne, les panneaux triangulaires de cinq types différents par leurs couleurs et leurs textures, composeront une mosaïque mystérieuse.

Qu’ils s’inscrivent dans un centre-ville (à Saint-Pétersbourg et Saint-Etienne) ou dans un quartier nouvellement urbanisé (à Metz et à Copenhague), ces projets vont s’imposer dans le leur environnement par leurs volumétries, leurs proportions et les matières de leurs enveloppes.

Architectures « climatiques »

La démarche de Fin Geipel se veut explicitement « environnementale », avec une grande attention portée aux questions d’énergie, d’ambiance et de confort. Shigeru Ban poursuit dans le Centre Pompidou Metz son exploration des possibilités du bois, matériau naturel et renouvelable par essence. La grande couverture du Centre a également vocation de protection contre les aléas climatiques. La toile enveloppant le projet de Jean Nouvel est plus et autre chose qu’une simple barrière symbolique. Sa composition diffère en fonction des volumes qu’elle protège. Ainsi, devant les baies vitrées des bureaux, elle gagne en épaisseur pour offrir une certaine protection phonique. Plus généralement, la toile enduite protégera le volume qu’elle enclôt du vent, du soleil et de la pluie, sur la totalité de la périphérie du bâtiment.

Au fil des études, Dominique Perrault a étoffé, renforcé, épaissi la coque de l’opéra de Saint-Pétersbourg, jusqu’à lui conférer des capacités isolantes importantes pour résister aux rigueurs du climat local. A Saint-Etienne, l’enveloppe sera même génératrice d’énergie, annonçant peut-être une nouvelle ère dans laquelle l’enveloppe, d’écran passif, deviendrait active et réactive en fonction des conditions climatiques et du mode d’occupation des locaux. Il ne s’agit plus « d’animer » la façade par quelque effet graphique, mais bien de la rendre « vivante » au moyen de technologies nouvelles. Cette approche s’oppose apparemment à la façade végétale également présente dans l’actualité architecturale. A l’avenir cependant, ces deux options devraient s’avérer plus complémentaires que contradictoires. Dans l’immédiat, nous sommes curieux et impatients de voir comment ces projets vont se concrétiser.

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