Introduction

  • Actualités
Pour lire l'intégralité de cet article, testez gratuitement AMC - édition Abonné
Zoom sur l'image Introduction
© Yann Bohac - PHOTO - _MG_8461_frise.jpg

L’isolation est devenue une composante obligatoire de l’enveloppe des bâtiments neufs, en attendant sans doute d’être à terme généralisée à l’existant. Dans ce contexte d’une contrainte légitimée par la nécessaire réduction des déperditions thermiques, le positionnement de l’isolant à l’extérieur ne réduit pas la grande variété des matériaux de façade possible, comme le montrent les huit exemples présentés ici.

Le positionnement de l’isolation à l’extérieur de la structure s’impose logiquement comme la solution la plus simple pour éviter les ponts thermiques à l’endroit des nez de planchers, de refends et de cloisons. De plus, dans plusieurs exemples, on voit que le traitement des encadrements de baies est ainsi optimisé, notamment pour l’isolation des coffres de volets roulants. Cette technique s’avère également intéressante pour créer un « manteau » enveloppant l’acrotère, avec une isolation continue de la verticale de la façade à l’horizontale de la terrasse, au sommet du bâtiment, là où les déperditions sont les plus importantes.

Les épaisseurs d’isolant mises en œuvre s’inscrivent dans une fourchette de 80 à 140 mm, comparable à celle d’un doublage intérieur. L’épaisseur totale de la paroi dépend évidemment du type de parement retenu. Avec un bardage bois ou métallique, même en comptant 20 mm d’espace ventilé, l’épaisseur de la façade sera proche de celle d’un mur traditionnel isolé par l’intérieur. De ce point de vue, les constructions à ossature bois ou métal sont les plus performantes puisque l’isolation peut être intégrée entre les montants et les traverses.

Outre ce problème « d’encombrement », certains objecteront qu’une isolation par l’extérieur est plus coûteuse et qu’elle induit une complexité de mise en œuvre supérieure par rapport à un « simple » doublage intérieur ou une isolation répartie (monomur terre cuite ou blocs de béton cellulaire par exemple). Il n’empêche que sur le plan de l’efficacité pure, associée à une forme d’élégance constructive, l’isolation par l’extérieur peut objectivement être jugée comme recommandable, du moins dans le neuf, car il serait incongru de dissimuler la richesse d’un ordonnancement classique ou l’harmonie d’une belle élévation moderne.

Une polémique française

Il est certainement symptomatique que sept des huit exemples de ce dossier ont été édifiés à l’étranger. Certes, nous aurions pu sélectionner bien d’autres références françaises, mais il paraît difficile d’ignorer les réticences de nombreux architectes, en particulier ceux qui aiment construire en béton. Leur opposition au principe de l’isolation extérieure n’est pas tant d’ordre technique que symbolique, voire philosophique, dans la filiation d’un éternel débat sur « la vérité constructive ». En résumé, la question est de savoir préserver l’identité conceptuelle d’un bâtiment en béton, quand sa structure devient « illisible » à l’arrière d’une peau rapportée à l’extérieur du bâti. D’aucuns soutiennent qu’une isolation et un parement légers seront toujours extérieurs au projet lui-même, comme cet ornement que Loos qualifiait de « criminel ». Il est vrai que la continuité, l’homogénéité, l’effet de masse plastique d’une façade en béton ne peuvent être reproduits dans la juxtaposition-superposition d’éléments disposés selon un calepinage qui découpe inévitablement la façade en petites surfaces relativement autonomes. Pour certains, il est en quelque sorte moralement exclu de dissimuler – fut-ce « pour son bien – le béton à l’abri d’un habillage mince de cassettes métalliques ou d’un bardage bois. Les mêmes argueront également qu’une façade en béton est plus pérenne et finalement plus « durable » qu’un isolant protégé par un parement mince. Mais il existe des bardages minces à la résistance remarquable et la cohérence de l’écriture architecturale des projets réunis ici nous semble peu contestable. Pour en finir avec un débat quelque peu sclérosant, les exemples de ce dossier révèlent au moins deux manières honorables de transcender cette impasse conceptuelle : soit créer un parement lourd sous la forme d’une façade en maçonnerie qui préserve la liberté de l’architecte de travailler « dans le solide », soit imaginer un parement léger à l’identité suffisamment forte pour incarner l’esprit du projet, même si sa structure intime est dissimulée, à la manière de ces masques qui en disent plus sur l’inconscient de celui qui le porte qu’un visage découvert mais inexpressif.

Supports-surfaces

En France, l’image de l’isolation par l’extérieur est associée à quelques stéréotypes pour le moins réducteurs. Les moins jeunes se souviennent de ces immeubles HLM « défigurés » par des plaques de polystyrène revêtues d’un enduit multicolore, à l’occasion de malheureuses réhabilitations dans les années 1980. Plus récemment, on a vu de sévères façades de bâtiments tertiaires habillées d’une « carrosserie » constituée de panneaux métalliques alignés au cordeau. La forme ultime de ce dispositif est le bardage bois protégeant une isolation extérieure sur structure béton ou ossature bois.

Sur les huit exemples rassemblés dans ce dossier, seuls deux – les pavillons de l’Université du Pays de Galles et celui de la Finlande à l’Expo 2010 à Shanghai – sont construits sur une ossature (mixte métal-bois en Angleterre, acier en Chine). Les six autres ont une structure en béton armé. Comme quoi cette technique, dominante dans les pays latins, est également appréciée dans des contrées plus nordiques et outre Atlantique. La seule référence française se distingue par une double isolation intérieure-extérieure et un parement mince en aluminium. Le même principe est présent sur la maternelle Tellus en Suède, avec cette fois un bardage bois. Dans les quatre autres exemples à structure béton, l’enveloppe isolante prend des formes aussi diverses qu’un parement maçonné traditionnel en brique, une coque en mousse minérale enveloppant les volumes d’une maison conçue par Junger Mayer ou des feuilles de verre plat déformé à chaud sur des grilles en inox composant la façade miroitante d’un immeuble commercial à Vancouver. Difficile, nous semble-t-il, de prétendre que l’isolation par l’extérieur bride la liberté de création de l’architecte.

Matières, textures et couleurs

Quelles que soient sa nature et son épaisseur, l’isolant est invisible, aussi bien quand il est placé à l’extérieur qu’à l’intérieur. Dans ces conditions, que voit-on sur un bâtiment isolé par l’extérieur ? De fines (0,1 mm) feuilles d’acier inoxydable sur les pavillons de l’Université du Pays de Galles, des casettes d’aluminium laqué (1 mm) sur l’immeuble Sourcea à Lyon-Confluence, des « écailles » d’un matériau composite à base de papier et de plastique recyclés sur le pavillon de la Finlande de l’Expo 2010 à Shanghai, du verre ondulé sur un grand magasin de mode à Vancouver, un crépi en silicate sur plâtre armé sur une maison en Allemagne, des façades en brique sur une galerie d’art à Berlin et sur un immeuble de logements à New-Ulm (avec des éléments préfabriqués en béton sur ce dernier projet).

Cette liste loin d’être exhaustive est incompatible avec l’idée même d’une image standardisée de l’immeuble à isolation extérieure. Acier, aluminium, béton, bois, brique, verre… Quasiment tous les matériaux de façade peuvent être utilisés comme parement. La grande différence avec un doublage intérieur réside précisément dans la nécessité de protéger l’isolant des aléas extérieurs. Pour économiser l’espace et limiter l’investissement, on a souvent en France recours à un parement mince de type bardage de métal ou de bois. Les exemples étrangers sélectionnés montrent cependant un large éventail de matériaux disponibles. De même, les modes de mise en œuvre et les qualités d’aspect sont très différenciés et cette option peut être envisagée par tout architecte désireux d’élargir sans a priori sa culture technique.

Le brillant miroir des façades d’un pavillon d’Aberystwyth, le blanc éclatant de la maison Dupli Casa, le bleu intense de l’immeuble de Lyon-Confluence, le jaune solaire de la maternelle suédoise, le blanc de marbre du pavillon de la Finlande à l’Expo 2010 de Shanghai ou le brun-rouge de l’immeuble de New-Ulm et le grège de celui de Berlin, viennent enrichir opportunément la palette des parements de bâtiments, qu’ils soient implantés dans un cadre verdoyant ou intégrés dans un tissu urbain dense.

Introduction
PDF de l'article

Pavillon de la Finlande EXPO 2010 A SHANGHAI (CHINE)

Maîtrise d’ouvrage Finpro Maîtrise d’Œuvre JKMM architectes Les architectes finlandais manifestent un talent particulier dans la conception de pavillons nationaux élégants, fonctionnels et poétiques. Le dernier en date a reçu le […]

PDF de l'article

immeuble multifonction NEW-ULM (Allemagne)

Maîtrise d’ouvrage NUWOG Vohnungsgesellschaft der Stadt Neu-Ulm Maîtrise d’Œuvre Fink-Jocher Son enveloppe en brique confère à ce bâtiment une unité trompeuse au regard de son programme, qui superpose plusieurs fonctions bien […]

PDF de l'article

ECOLE MATERNELLE TELEFONPLAN / STOCKhOLM (SUEDE)

Maîtrise d’ouvrage Vasakronan / City-Council de Hagerstenliljeholmen Maîtrise d’Œuvre Tham & Videgard Implantée dans l’environnement hétérogène d’une périphérie urbaine et industrielle, face à une forêt, cette maternelle peut […]

PDF de l'article

Magasin Holt Renfrew Vancouver (Canada)

Maîtrise d’ouvrage Holt Renfrew Maîtrise d’Œuvre Janson Goldstein La chaine de boutiques de mode haut de gamme Holt Renfrew a fait appel à l’agence new-yorkaise de Janson Goldstein pour la conception de ses magasins de Vancouver […]

PDF de l'article

Villa Dupli-casa LUDWIGSBURG (Allemagne)

Maîtrise d’ouvrage privée Maîtrise d’Œuvre Junger Mayer H La base de cette sculpture habitable est une maison de plain-pied édifiée en 1984 sur un plan en étoile. Plus de 20 ans plus tard, Junger Mayer s’est vu confier une mission […]

PDF de l'article

GALERIE D’ART AM KUPFERGRABEN 10 BERLIN (ALLEMAGNE)

Maîtrise d’ouvrage Celine et Heiner Bastian Maîtrise d’Œuvre David Chipperfield Cet immeuble conçu comme une « maison de ville pour les arts » est érigé en angle sur le canal Kupfergraben, face à l’ile aux musées, à l’emplacement […]

PDF de l'article

ATELIERS DE CREATION ABERYSTWYTH (Royaume-Uni)

Maîtrise d’ouvrage Aberystwyth Arts Centre, University of Wales Maîtrise d’Œuvre Heatherwick Studio Ces huit étranges huttes métallisées abritent chacune deux ateliers dédiés à des activités de création au sens large. Le maître […]

PHOTO - _MG_8461_frise.jpg

Introduction

L’isolation est devenue une composante obligatoire de l’enveloppe des bâtiments neufs, en attendant sans doute d’être à terme généralisée à l’existant. Dans ce contexte d’une contrainte légitimée par la nécessaire réduction des […]

Une marque

Groupe Moniteur Infopro Digital