Jack Lang: «Notre ambition était que l’art et la culture occupent l’une des toutes premières places dans la société»

Zoom sur l'image Jack Lang: «Notre ambition était que l’art et la culture occupent l’une des toutes premières places dans la société»
© Courtesy IMA - Jack Lang

Articles Liés

Dans les archives d'AMC: 1984, si l'Opéra Bastille était conté

Équerre d'argent 1987 / Jean Nouvel Architecture Studio – Institut du monde arabe – Paris[...]

Les moucharabiehs de l'IMA reprennent leur danse

Il y a trente ans, en 1989, étaient inaugurés la Pyramide du Louvre, l’opéra Bastille, la Grande Arche de La Défense et le ministère des Finances à Bercy, les tout premiers "grands projets" parisiens de Mitterrand parmi la dizaine qui allaient donner une impulsion nouvelle à l’architecture française. Retour sur cette période dans AMC n°282-novembre 2019, avec une interview de Jack Lang, aujourd’hui président de l’Institut du monde arabe, ancien ministre de la Culture de 1981 à 1986 puis de 1988 à 1993, et acteur central des décisions et des arbitrages qui présidèrent à l’édification de bâtiments devenus emblématiques du paysage urbain de la capitale.
 

AMC: Quel était votre diagnostic en matière d’institutions culturelles à Paris et en France à votre arrivée au ministère de la Culture?
Jack Lang: A vrai dire, le manque était général. La situation culturelle était d’une grande pauvreté, à l’exception de certains orchestres, de certaines villes comme Grenoble, Lille, Marseille ou Strasbourg. Un chantier immense nous attendait dans presque tous les domaines culturels, des arts plastiques au théâtre, en passant par les musées et les bibliothèques, qui étaient dans un dénuement total. Même Paris était dans un état de relatif abandon, en comparaison de New York, Londres ou Berlin. Le musée du Louvre ou la Bibliothèque nationale, par exemple, étaient dans un état de décrépitude avancée: des salles ne pouvaient ouvrir au public qu’une demi-journée par semaine, l’eau coulait à travers les collections… L’opéra Garnier craquait de toutes parts, il y avait très peu de représentations possibles dans ­l’année.


Comment le programme des grands travaux lancés dès 1981 par François Mitterrand est-il né?
L’expression "grands travaux" que l’on utilise aujourd’hui est ­trompeuse. Notre ambition à l’époque était autre. Il ne s’agissait pas de construire pour construire mais d’engager une politique des arts et de la culture complètement nouvelle, qui s’appliquait à ­l’ensemble du pays. Cette politique avait été exposée pendant la campagne présidentielle dans un discours de François Mitterrand datant de mars 1981, prononcé lors d’une conférence internationale de la culture que j’avais organisée, dans le grand amphithéâtre de l’Unesco. Ce texte distinguait bien deux aspects: d’une part, "les?institutions nationales de référence", d’autre part, "la trans­formation de la politique culturelle pour l’ensemble du pays". Il n’était pas encore question de "grands travaux", pas même pour le Louvre. Mais il y avait déjà l’idée de regrouper à la Villette toute une série d’institutions musicales, que l’on appelait alors "Beaubourg de la musique".


Par quoi avez-vous commencé?
Lorsque François Mitterrand a remporté l’élection présidentielle et que je suis devenu ministre de la Culture, la première proposition que je lui ai faite a concerné l’Institut du monde arabe [IMA], dont la création avait été décidée sous le septennat précédent. L’IMA devait se construire initialement dans le XVe arrondissement, un projet d’Henry Bernard, avec une architecture néoarabe qui ne nous emballait pas. On pensait qu’il fallait quelque chose de plus contemporain. ­François Mitterrand m’a dit: "Si l’on veut changer d’architecte, il faut changer de terrain." On a trouvé un emplacement libre dans le Ve arrondissement, en bord de Seine, face à Jussieu et pas très loin de la Grande Mosquée. Les pays arabes ont d’abord été très réticents: ils pensaient qu’on voulait enterrer le projet, alors qu’au contraire, on voulait lui donner davantage d’ampleur. D’ailleurs, au financement des pays arabes et du ministère des Affaires étrangères, j’ai ajouté une contribution importante du ministère de la Culture. A la fin de l’année 1981, nous avons organisé un concours avec de jeunes architectes, qui a été remporté par une équipe de quasi-inconnus, Jean Nouvel et Architecture Studio.


Qui pilotait l’ensemble de ces grands projets ?
Il y avait un petit groupe de coordination des grands projets qui se réunissait tous les deux mois. On l’avait appelé "le groupe des quatre", avec Robert Lion, directeur de cabinet du Premier ministre Pierre Mauroy, qui assurait le lien avec les Finances, Roger Quillot, ministre de l’Equipement, Paul Guimard, conseiller personnel de Mitterrand pour la culture, et moi-même. J’avais aussi auprès de moi au ministère, Christian Dupavillon, un homme remarquable qui était d’ailleurs architecte. On établissait les programmes des concours, les propositions de composition des jurys, le suivi des opérations. C’était un travail monumental!
 

Propos recueillis par Gilles Davoine

Réagissez à cet article

Saisissez le code de sécurité*

Saisir le code

*Informations obligatoires

Abonnés AMC

PHOTO - 24961_1477829_k2_k1_3420175.jpg

L'impossible héritage berlinois, entre mythes et […]

10/05/2021

300 A Berlin, dans le quartier populaire de Neukölln en passe d'être gentrifié, le projet de destruction-reconstruction de l'iconique grand magasin Kartast fait polémique. Un projet confié à David Chipperfield par Signa Holding, qui révèle le rapport ambigu qu'entretient la ville avec les fantômes […]

Tour Opale, Lacaton & Vassal, Chêne-Bourg (Suisse)

La Tour Opale à Genève, dernier projet livré par […]

07/05/2021

300 Appartements traversants ou à double orientation, baies vitrées coulissantes du sol au plafond, prolongement des logements par des jardins d'hiver et des balcons, rideaux thermiques : à Chêne-Bourg, dans la banlieue de Genève, les lauréats du Pritzker 2021, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal ont […]

Cour Bareuzai, Chapman Taylor, Dijon (Côte d'Or)

Un passage commerçant pour valoriser le patrimoine […]

07/05/2021

300 À Dijon près du Palais des Ducs de Bourgogne, l’agence parisienne Chapman Taylor a réalisé la reconversion-extension de deux hôtels particuliers en surfaces commerciales. Le projet, en reliant deux rues du centre-ville, permet au public d’accéder à un site patrimonial méconnu mais néanmoins […]

Abonnés AMC

Palais de Justice à Lisieux par Leonard & Weissmann

À Lisieux, le Palais de Justice s'installe dans […]

06/05/2021

300 Pour l'implantation du palais de justice de Lisieux dans l'ancienne usine Wonder, l'enjeu pour les architectes de Leonard & Weissmann est sans aucun doute de conserver la singularité de l'édifice tout en exploitant les qualités de son enveloppe architecturale. De larges dimensions investies par de […]

Appel à candidatures pour les Trophées Eiffel 2021

Architectes, proposez vos réalisations aux […]

06/05/2021

300 ConstruirAcier, association de promotion de la filière Acier française, organise chaque année depuis 2015 les Trophées Eiffel, récompensant des projets utilisant ce matériau pour tout ou partie. Pour participer à l’édition 2021 dont le jury sera présidé par Marc Mimram, les dossiers sont à envoyer […]

Abonnés AMC

PHOTO - 24961_1478011_k3_k1_3420452.jpg

L'épaisseur de la vie communale, un pôle municipal […]

05/05/2021

300 Tirant parti de sa mixité programmatique - une mairie, une médiathèque, un bureau de police, une salle des mariages et une antenne sociale -, ce projet d'extension-réhabilitation mené par l'agence Oh!Som à Saint-Savournin (Bouches-du-Rhône) dynamise le déjà-là pour créer un lieu de vie communal […]

Une marque

Groupe Moniteur Infopro Digital