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Jan Richter, architecte: "L’obligation de rester chez soi permettra peut-être à certains de mesurer la valeur du logis"

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© Richter architectes & associés - Jan Richter architecte, agence Richter architectes & associés

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Télétravail, chômage partiel, poursuite des études, reprise ou arrêt des chantiers. L'organisation des architectes est mise à rude épreuve par le confinement imposé pour lutter contre l'épidémie de coronavirus. Pourtant, dans les agences -ou plutôt hors les agences-, les échanges entre associés, salariés, co-traitants et clients se poursuivent, la division du travail s'adapte au fil de la situation, la gestion des projets s'optimise. Comme en temps de crise économique, les architectes français repensent leur système de production pour passer l'orage. Et ils envisagent déjà l'après, les leçons que la profession et le monde de la construction devront tirer de la situation actuelle. L'architecte Jan Richter, de l'agence Richter architectes & associés, répond aux questions d'AMC.

AMC: Le confinement imposé pour lutter contre l'épidémie de coronavirus installe le télétravail dans la durée. Comment l'activité se poursuit-elle dans votre agence? Comment adaptez-vous vos installations et votre organisation au fil du temps?

Jan Richter: Comme tous, nous avons dû réagir très vite. Cela a été techniquement assez simple: chacun est parti avec son ordinateur et avec les dossiers sur lesquels il travaillait.

L’atelier est vide, on ne s’y rend que très rarement pour imprimer de grands documents sur le traceur.

Il n’y a évidemment plus de chantier à suivre.

Pour les projets en cours, passé une première étape encore alimentée par les réflexions et les échanges des semaines précédentes, on se rend compte des limites de l’exercice. Les études de projets déjà bien engagées (phases APD et PRO), qui nécessitent surtout des mises au point techniques, peuvent être poursuivies de manière assez linéaires, avec des équipes constituées. Pour les projets qui démarrent (esquisses, APS), c’est plus compliqué. Certes, on profite d’un certain calme, propice à se focaliser sur des questions fondamentales, mais on souffre vraiment de l’absence de dynamique «physique» si propice à la création et à l’émergence d’idées. Les outils numériques et la 3D ne remplacent pas les vraies maquettes et les discussions à bâtons rompus. Les réunions virtuelles, où chacun doit s’exprimer après l’autre, dans l’ordre, attendre son tour, ne favorisent pas la spontanéité et l’audace qui enrichissent les projets. Dans ces conditions «molles», défendre un projet auprès d’une maîtrise d’ouvrage et faire réagir des usagers est devenu une épreuve longue, pénible et peu fructueuse.

Nous organisons chaque semaine un point d’agence, pour maintenir le lien avec toute l’équipe, y compris ceux qui sont en arrêt de travail ou au chômage partiel.

 

Avez-vous recours au chômage partiel?

Nous avons eu une baisse d’activité sensible et oui, nous avons recours au chômage partiel. Au regard de la durée du confinement, nous avons sollicité certains collaborateurs «en veille» pour réaliser des maquettes et autres documents pas forcément indispensables pour les études en cours, mais surtout pour garder le lien et continuer à les impliquer.

 

D'après vous, quels dangers risquez-vous face au prolongement du confinement?

Nous l’avons déjà observé: le confinement a conduit à un report sensible des projets. Nous craignons que les dynamiques s’estompent et que les acteurs de ces projets perdent petit à petit leur enthousiasme. Le pire serait l’abandon de certaines opérations.

 

Comment envisagez-vous l'après confinement?

Nous voulons être optimistes, et croire que nous saurons nous adapter à ce contexte difficile à programmer. Il est certain que ce temps du confinement a été l’occasion de prendre de la distance par rapport à un travail réalisé souvent sous pression, trop vite. Pourrons-nous conserver ce recul, transmettre un peu de cette lenteur nécessaire à la qualité?

Aussi, nous espérons que l’obligation de rester chez soi aura permis à certains de mesurer la valeur du logis. Cette sensibilisation forcée aidera peut-être à passer le message que la rentabilité ne peut être le critère unique de la production de l’architecture…

 

Propos recueillis par Margaux Darrieus

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  • Le 05/05/2020 à 10h15

    Car que faire en un gîte, à moins que l'on ne songe? Dans un profond ennui ce lièvre se plongeait : Cet animal est triste, et la crainte le ronge. «Les gens de naturel peureux Sont, disait-il, bien malheureux;

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