DOSSIER

JEAN-MICHEL LÉGER, SOCIOLOGUE : « LA RELATION HABITER-ARCHITECTURE RENVOIE A UNE DEMANDE PLURIELLE NON SATISFAITE PAR LA NORMALISATION »

Jean-Michel Léger, sociologue*

 

Les habitants de logements sociaux sont-ils des agneaux sacrifiés sur l'autel de l'expérimentation, ce que la représentation commune laisse entendre ? Nombre d'entre eux l'ont certes été, surtout lors des débuts endiablés du Plan Construction (1971), mais les habitants sont aussi pluriels que l'expérimentation, dont chaque dispositif nouveau devrait être examiné au cas par cas. En effet, bien que le mot d'ordre des architectes ne soit plus celui d'« apprendre à habiter », certains persistent à vouloir extirper des habitants leurs mauvaises habitudes (la quête d'intimité, de chez-soi, d'entre-soi, etc.). Il convient en réalité de distinguer les vieux démons et l'interrogation sincère issue de la relation habiter-architecture, quand elle renvoie à une demande plurielle non satisfaite par une réponse normalisée, dramatiquement appauvrie depuis la période 1950-1970. Car si les Trente Glorieuses ne l'ont pas toujours été, elles le restent en architecture, tout particulièrement dans la conception du logement, lorsque tant de projets intelligents et bien dessinés expérimentaient une nouvelle forme d'habitat destinée à de nouvelles manières d'habiter. On ne lancera plus de nouvelles politiques expérimentales en dehors de celles des performances environnementales, qui occultent toutes les autres. Dans ces conditions, l'inépuisable poudrière de l'imagination des architectes a d'autant plus besoin de l'étincelle des maîtres d'ouvrage. Or, d'une part, on les dit de moins en moins éclairés, de plus en plus aveuglés par la gestion de leurs affaires ; d'autre part, si elle n'est pas une ligne droite, la démarche expérimentale n'en suppose pas moins la poursuite d'une direction de recherche avec le soutien régulier d'un maître d'ouvrage, ce qui est certes peu compatible avec les conditions de la commande aujourd'hui. À cet égard, contrairement à ce que leur succession suggère, chaque projet de Lacaton & Vassal est autant un coup de dés qu'une capitalisation des expériences précédentes. Pour gagner, encore faut-il savoir risquer. Marche en avant et recul sur l'expérience sont bien le paradoxe du ballet de l'expérimentation.

 

Jean-Michel Léger est l'auteur d'«Usage», Éditions de La Villette, Paris, 2011

Réagissez à cet article

Saisissez le code de sécurité*

Saisir le code

*Informations obligatoires

Une marque

Groupe Moniteur Infopro Digital

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus