L'école d'architecture à l'heure du confinement: point de vue d'étudiants

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Point de vue sur l'enseignement de l'architecture, à l'heure du confinement

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"Prétendre à une réelle continuité pédagogique pendant ce confinement reviendrait à admettre que nous n’avons plus besoin d’école physique, ce qui aurait des conséquences désastreuses". Dans une lettre adressée à l'ensemble des enseignants de leur établissement, des étudiants de l'école d'architecture de Paris-Malaquais rappellent que, malgré les bonnes volontés et les outils numériques à disposition pour "poursuivre l'activité", la situation exceptionnelle que connaissent les établissements d'enseignement supérieur face à la pandémie, exacerbe les inégalités matérielles et les disparités sociales entre les étudiants. Et elle impose de repenser en profondeur les manières d'enseigner et d'évaluer.

 

Mesdames, Messieurs,

 

Le monde entier fait face à une situation exceptionnelle, inconnue et à l’horizon très flou. Nous sommes tous dans l’obligation de faire face à ce moment, nous adapter et nous organiser dans des conditions inédites, de manière individuelle comme de manière collective. L’institution de l’école n’est pas en reste dans l’épreuve à traverser et elle doit ainsi prendre des mesures d’ajustement. Cependant, bien qu’une certaine continuité d’ordre pédagogique puisse être mise en place à distance, il semble impossible de prétendre à une équivalence entre ce temps de travail par correspondance et celui qu’une école ouverte physiquement permet. 

 

La transmission du savoir est diminuée ; nous en avons tous fait l’expérience au moins ces derniers jours, l’échange via un appel téléphonique ne rivalise pas avec un contact direct et le sentiment de solitude ne s’efface pas avec une vidéoconférence. Si l’on peut imaginer qu’une téléconférence puisse endosser une fonction analogue à celle de certains cours magistraux, il est indéniable que les TD, développements et cours de projet souffrent de ce manque de contact et de cadre que permet l’espace de l’école.

 

Au delà de l’interruption des contacts avec les enseignants, mais aussi entre étudiants, le confinement exacerbe les inégalités des conditions matérielles. Tous le monde ne dispose pas nécessairement d’une bonne connexion internet, d’une bibliothèque, ou encore d’un espace de travail décent chez soi, et cela sans mentionner les disparités dans la superficie des espaces de confinement, ou encore les responsabilités qui incombent à chacun vis-à-vis de son entourage.

 

En parallèle de ce bilan matériel, ne sous-estimons pas les conséquences de ce confinement et de cet état d’urgence sanitaire sur le fonctionnement psychique de chacun. Ne nous précipitons pas dans l’action et prenons le temps de réaliser ce que cela signifie de devoir signer un papier pour sortir de chez soi, d’entendre chaque jour croître le nombre de mort, et d’être sans cesse accablé par des avis contradictoires de scientifiques et de politiciens sur la façon de faire face à cette crise. Pour une fois, faisons le choix de ralentir pour prendre conscience du bouleversement que nous traversons, et ne prétendons pas que les outils technologiques nous permettent de nous adapter à tout.

 

Les choix et les décisions qui vont être mis en place en perspective de l’après-confinement vont aussi créer de nouvelles inégalités parmi les étudiants. D’abord parce que chacun fait l’expérience de ce moment de manière différente, et travailler ne se fait pas dans n’importe quelle condition : la production achevée à la fin de ce confinement ne sera donc pas équivalente pour tous les étudiants. Repousser les périodes d’examen serait également une source de déséquilibre parmi les étudiants puisque la césure des vacances d’été représente pour certains une période économiquement nécessaire. Les étudiants les plus touchés par la situation seraient sans doute ceux qui sont déjà les plus désavantagés par les conditions de confinement.

 

Il n’y a pas de solution parfaite, la complexité de la situation n’est pas propre aux écoles d’architecture, mais nous vous demandons de mesurer toutes les possibilités, d’admettre de la souplesse dans les programmes pédagogiques déjà établis, et surtout de ne pas prendre de décisions précipitées alors que nous sommes pour l’instant incapables d’évaluer la durée de ce confinement et ses impacts.

 

Enfin, nous désirons rappeler que prétendre à une réelle continuité pédagogique pendant ce confinement reviendrait à admettre que nous n’avons plus besoin d’école physique, ce qui aurait des conséquences désastreuses.

 

Bien cordialement,

 

Roxane Pélissier, pour le collectif Des étudiant.e.s concerné.e.s

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