DOSSIER

"L’enjeu architectural repose sur la capacité des bâtiments à intégrer de la mixité sociale et programmatique", par Pierre Lefèvre, architecte

 

 

PIERRE LEFÈVRE, architecte et enseignant chercheur à l’ENSA de Paris La Villette

Auteur de « L’habitat participatif », Éditions Apogée, 2014, 240 pages, 20 €.

 
 

Peut-on parler d’une architecture propre à l’habitat participatif ?

En France, dans les années 1970/1980, les groupes d’habitat autogéré s’étant installés principalement hors des grands centres urbains, l’architecture suivait alors la typologie de la maison de ville, propice à de nombreuses variations spatiales de l’une à l’autre, en fonction des demandes des habitants. Dans la ville nouvelle de Cergy-Pontoise, les maisons étaient soit accolées deux par deux ou par trois, comme aux Vignes blanches, ou encore toutes séparées, à la manière d’un hameau, comme à La Hayette, un groupement de neuf maisons au milieu d’un espace vert partagé, conçues par plusieurs architectes engagés dans la démarche participative (dont Jean Nouvel). Les immeubles étaient plus rares, et leur volumétrie fragmentée résultait de l’assemblage de logements très différenciés, tenant compte de choix de vie particulier à l’intérieur de chaque appartement. Un dispositif de circulations très généreuses unifiait l’ensemble, faisant des immeubles collectifs des sortes de grandes maisons, comme aux Jardies, à Meudon. Mais actuellement, avec les paramètres du développement durable, et tandis que les groupes s’installent en pleine ville, les immeubles sont nécessairement plus compacts. De ce fait, il n’est plus possible de compter sur une personnalisation des logements au degré où cela était possible auparavant. Aussi, l’enjeu architectural de l’habitat participatif repose aujourd’hui plus que jamais  sur la capacité des bâtiments à intégrer de la mixité sociale et programmatique (personnes âgées, jeunes travailleurs, primo accédants, locataires, locaux d’activité, etc.). 

 

Comment cette démarche peut-elle toucher un public plus large ?

L’habitat participatif des pionniers relevait de la débrouille, les groupes devant à la fois se constituer, trouver le terrain, le cadre juridique, l’architecte correspondant, les financements, etc. D’où l’idée répandue qu’il était réservé à une élite. Mais il ne faut pas oublier les risques qu’ils prenaient, notamment par la traversée d’épisodes difficiles et le temps important qu’ils devaient y consacrer. Aujourd’hui, pour que cette démarche puisse toucher le plus grand nombre, les groupes doivent être accompagnés par les collectivités publiques, par des assistants à la maîtrise d’ouvrage, par le réseau associatif, par des urbanistes, des architectes déjà engagés dans cette réflexion, par des promoteurs humanistes et novateurs. L’habitat participatif doit aussi se dégager d’un militantisme radical qui pousse trop loin la démarche environnementale et collectiviste.
La loi Alur (accès au logement et un urbanisme rénové) votée en 2014 a donné un cadre juridique aux groupes d’autopromotion en accession à la propriété et aux coopératives d’habitants locataires d’un immeuble en propriété collective. Les décrets d’application (attendus en 2015), comme celui définissant les conditions d’accès à la garantie de parfait achèvement – si importante pour que les groupes obtiennent des prêts bancaires –, devraient favoriser une certaine banalisation de ce qui demeure encore, en France, un épiphénomène.

 

 

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