La désertification des centres-ville est-elle inévitable ?

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La disparition des commerces de proximité au profit des centres commerciaux situés en périphérie est une réalité. À présent, cette désertification touche bien plus que des petites villes, car elle concerne également les communes de taille moyenne comme Dreux, Agen, Bourges et Béziers. Cette dévitalisation commerciale menace aujourd’hui le peu d’attractivité qu’il reste aux villes et continue de ternir, la qualité de vie de ses habitants. Pourquoi nos centres-villes se meurent ? Quelles sont les conséquences et comment remédier à ce phénomène ?   

Une fatalité alimentée par le modèle de consommation de masse
L’apparition de nouveaux centres commerciaux en périphérie est la cause principale de la disparition des commerces en centres-ville. L’apparition d’hypermarchés, d’enseignes nationales d’équipement de la personne et de services finira par tuer les derniers magasins situés en ville créant une concurrence déloyale. Le peu d’enseignes nationales installées en ville déménage également en périphérie avec l’espoir d’augmenter leur chiffre d’affaires au détriment de l’économie locale. Dans un premier temps c’est par souci d’économie que les habitants se tournent vers ces centres commerciaux. En effet, il est difficile pour un commerçant traditionnel de lutter contre les prix cassés que proposent ces géants de la grande consommation. Dans un second temps, c’est le tissu économique des villes qui a été modifié ces dernières années avec l’apparition de zones industrielles et le déménagement des sociétés vers la périphérie. À présent, le français moyen consomme, travail et déménage en périphérie pour des raisons principalement économiques. Cependant, cette nouvelle manière de vivre va connaître ses limites et en découleront des conséquences morales et environnementales négatives au détriment de tous, et pas seulement des centres-ville. 
 
Les limites du commerce de périphérie 
La disparition des centres-ville aura mis à profit ces nouvelles zones commerciales où l’usage d’une voiture individuelle est primordial. Habiter et travailler en périphérie impose à cette population l’obligation de circuler constamment en voiture ou à multiplier l’utilisation des transports en commun. Cette nouvelle tendance de vie a pour conséquence d’amoindrir considérablement les efforts physiques et détruit petit à petit les relations sociales par manque de rencontres humaines. Hier, la désertification des centres-ville tuait nos commerces et à présent, elle touche moralement et physiquement la population en manque chronique de liens sociaux.
   
Nous sommes actuellement dans une société de surconsommation énergétique dût à la multiplication des moyens de locomotions. Des solutions de transports électriques apparaissent, mais elles sont réservées à une population aisée qui est non représentative de la population française. Cette situation connaît aussi des limites environnementales irrévocables. La multiplication des centres commerciaux et des programmes immobiliers d’habitation a profondément changé nos campagnes et nous sommes à présent confrontés à un autre type de problème environnemental : la surconsommation des terres agricoles.
 
Commercialement, on remarque également un ralentissement des nouveaux projets de centres commerciaux. Les derniers projets sortis de terre furent pleins d’ambitions avec des coûts de construction faramineux et des loyers démesurés pour les commerçants. Le succès n’étant plus au rendez-vous, on remarque à présent un nouveau phénomène : la désertification des centres commerciaux. Cette situation a redéfini les priorités de ces gros bailleurs et à présent, ils investissent dans des extensions au profit de leurs centres commerciaux historiques. L’abandon des projets de nouveaux centres commerciaux n’est pas seulement dû à un manque de succès commercial. Il est aussi la conséquence du travail des élus locaux qui s’efforcent à multiplier les recours auprès des permis de construire, mais aussi, en faisant parfois modifier des plans locaux d’urbanisme. Des nouvelles règles interdisant également le changement des destinations de commerce, qui ont été créées à l’origine pour préserver l’équilibre commercial et ainsi éviter l’apparition de nouvelles banques, d’agences d’assurances et d’intérim qui ne sont pas stricto sensu des commerces.
 
Le renouveau des centres-ville : le manager de centre-ville
C’est grâce à des initiatives locales de la part des élus, des commerçants et aussi, des riverains qu’un nouvel élan économique insuffle sur nos centres-ville. Revitaliser ces cœurs de villes devient la priorité de nos élus et les efforts escomptés sur le sujet ne cessent de porter ses fruits. Le métier de manager de centre-ville a été créé au sein de nos communes et il a pour objectif de redynamiser le tissu commercial d’une ou plusieurs villes. Son rôle est multiple, il peut aussi bien apporter du soutien aux créateurs d’entreprise avec la mise en avant des atouts fiscaux, mais aussi, aider à la mise en relation entre commerçants pour des transactions afin d’éviter la fermeture de certains commerces. Aussi, sa mission est de répertorier les locaux commerciaux vides afin de favoriser leur commercialisation au plus grand nombre via notamment l’utilisation de plateforme spécialisée telle que unemplacement.com. La commune ne s’arrête pas à cette nouvelle embauche pour mener ce combat et donne également des subventions allant de 5 000 à 20 000 € pour la création de nouveaux commerces. La somme varie en fonction de la durée de vacance du local commercial loué, de la proximité du centre-ville, mais aussi, du nombre d’emplois qui seront créés. Propriétaire de foncier, la commune aide également à l’implantation de nouveaux commerçants avec des loyers progressifs puis, modérés. Pour répondre à ce dynamisme commercial, elle veille également à repeupler les cœurs de ville en réhabilitant des immeubles vétustes respectant les normes d’habitation et en adéquation avec les nouveaux modes de vie. De nouveaux programmes de logements voient également le jour avec cette fois-ci, l’obligation d’un rez-de-chaussée commercial destiné à accueillir des commerces de proximité. 
 
La création d’un nouveau type de centre finira par aider les centres-ville à ressusciter, on les appelle « les pôles de loisirs ». C’est un centre d’un nouveau genre qui sera essentiellement axé sur les loisirs avec du cinéma et des activités de partage en tous genres. Les thèmes sont souvent inédits pour le grand public comme la pratique du trampoline, des escapes games ou bien, des cabines de chutes libres ! le succès est bel est bien au rendez-vous pour ces pôles et évite la prolifération des centres commerciaux classiques tuant le commerce de proximité.   
 
Action cœur de villes : un programme d’envergure
Le 27 mars 2018, Jacques Mézard, ministre de la Cohésion des territoires a annoncé la mise en place d’un plan national destiné à redynamiser les centres villes de taille moyenne. Ce plan d’envergure est nommé « Action cœur de ville » et concerne 222 communes. Un budget de 5 milliards d’euros est mobilisé sur 5 ans afin d’investir dans des infrastructures et des projets visant à améliorer l’habitat, l’enseignement, le transport, la culture, les loisirs et surtout, le commerce. Les 222 villes retenues représentent un quart de la population française. 
Un an après son lancement, il est à présent l’heure de tirer un premier bilan et celui est positif. Jacqueline Gourault, nouvelle ministre de la Cohésion des territoires a annoncé au dernier Congrès des Maires qu’un milliard d’euros a déjà été débloqué alors que l’objectif espéré était de 600 millions d’euros. Cet investissement a permis de lancer 4 000 plans d’action locaux en faveur de plusieurs communes. Ces dernières, étant densément peuplées, méritaient amplement des infrastructures cohérentes et de qualité répondant à une demande locale. 
 
Contenu proposé par Unemplacement.com
 

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