La recherche en agence (2/5) : construire un regard sur l'époque

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Depuis 2008, l'agence de PCA-Stream de Philippe Chiambaretta autoédite la revue Stream.

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L'édition, la création d'expositions ou les explorations constructives occupent de plus en plus d'agences, notamment à la faveur d'une fiscalité incitative qui favorise la recherche et l'innovation dans le secteur privé. Les motivations des architectes sont plurielles : remettre un pied dans la théorie, s'ouvrir à de nouveaux marchés, faire avancer la discipline ou progresser la construction. Un enjeu demeure commun : de même qu'à l'université, financer la production de savoirs. Retour d'expériences au sein d'agences engagées dans ces pratiques exploratoires.

« Eric de Thoisy, docteur en architecture, est arrivé à l'agence, alors qu'apparassaient de nouveaux formats de commande, comme Réinventer Paris, dans lesquels l'architecte peut engager des projets, se souvient Guillaume Baraïbar, architecte associé chez SCAU. Cela répondait aussi à notre désir d'ouvrir des réflexions plutôt que de répondre à des programmes préétablis. » « C'est précisément cette volonté de donner de la profondeur à la pratique qui fait mouche chez les jeunes praticiens. En quête de sens, ils sont attirés vers des agences qui stimulent l'intellect », analyse Mélanie Guenot, doctorante aux laboratoires LHAC et AMUP des Ensa Nancy et Strasbourg, qui travaille sur les pratiques de recherche dans les agences françaises.

 

Pour l'architecte Philippe Chiambaretta, fondateur de l'agence PCA-Stream, le désir est le même : « ne pas être seulement un bâtisseur, mais construire un regard distancié et étayé sur l'époque ». Avec l'ambitieuse revue Stream, qu'il autoédite depuis 2008, cela prend la forme d'un

recueil d'entretiens avec des intellectuels et des artistes autour de thèmes sociétaux. L'objectif : « puiser dans des univers où la sophistication des raisonnements et l'apport culturel complètent ceux du monde de l'architecture, pour développer une conscience politique », explique l'ancien collaborateur de Ricardo Bofill, passé par des études d'ingénierie et dont l'appétence pour les sciences n'est pas nouvelle. Publié en 2014, le troisième numéro de la revue, « Habiter l'anthropocène », fait date, le concept étant alors peu répandu dans l'architecture. Sur près de 500 pages, on peut lire les contributions du critique d'art Nicolas Bourriaud, du paysagiste Michel Desvigne, du géographe Michel Lussault ou du sociologue Richard Sennett.

 

Aujourd'hui, le laboratoire Stream mobilise entre quatre et cinq collaborateurs sur la centaine que compte l'agence. La rédaction de la revue, ainsi que l'animation du site internet et d'une chaîne de podcasts représentent un investissement important pour l'entreprise. Treize ans après le premier numéro de Stream, elle se lance seulement dans une demande de crédit d'impôt recherche ; le meilleur moyen de légitimer économiquement ces travaux étant de les lier à la maîtrise d'œuvre. « Il est impensable que ces réflexions synthétisées en publications deviennent une danseuse, explique Philippe Chiambaretta. Les questions posées et les pistes esquissées induisent des propositions spatiales fortes. » Au début des années 2010, alors que des collaborateurs planchent sur le deuxième numéro, « After office », d'autres travaillent à la rénovation de 40 000 m2 de bureaux au cœur de Paris. Observant l'émergence du coworking et du télétravail, l'agence bâtit une réflexion sur les usages tertiaires qu'elle distillera dans le projet afin qu'il colle aux tendances du marché immobilier.

 

En axant le discours sur la création « d'expériences collaboratives » au sein de lieux stimulant des « porosités entre travail et loisirs », elle enrichit le projet, rapidement adopté par le commanditaire, la Société foncière lyonnaise, sûre de trouver des locataires. Ce seront Facebook et Blablacar, des entreprises en quête d'espaces attractifs pour ses « talents ». Sur le plan architectural, si l'immeuble figure une superposition de plateaux standardisés, les espaces de détente bénéficient de volumes, vues et d'apports de lumière d'une qualité peu commune dans ces programmes. De même, la façade-rideau opaline est attrayante dans le tissu haussmannien du quartier de l'Opéra. Une touche d'ultra modernité au cœur du Paris muséifié, auxquels les salariés de l'économie numérique peuvent s'identifier sans mal.

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