DOSSIER

La Samaritaine, un palimpseste urbain

Le projet de reconversion de la Samaritaine actuellement en cours d’instruction fournit l’occasion de revenir sur une épopée architecturale majeure dans l’histoire des Grands magasins parisiens ralentie, sinon interrompue, par la crise de 1929. Aménagés dans des édifices existants ou reconstruits entre 1883 et 1934, les quatre magasins situés entre la rue de Rivoli et le Pont-Neuf qui composaient jusqu’en 2005 l’équipement commercial connu de tous sont principalement l’œuvre de Frantz Jourdain, puis d’Henri Sauvage. À l’instigation de la maîtrise d’ouvrage, la mise à jour des études historiques et un colloque international organisé à Paris en juillet 2011 ont permis de renouveler les savoirs ainsi que de rendre tangibles l’intérêt et la complexité du destin de cet ensemble patrimonial insigne.

 

À l’apogée de son rayonnement commercial, la Samaritaine se compose d’un ensemble de quatre magasins-îlots, situés entre le quai du Louvre et la rue de Rivoli. Initiées en 1883, l’installation, la construction et la reconstruction de ces édifices hétérogènes sur les bords de la Seine s’étalent sur une cinquantaine d’années. L’infatigable commanditaire en est l’industrieux Ernest Cognacq (1839-1928), connu pour avoir pratiqué le métier de marchand de tissus dans l’une des corbeilles du Pont-Neuf et de Marie-Louise Jaÿ, son épouse, ancienne première vendeuse au Bon Marché. L’histoire de cette grande aventure architecturale et commerciale est indissociable de la solidarité qui s’installe durablement dès 1885 entre les époux et l’architecte Frantz Jourdain, théoricien de l’architecture, dont les travaux à la Samaritaine constituent l’essentiel de son œuvre de praticien. S’ils forment le berceau du futur complexe commercial, le Magasin 1 et l’embryon de ce qui sera un jour le Magasin 2 montrent rapidement leurs limites. C’est ainsi qu’en 1903-1904, un plan directeur est conçu pour encadrer le réaménagement et l’extension des surfaces regroupées, ainsi que la colonisation des îlots voisins. Issu de la fusion d’immeubles connectés les uns aux autres au gré des acquisitions, le Magasin 1 subit de lourdes reprises en sous-œuvre et des modifications structurelles importantes, mais son apparence extérieure ne fait l’objet que d’interventions ponctuelles. C’est d’abord sur le Magasin 2 que se portera l’essentiel des intentions architecturales.

 

 

 

 

 

Plan d'ensemble de La Samaritaine.

© Archives de La Samaritaine

 

 

Les stratifications du Magasin n° 2

Si les travaux concernant le Magasin 2 s’effectuent en deux phases principales, de 1904 à 1910 et de 1927 à 1929, les tout premiers regroupements de biens immobiliers ont lieu dans les années 1886-1891. Dès 1891, une succession de chantiers tire un parti aussi industrieux que systématique de l’aléa des opportunités foncières, mais c’est à partir de 1904 que le Magasin 2 connaît les formidables campagnes de transformation et d’agrandissement qui touchent tant les intérieurs que les extérieurs des édifices d’abord investis puis hardiment reconstruits. Une architecture de métal et de verre à la mise en œuvre rapide se substitue de proche en proche à la construction traditionnelle. La couverture des cours au moyen de verrières et la propagation des planchers de verre permettent une colonisation d’abord timide puis généralisée des parcelles annexées. Le magasin y gagne en volume et en luminosité, phénomène très remarquable jusqu’à la généralisation de l’éclairage électrique. Au sol, les dalles de verre s’insèrent dans une résille de fers en T portée par des solives et des poutres. Elles possèdent la triple propriété d’être à la fois matériau structurel de remplissage, d’assurer le couvrement de l’étage inférieur et de constituer la surface finie du sol, le tout d’un seul tenant. Au final, Saint-Gobain n’aura fourni pas moins de 100 000 m2 de ces dalles de verre translucide de 30 à 40 cm de côté et de 3 ?à 4 cm d’épaisseur – les «caramels», dans le jargon du Service travaux de la Samaritaine. La longévité du recours inconditionnel aux planchers de verre jusque dans les années 1980 atteste l’étonnante performance technique du procédé. Parallèlement, la succession des incendies dans les grands magasins inspire un enrobage des structures dont il ne reste aujourd’hui que des vestiges, mais que les archives du Magasin 3 documentent avec précision. Si l’agrégation des parcelles au cas par cas caractérise la genèse de la partie nord du Magasin 2, un phénomène de table rase et une planification audacieuse président à l’organisation de la partie sud : la Samaritaine s’enrichit alors des deux grands halls rectangulaires à escalier monumental qui n’ont pas leur égal dans tout Paris. Éclairé d’une immense verrière commune, cet atrium double très dessiné deviendra l’espace intérieur identitaire de l’ensemble des quatre magasins. Les proportions de cette cathédrale du commerce (1) participent de l’exaltation d’une marchandise proliférante et tentatrice. C’est l’invention d’une mise en scène novatrice, où la clientèle est invitée à parader, comme au palais Garnier, mais à moindres frais. En 1910, ce premier avatar du Magasin 2 s’affiche fièrement sur l’espace public au moyen de deux tapageuses coupoles d’angle polychromes. Celles-ci cantonnent la composition et signalent ingénieusement l’édifice sur l’espace public des berges de la Seine, sans que ce dernier ait à proprement parler de façade sur le fleuve. Hautes en couleur, ces coupoles feront l’objet de critiques acharnées et les pouvoirs publics n’auront de cesse d’orchestrer leur destruction. Entre 1926 et 1928, la nouvelle extension de la Samaritaine procède par incorporation de l’îlot situé au sud de l’implantation de 1910, moyennant l’annexion de la portion correspondante de la rue des Prêtres Saint-Germain-l’Auxerrois. Cognacq se résigne alors à accepter la disparition des coupoles, et c’est à cette époque que le Magasin 2 gagne la grande façade urbaine qu’on lui connaît. S’il était bien question dans un premier temps de faire proliférer la structure métallique dessinée par Jourdain en façade sur la Seine, ce projet, initié dès 1922 s’est heurté à la ferme opposition des autorités municipales, inquiètes de la covisibilité du nouveau bâtiment avec le Louvre et le Pont-Neuf. Cette phase critique de la conquête d’une devanture sur le fleuve se solde à partir de 1925 par l’association, voire la substitution progressive des compétences d’Henri Sauvage à celles de Frantz Jourdain, âgé de 77 ans, et par d’âpres négociations à l’issue desquelles le principe d’une façade en pierre de taille l’emporte. Si les intérieurs offrent un prolongement de la structure métal et verre adoptée déjà quelque vingt ans plus tôt, une façade autoporteuse édifiée à l’aide de blocs de pierre cyclopéens vient en camoufler l’aspect. Ainsi cuirassée de ce matériau noble, terminée par les gradins d’une pyramide dont la partie sommitale tronquée finit par accueillir une terrasse panoramique négociée avec diplomatie, la Samaritaine devient l’un des monuments de la capitale. Monumentale, emblématique et d’une lisibilité immédiate, la façade côté Seine du Magasin 2 dissimule les épaisseurs bâties d’une réalité très complexe.

 

 

La façade côté Rivoli du Magasin 1 édifiée en 1912 dans un style Art nouveau, puis épurée en 1937.
© Archives de la Samaritaine

 

 

 

 

 

La nouvelle façade d'Henri Sauvage côté Seine du Magasin 2 (1926-28).
© Archives de la Samaritaine

 

Conquête d’une façade sur Rivoli

L’examen de ce qui se passe rue de Rivoli exige un retour en arrière. En 1910, après la première phase de réalisation du Magasin 2 par Jourdain (1891-1910), des impératifs commerciaux et un sens de l’économie indissociable des cycles de transformation de La Samaritaine conduisent Cognacq à ne pas envisager une refonte globale des extérieurs du Magasin 1. Frilosité vis-à-vis de l’administration municipale après l’extension tapageuse à coupoles de verre multicolores qui éblouit le public parisien de l’autre côté de la rue ? Attachement à la physionomie bonhomme du berceau de la réussite des époux Cognacq-Jaÿ qui ancre le succès de La Samaritaine dans la légitimité d’un déroulé historique déjà ancien ? L’idée de limiter l’essentiel du rajeunissement des élévations du Magasin 1 ?à la façade qu’il présente sur la rue de Rivoli s’impose dès cette époque. À partir de 1911, cette modernisation du Magasin 1 signe le début d’un long processus de constitution d’un front bâti aussi novateur que spectaculaire sur le decumanus parisien. Soutenues par de vigoureuses consoles, de monumentales vérandas Art nouveau s’accrochent d’abord à la façade puis aux pans coupés de la proue de l’édifice. Cette structure métallique est apposée sans modification substantielle de la façade qu’elle requalifie, traduisant la réalité de l’empilement et de la fluidité nouvellement acquise des surfaces commerciales. Très décorative, et d’un style analogue à l’écriture qui s’applique aux élévations du Magasin 2 qu’on vient de livrer, cette façade rapportée qu’on qualifierait aujourd’hui de «double peau», achevée en 1912, permet à moindre frais d’instituer un lien de parenté visuelle – un air de famille – entre les bâtiments anciens et nouveaux.

 

Jusqu’à la fin des années 1920, cette façade exubérante d’environ 40 m linéaires seulement sur la rue de Rivoli, demeure la seule vitrine de la Samaritaine sur cet axe majeur. Peu après le décès d’Ernest Cognacq (1927) et l’achèvement de la façade Sauvage du Magasin 2 sur la Seine (1928), son neveu – Gabriel Cognacq – poursuivant la réalisation du projet, se porte acquéreur des immeubles de l’îlot qui bientôt formeront le Magasin 3. La petite taille du terrain contraste avec la longueur de son linéaire de façade sur la rue de Rivoli, très supérieure à celui du Magasin 1. Le permis de construire est déposé en 1929 : le bâtiment sera réalisé en un temps record et ouvre à la fin de l’année 1930. La construction de l’édifice prismatique qu’on connaît suggère un déroulé de chantier épique. À l’abri d’un immense parapluie, reprises en sous-œuvre, chevalements, substitution des étages carrés par lots successifs et reconstructions des façades s’opèrent sans jamais compromettre l’accueil du public, canalisé là où c’est possible, dans des conditions et des prises de risque aujourd’hui inconcevables. Dans les intérieurs, une structure poteau-poutre en acier et les planchers de verre règnent sans partage. De même que dans le Magasin 2, des coffrages réalisés à l’aide d’éléments préfabriqués de terre cuite et un enrobage de staff ici très documentés par les archives améliorent la résistance au feu. Témoignages anciens et observation directe établissent par ailleurs le recours à des peintures intumescentes. Dessinées par le même Sauvage, les façades du Magasin 3 se souviennent de l’imposant front qui vient d’être bâti sur la Seine, mais l’écriture se libère ici des contraintes imposées côté fleuve. L’apparence de la construction y gagne en légèreté et en élégance. Une pierre rosée se substitue à la minéralité crème exigée au voisinage du Louvre et du Pont-Neuf. L’emphase du traitement des pans coupés inaugure une esthétique urbaine qui n’est plus celle de la période haussmannienne. Leur écriture colossale signe l’amorce hardie d’une séquence urbaine de façades altières qui aurait dû trouver un prolongement, voire un équilibre dans la mise en œuvre de la dernière tranche du programme : le Magasin 4.

 

Les halls et les verrières du Magasin 2 réalisés par Jourdain dès 1910.

© Archives de La Samaritaine

 

Le projet inabouti du Magasin 4

La politique d’acquisition immobilière du Magasin 4 se déroule pour l’essentiel en 1932, l’année même de la mort de Sauvage. Elle n’a pas permis à ses promoteurs de s’assurer la pleine maîtrise de l’entité foncière où s’élève ce dernier. Dans la portion ouest de la rue Baillet, quatre propriétaires d’une série de maisons mitoyennes neutralisent aujourd’hui encore l’angle sud-ouest de l’îlot. L’adaptation des locaux longtemps occupés par les ateliers de fourrure Révillon n’en a pas moins été réalisée selon les méthodes habituelles, par l’extension des plains-pieds et la rationalisation des circulations verticales à l’intérieur des élévations de pierre sculptée conservées. Jourdain survit quelques années à Sauvage pourtant son cadet, mais ce sont les collaborateurs de ce dernier – Louis-Marie Charpentier et Louis d’Escrivan – qui conçoivent à ses côtés la reconversion de cet ensemble. Au lendemain de la cession des immeubles de rapport, la pose en 48 heures d’une marquise de 60 m linéaires destinée à protéger le chaland défraye la chronique. Parallèlement, un projet de recomposition de la physionomie du Magasin 4 prévoit la reconstruction de l’intégralité de son front bâti sur la rue de Rivoli. La réalité du parcellaire qu’on efface semble devoir perdurer en raison de la conservation des planchers, dont l’étagement différencié trahit les anciennes limites de propriété. La crise financière freine les velléités d’harmonisation architecturale de l’apparence extérieure des quatre magasins. Le projet pourtant très avancé de reconstruction des façades du Magasin 4 sur la rue de Rivoli fait long feu. Des archives découvertes tout récemment viennent documenter cet ambitieux projet de modernisation, jusqu’ici mal connu.

L’esthétique de ce «recarrossage» du Magasin 4 par les successeurs de Sauvage se situe dans le prolongement fidèle de celle qu’avait adoptée leur maître au Magasin 3. La parenté d’écriture qu’on observe entre les deux constructions n’est pas fortuite. Elle procède d’un projet général d’harmonisation de tous les fronts bâtis de La Samaritaine, tant sur la rue de Rivoli que sur les arrières. Il s’agit tant de parachever le grand œuvre d’Ernest Cognacq que de rajeunir certaines des façades dont le style paraît désuet. Si la plupart des documents retrouvés confirment cette orientation générale, une élévation du front bâti sur la rue de Rivoli conservée par le Service des travaux révèle l’existence d’une option alternative, moins-disante, consistant à maintenir l’élévation métallique de Frantz Jourdain sur le Magasin 1 au beau milieu des constructions nouvelles. Est-ce un coup de chapeau de Gabriel Cognacq à la mémoire du premier magasin d’un oncle auquel il a succédé en 1928 ? S’agit-il comme dans le cas de monuments dynastiques d’ancrer la Samaritaine dans la légitimité des méandres artificiels d’une histoire jugée trop courte ? Par le contraste qu’elle présente avec les bâtiments neufs, cette élévation hétéroclite reflète les aléas d’un destin et prophétise la situation actuelle, où la maîtrise d’ouvrage de la Samaritaine est appelée une nouvelle fois à prendre position. En 1937, dans la fièvre qui s’empare de la ville aux approches de l’exposition universelle, le sort de l’esthétique Art nouveau ne fait plus l’objet de la même compréhension : on assiste à une campagne d’éradication violente et systématique de toute l’exubérance du style Jourdain. Les enroulements métalliques sont arrachés et un badigeon ton pierre fait disparaître la polychromie et les décors originaux.

Par la suite, les magasins ne connaissent plus de modifications majeures. Au gré des évolutions techniques et commerciales, ils font l’objet de transformations parfois malencontreuses. Celles-ci concernent surtout les volumes intérieurs. Les magasins 1, 2 et 3 sont inscrits à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1990. L’achat de la Samaritaine en 2001 par LVMH ouvre une nouvelle ère. En dépit du principe du maintien de sa vocation initiale, l’activité commerciale des magasins 2 et 4 est suspendue peu après et les deux édifices fermés au public en juillet 2005 pour des motifs sécuritaires. En avril 2010, on apprend que ceux-ci vont faire l’objet d’une reconversion en faveur d’un programme mixte comprenant un hôtel de luxe, des commerces, des bureaux, des logements et une crèche. Le projet dont la livraison est envisagée pour 2014 est confié à l’agence Sanaa, associée à Groupe 6. La partie hôtellerie de l’extension Sauvage revient à l’architecte Édouard François. La sensibilité du site et l’intérêt de l’édifice prêchent parallèlement en faveur de l’intervention conjointe d’un architecte en chef des Monuments historiques, Jean-François Lagneau.

 

 

 

Chantier du Magasin 3 avec l'utilisation de planchers de verre.

© Archives de La Samaritaine.

 

Nouvelles hypothèses de projet

Les magasins 1 et 3 ayant été réhabilités en profondeur à la fin des années 1990, le projet de reconversion ne s’applique qu’aux magasins n° 2 et 4. Toute réflexion sur ces derniers ne peut cependant faire l’économie d’une appréhension globale du patrimoine immobilier conçu par les époux Cognacq-Jaÿ entre la rue de Rivoli et la Seine. L’ensemble forme un tout d’autant plus indissociable qu’il intègre une part importante d’infrastructure souterraine, socle commun à tout l’ensemble reconstruit de 1891 à 1934. La gare d’embarquement, les locaux souterrains qui se développent sous l’emprise de la voie publique et les corps de passerelles aériennes tissent des liens inédits entre les îlots situés de part et d’autre des rues. Sur une importante portion de son linéaire, la chaussée de la rue de la Monnaie se métamorphose en un tablier métallique dont la structure porte de l’un à l’autre des murs de fondation des Magasins 1 et 2. Le sol pavé de la rue devient ainsi le plancher haut et la couverture de deux niveaux d’occupation et de stockage. Les regroupements parcellaires, l’extension de l’îlot originel où se développe le Magasin 2 par fusion avec les îlots proches et l’annexion difficile à concevoir de nos jours des linéaires de voirie qui les séparent sont les ingrédients de la constitution de sa généreuse emprise foncière. La délocalisation d’une école reconstruite aux frais de Cognacq, le détournement des réseaux urbains collectifs tels que les égouts, enfin, la relation qu’on instaure entre les sous-sols et le métro ont apporté depuis les débuts leur part de complexité à une opération dont l’ambition a nécessité une transgression constante des normes et des faisabilités ordinaires. L’historien de l’architecture et de l’urbanisme ne peut manquer de saluer le caractère éminemment novateur, prophétique, voire futuriste d’une opération qui annonce l’architecture sur dalle de l’Après-Guerre.

Le plan directeur de 1904 a connu une fortune et une longévité sans failles. Témoignant d’un sens de l’urbain et d’une foi dans l’avenir également remarquables, ce document a initié une politique d’annexion d’îlots qui s’est réalisée en conformité avec ce qui était dans les débuts de l’ordre de la pure fiction. Si l’ambition de donner à La Samaritaine une façade monumentale sur la Seine s’est concrétisée dès la fin des années 1920, l’apparence du complexe commercial sur la rue de Rivoli est aujourd’hui l’objet d’autant plus de sollicitude que c’est de ce côté qu’accède traditionnellement aux magasins la foule des acheteurs. Sur la rue de Rivoli, l’esthétique de Sauvage diffère sans doute de ce qui subsiste de celle de Jourdain, travestie et épurée, mais les magasins 1 et 3 n’en entretiennent pas moins une réelle connivence. Témoignages de deux moments de l’histoire de La Samaritaine, ils participent du même souhait de la maîtrise d’ouvrage de susciter un événement urbain, une enseigne remarquable, en cette portion stratégique de l’interminable linéaire de la rue de Rivoli, à la croisée des chemins, entre les Halles et la Rive Gauche. Au moment où se pose la question de l’image qu’on pourrait donner à la résurrection d’une Samaritaine endormie de longue date, c’est du côté du Magasin 4 qu’une possibilité de renouveau se présente, là où l’inachèvement du grand projet de Cognacq est tangible. La séquence de deux façades symétrisées autour de la proue du magasin initial y demeure assurément incomplète. À l’heure actuelle, le front bâti que présente le Magasin 4 consiste en quatre façades d’immeubles de rapport pré-haussmanniens d’assez belle qualité, dont les rues de la capitale comptent toutefois de très nombreux exemples. La valeur intrinsèque de ces constructions ne justifie a priori pas qu’on s’oppose à un processus de substitution interrompu par les retombées de la crise de 1929 et que la maîtrise d’ouvrage souhaite remettre à l’honneur. Figer l’élévation du Magasin 4 dans son état actuel, ce serait retarder une nouvelle fois la logique d’un processus d’évolution, inspiré par l’histoire architecturale et urbaine de ce secteur parisien. Il est désormais du ressort de l’une des plus célèbres agences d’architecture au monde de réinventer le destin de ce magasin inachevé et de ce morceau de ville que forment les magasins 2 et 4.

 

 

Élévation existante du Magasin 2 et façade projetée du Magasin 4 par Sanaa sur la rue de la Monnaie.

© Agence Sanaa

 

1.   Voir Bernard Marrey, Les Grands Magasins, Paris, Éditions Picard, 1979, qui invente l’expression.     

 

 

 

 

 

 

 

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