La ville moderne de Genève, redecouvrir Georges Addor - Livre

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© Éditions MétisPresses - Addor Architecte. Textes de Franz Graf, Mélanie Delaune Perrin et Giulia Marino, contribution de Christian Bischoff, préface de Joseph Abram. Éditions MétisPresses, 2015, 456 pages, 68 euros.

Il devient de plus en plus nécessaire de dresser un état de ce que fut la modernité architecturale des années 1950 et 1960, au fur et à mesure que sa substance disparaît sous le polystyrène revêtu d’enduit monocouche ou sous la laine minérale carrossée de panneaux composites. Cette période de production effrénée a su façonner une matérialité si rationnelle, si évidente, qu’elle en est devenue invisible et qu’elle pourrait bien disparaître sans qu’on y prête garde. À la manière d’un biologiste face aux innombrables espèces encore inconnues que le dérèglement climatique menace, Franz Graf et son laboratoire des techniques et de la sauvegarde de l’architecture moderne (TSAM) inventorient, dissèquent ces bâtiments dits « industrialisés » qui ont formé le paysage courant de nos métropoles. L’équipe lausannoise a publié de nombreux ouvrages de référence en la matière (*) : le monumental Addor Architecte prolonge ses recherches sur les systèmes constructifs, tout en les portant vers une dimension historique presque universelle.

Le puissant promoteur immobilier genevois Paul Addor décède en 1947. Son fils, le timide et discret Georges Addor, né en 1920, n’accepte l’encombrant legs, la régie Addor & Julliard, qu’à la condition d’y créer un bureau d’architecture. Diplôme en poche en 1948, il y développe une activité florissante, en synergie avec le juriste Horace Julliard, chargé des achats de terrain, des financements, de la vente puis de la gérance. Le bureau, qui se distingue par ses bâtiments aux parois et murs-rideaux impeccables, exerce également une activité plus classique de maîtrise d’œuvre. S’il signe une cinquantaine de réalisations dont quelques chefs-d’œuvre – l’hôtel Intercontinental, l’école de commerce Saint-Jean ou le siège de Rolex –, c’est surtout par le gigantisme de certaines de ses opérations de logement qu’il fait parler de lui, avec notamment Meyrin Parc et le Lignon. Épuisé, Addor stoppe son activité en 1966, à seulement 46 ans, et meurt en 1982, toujours riche, mais oublié, voire méprisé, du milieu architectural. Au-delà de l’analyse de la contribution majeure d’Addor au développement de la capitale lémanique, ce livre souligne l’exceptionnelle actualité d’une production qui, avec moins de flamboyance que celle d’un Pouillon mais un semblable succès, concilie quantité et exigence, générique et singularité. Comme l’auteur l’a montré pour le Lignon, des transformations ciblées, opérées en fonction de la reconnaissance de ses potentiels matériels, pourraient propulser ce patrimoine moderne particulièrement cohérent du rang de passoire thermique stigmatisée à celui de modèle pour le futur : une réhabilitation exacte ou conforme, aurait pu dire Le Corbusier, auquel le TSAM et Franz Graf ont consacré de nombreux travaux pédagogiques et études.

 

 

(*) La cité du Lignon, 1963-1971 – Étude architecturale et stratégies d’intervention, Infolio, 2012, et Histoire matérielle du bâti et projet de sauvegarde. Devenir de l’architecture moderne et contem­poraine, PPUR, 2014.

 

  • Addor Architecte. Textes de Franz Graf, Mélanie Delaune Perrin et Giulia Marino, contribution de Christian Bischoff, préface de Joseph Abram. Éditions MétisPresses, 2015, 456 pages, 68 euros.

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