Le non-conformisme d’Henri Raymond - Livre

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© Editions Parenthèses - L’architecture, les aventures spatiales de la raison Henri Raymond, préface de Jean-Pierre Frey, Collection Eupalinos/A+U, Editions Parenthèses

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Relire le grand sociologue de l’architecture que fut Henri Raymond (1921-2016) est une entreprise à saluer, due à Jean-Pierre Frey, professeur émérite à l’Ecole d’urbanisme de Paris.

La réédition de L’architecture, les aventures spatiales de la raison est précieuse, car le sociologue Henri Raymond appartient à une génération qui publia peu (hormis ses articles, on ne lui connaît qu’un petit manuel d’analyse de contenu et deux ouvrages écrits en collaboration avec l’équipe des Pavillonnaires), alors que son enseignement et ses recherches ont exercé une grande influence sur les architectes post-1968. Disciple d’Henri Lefebvre (auquel il succéda à Paris X-Nanterre), en rupture avec une sociologie marxiste alors dominante, fondateur avec Bernard Huet et Roger-Henri Guerrand d’UP 8 (l’actuelle Ensa Paris-Belleville), son non-conformisme intellectuel sut séduire les jeunes architectes, alors sensibles aux sirènes des sciences sociales.

Des villas palladiennes à la parole de l’habitant

Raymond était également un fin connaisseur de l’architecture italienne de la Renaissance, un lecteur d’Argan, Benevolo, Tafuri, Zevi, etc., sur lesquels il s’appuie dans cet ouvrage pour croiser avec virtuosité l’histoire, les sciences sociales et l’architecture, dans l’étude des villas palladiennes et des villes baroques. Car l’ambition de Raymond était, non pas d’écrire une histoire sociale de l’architecture, mais, selon un renversement marxiste typique, une histoire architecturale de la société. Qu’entendait-il par là ? Que ce n’est pas la société qui permet de comprendre l’architecture, mais c’est la production architecturale qui permet de comprendre la société.

 

Raymond doit à Barthes l’apport de la sémiologie, très en vogue à l’époque, pour l’étude de la typologie. A la «commutation», système qui permet de passer de la commande du client au projet de l’architecte, il ajoute la «transmutation» des signes, qui explique les transformations stylistiques, lesquelles relèvent plus proprement de la discipline architecturale.

 

Le second volet du livre est consacré à ce qui a été une référence pour de nombreux chercheurs: le statut de la parole de l’habitant. Raymond est le premier sociologue à questionner les habitants sur une lecture approfondie de l’architecture, selon une double méthode, très spécifique, d’écoute et d’analyse de la parole. La finesse de ses interprétations sur «l’habitant face à l’architecture», en particulier sur la coupure entre la perception de la façade et celle de l’intérieur, n’a rien perdu de leur pertinence. En ayant su s’emparer de l’architecture, au moyen de l’histoire de l’art, de l’ethnologie, de la sociologie et de la sémiologie, passant de Palladio à Le Corbusier et des églises baroques aux grands ensembles, Henri Raymond apparaît aujourd’hui comme l’un des derniers témoins d’une génération cultivée et critique, dont ce livre est le manifeste d’une pensée complexe mais libre.

  • L’architecture, les aventures spatiales de la raison, Henri Raymond, préface de Jean-Pierre Frey
  • Collection Eupalinos/A+U, Editions Parenthèses, 256 p. 18 €.

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