Learning from Alabama: entretien avec Rural Studio

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© Timothy Hursley - Rural Studio, la Rosa Lee House (2009), en bardage de cèdre débité par les étudiants, Footwash (Alabama, Etats-Unis)

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Prônant la sobriétél’atelier pédagogique Rural Studio a développé, dès le début des années 1990 dans l’Alabama (Etats-Unis), un modèle social et environnemental plus que jamais d’actualité. Son fondateur, Samuel Mockbee, architecte anticonformiste décédé en 2001, était convaincu de la nécessité de réformer l’enseignement de l'architecture et la pratique du métier pour revenir au sens ontologique de l’acte de construire: «donner à tous un toit doté d’une âme, pour vivre, manger, dormir dans la dignité». Face aux maux de la société contemporaine –crise des ressources, changement climatique, inégalités…–, le bon sens de l’architecture traditionnelle, sobre et citoyenne constitue en effet un réservoir de solutions. AMC a rencontré les architectes Andrew Freear et Elena Barthel qui animent désormais le studio. Extraits de l'interview à retrouver en intégralité dans AMC n°260-mai 2017.

Dans quel contexte environnemental travaillez-vous?

Andrew Freear: J’ai rejoint Rural Studio, à Newbern, en Alabama, en 2000. Je venais alors de Chicago, où j’enseignais l’architecture à l’université de l’Illinois. En découvrant le comté de Hale, j’ai été frappé tout à la fois par l’extrême pauvreté et par l’âpreté du paysage. Une terre façonnée par la culture du coton et cette pierre noire de la "black belt". Les personnes les plus démunies vivent, au mieux, dans des mobile-homes, sédentarisées; au pire, dans des logements insalubres. La rareté des routes goudronnées ne facilite pas les déplacements entre les bourgs. Peu d’équipements publics structurent la vie sociale dans les villages. En 2004, le centre de secours que nous avons construit à Newbern était le premier bâtiment public à sortir de terre depuis près de cinquante ans! L’économie de cette région du Sud, basée autrefois sur les industries du coton et du soja aujourd’hui sinistrées, a évolué vers une monoactivité aquacole –l’élevage du poisson-chat– qui a eu un impact négatif sur l’emploi et les modes de vie.

 

Vous employez souvent le terme "subruralité"…

Elena Barthel: La précarité du logement traduit la disparité d’emploi et les problèmes sociaux qui en découlent: carence éducative, malnutrition, etc. Notre travail s’inscrit dans ce contexte que nous qualifions de "subrural": la population a tourné le dos à la nourriture locale, comme elle a tourné le dos à sa tradition agraire. Il ne s’agit pas de vouer un "culte" nostalgique à la campagne, mais plutôt de retrouver avec les habitants une économie locale en s’appuyant sur les ressources sous-estimées de la ruralité.

 

Le logement social reste-t-il l’un de vos axes majeurs, comme semblent l’illustrer les 20K houses?

A. F.: Les 20K houses, les maisons à 20000 dollars [environ 18000 euros], constituent une solution alternative aux mobile-homes, chers [25000 dollars] et sans qualité. Nous sommes partis d’un budget équivalent pour imaginer une solution d’habitat économique. Le budget se ventile entre 8000 dollars de coût de main-d’œuvre et 12000 dollars de matériaux. Nous avons réalisé 22 de ces maisons, toujours en bois, de typologies différentes. Les plans, en open source, sont accessibles à tous. Ces projets très simples, adaptables et évolutifs, sont construits en trois semaines par un groupe de quatre personnes. Leur conception vise la qualité d’espace optimale: un porche, des plafonds hauts, un plan traversant avec deux entrées, plusieurs orientations, six fenêtres, de bonnes proportions, avec un salon agréable équipé d’un poêle à bois. Les habitants aiment y vivre. Les mensualités de remboursement de leur prêt sont calculées pour ne pas excéder 100 dollars par mois sur vingt ans.

 

L’intégration de matériaux de récupération contribue à l’identité de vos projets…

A. F.: Nous travaillons dans la sobriété. Par nécessité, mais aussi par choix. Le réemploi contribue à l’économie de nos projets –les déchets de construction, les vieux surplus d’usine ou les erreurs de commande. Nous recevons des subventions de diverses fondations et, plus encore, des dons en nature, car les entreprises bénéficient alors de détaxes. La maison de Lucie [Lucie Carpet House, 2001] illustre ce type d’opportunité: en récupérant un stock de dalles de moquette, nous avons cherché une solution technique pour les intégrer à la construction des murs. Autre exemple, la bibliothèque de Newbern [2013]: nous avons réutilisé un bâtiment existant, celui de l’ancienne banque auquel a été rapporté un volume indépendant en bois, une sorte de boîte qui se prolonge en extension dans le jardin. Les briques de l’ancien coffre-fort ont servi à élever des murets dans les espaces extérieurs de lecture. La mémoire des lieux est préservée. Un groupe d’habitants est à l’origine de ce projet, réalisé par quatre étudiants.

 

Propos recueillis par Anne Bertucci


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