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"Les circuits courts d’alimentation se sont développés dans les années 2010", Christine Aubry, ingénieure de recherche à l'Inra

Zoom sur l'image Les circuits courts d’alimentation se sont développés dans les années 2010, Christine Aubry, ingénieure de recherche à l'Inra
© Chrisitine Aubry - Christine Aubry, ingénieure agronome à l'INRA

Dans le cadre du dossier consacré aux fermes urbaines, l'agronome Christine Aubry plaide pour la vocation pédagogique de celles-ci, afin de faire redécouvrir l’agriculture aux urbains, en particulier certains processus de production hors sol.

Dans quel contexte les agronomes ont-ils commencé à s’intéresser à l’agriculture urbaine?

Nous nous sommes d’abord intéressés aux pays du Sud, où l’agriculture urbaine fournit aux habitants des villes entre 60 et 100% de leurs produits frais. À partir de là, nous avons étudié les liens existants, en Europe, entre ville et agriculture dans les zones périurbaines à l’origine agricoles mais soumises à une urbanisation galopante. Au début des années 2010, nous avons observé ce qu’il se passait à l’intérieur de nos villes, où commençaient à se mettre en place des circuits courts d’alimentation alors très innovants et où les jardins partagés étaient en plein essor, prenant le relais des jardins ouvriers. Aujourd’hui, l’agriculture urbaine apparaît comme un véritable phénomène européen. Elle se développe sous des formes beaucoup plus diversifiées qu’aux États-Unis, lesquels avaient pourtant pris une grande avance, comme le montre la reconversion des friches industrielles de Détroit en fermes urbaines dès les années 2000. 

 

Quels efforts sont à fournir pour rendre compatibles ville et agriculture?

Il faut faire redécouvrir l’agriculture aux urbains, notamment certains processus de production, comme l’hydroponie (technique de culture hors sol, avec substrat inerte et liquide nutritif venant d’engrais minéraux) par laquelle est produite la majorité des tomates vendues dans les supermarchés notamment. Le consommateur pourra alors mieux faire valoir ses exigences. Il faut convaincre les urbains que les agriculteurs ne sont pas forcément des pollueurs, qu’ils ont beaucoup évolué dans leur mode de production et qu’ils sont capables de prendre en compte les enjeux environnementaux. Il faut donc établir un dialogue entre les urbains et les agriculteurs. D’où l’intérêt des fermes urbaines, dont celles à vocation pédagogique. 

 

Le dialogue s’établit-il facilement entre les agronomes et les acteurs de la ville?

Au fur et à mesure que le phénomène d’agriculture urbaine prend de l’ampleur, nous ne pouvons plus nous ignorer. Et cela passe par l’enseignement. À AgroParisTech, nous avons monté une formation intitulée "Ingénierie des espaces végétalisés en ville" avec une option "agriculture urbaine" où interviennent notamment des spécialistes de l’aménagement. L’objectif est de former des personnes ayant des compétences en agronomie et en urbanisme. Nous avons créé un bureau d’études de type "junior entreprise", lié à notre cellule de recherche sur l’agriculture urbaine. Il propose des études de faisabilité aux collectivités territoriales. La formule fonctionne bien –une dizaine de projets de fermes urbaines est en cours d’étude. Elle permet aux agronomes d’intervenir bien en amont, sans pour autant s’engager sur une longue durée. Nous étudions également un projet de collaboration avec les lycées agricoles, comme l’école d’horticulture du Breuil à Paris, dans le but de former des opérationnels de l’agriculture urbaine de niveau BTS, qui pourront travailler aux côtés des architectes sur des chantiers de fermes urbaines.

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