Les écoles d'architecture en grève

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[Article mis à jour le 3 février 2020 à 18h00]

Les annonces tombent au fil des Assemblées générales: les écoles nationales supérieures d’architecture (Ensa) entrent en grève administrative les unes après les autres. Le 3 février 2020, la totalité des 20 établissements français protestent ainsi contre l’inaction du ministère de la Culture, qui ne leur fournirait pas de quoi accomplir leur mission. Un dossier brûlant, en guise de bienvenue pour Aurélie Cousi, la nouvelle directrice de l’architecture au sein du ministère.

L’élan est parti de l’école d’architecture de Paris-La Villette. Le 15 janvier 2020, le Conseil pédagogique et scientifique (CPS) de l’établissement, regroupant les représentants des enseignants, des étudiants et du personnel administratif, décidant des programmes pédagogiques, assurant la gestion des carrières des enseignants et les recrutements, a déclaré à l’unanimité, la grève administrative. Tous les dossiers en cours se trouvant dès lors ajournés. Une mobilisation suivie dans la foulée par les CPS des 19 autres écoles nationales supérieures d'architecture (Ensa). Au cours d'Assemblées générales extraordinaires convoquées pour l'occasion, les CPS ont, les uns après les autres, interrompus leurs travaux pour une durée indéterminée, instituant ainsi une mobilisation d'une ampleur rare.

 

Le blocage administratif s’inscrit dans le mouvement de revendication initié par le collège des directeurs et présidents des conseils d’administration des écoles d’architecture, sous cotutelle du ministère de la Culture et du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Dans un courrier adressé le 10 janvier 2020 à Franck Riester, le ministre de la Culture, les administrateurs se demandent s’ils ne sont pas à la tête «d’établissements oubliés», tant les moyens semblent manquer pour mener à bien leur mission de formation. Une missive restée sans réponse jusqu'à ce que Paris-La Villette débraie et le signifie au ministère. Les directeurs devraient enfin être reçus rue de Valois, les 3 et 4 février prochains.

Pas suffisamment de recrutements

"Chaque année, un étudiant en architecture coûte entre 6000 et 10000 euros à l'Etat. Dans les universités les moins dotées, c'est 12000 euros", dénonce Alessia De Biase, présidente par interim du CPS de l'école de Paris-La Villette. Un manque d'investissement chronique, aggravé d'après les différents CPS par la mise en œuvre de la réforme des écoles d’architecture en 2018. Transformant le statut des enseignants pour favoriser la production de recherche au sein des écoles, le texte a organisé une forme de décentralisation de la gestion des ressources humaines au sein de chaque établissement. A première vue, une satisfaction pour les enseignants-chercheurs. En réalité, un gouffre faute de moyens. "Le recrutement des enseignants et le suivi des carrières engendre une dépense d'heures non négligeable et pourtant non comptabilisée pour les enseignants qui siègent dans les instances, décrit Alessia De Biase. Pire, le ministère nous annonce en janvier que certaines écoles vont perdre des Equivalents temps plein (ETP)".

 

Egalement reprises par le conseil national des enseignants-chercheurs des écoles d’architecture (CNECEA), chargé d'instruire les candidatures des aspirants enseignants pour le compte du ministère avant les recrutements par école -conseil lui aussi en grève-, les revendications sont simples: que les cotutelles respectent les engagements interministériels pris en 2018. Il avait par exemple été acté de la création de 50 postes de professeurs sur cinq ans (2018/2022). Seuls 15 ont été obtenus à ce jour et les demandes de créations émises par les écoles en janvier dernier ne sont pas entendues. Quant aux fonctions support grâce auxquelles vivent les établissements, «elles sont sous-dimensionnées», dénoncent les directeurs dans leur courrier au ministre de la Culture. Sans parler de la situation immobilière des établissements, qu'ils jugent «indigne». Dernier témoignage du peu de cas dont se fait l’administration centrale du sort des étudiants, la décision du Conseil d’Etat de forcer la démolition des bâtiments temporaires de l’école d’architecture de Paris-Malaquais, pourtant toujours en activité.

Les derniers recrutés, non payés

Enfin, tous dénoncent un ministère de la Culture qui entretient la précarité de ses agents, en ne rémunérant pas en temps voulu les enseignants recrutés pour l’année. Certains, qui ont débuté en septembre 2019, ont dû attendre décembre pour être payés. Emboîtant le pas des directeurs d’établissement, les CPS des différentes écoles et le CNECEA demandent ainsi, d'une même voix, «un plan de rattrapage pluriannuel pour mettre à niveau les écoles par rapport aux autres établissements d’enseignement supérieur. L’augmentation des subventions de fonctionnement et d’investissement à hauteur des besoins. Ainsi que l’augmentation des plafonds d’emploi, de la masse salariale et des ressources humaines». «Coupes budgétaires, simplification, non communication, etc. Les écoles d'architecture font aujourd'hui face aux mêmes difficultés que l'hôpital public. C'est partout la même histoire», analyse Alessia De Biase. Tous les personnels mobilisés réclament enfin des échanges plus efficaces avec le ministère de la Culture. Interrogé à ce sujet, le ministère a répondu par la voix de Corinne Langlois, sous directrice à l'architecture, à la qualité de la construction et du cadre de vie: «L’année 2019 a été la première année de [la mise en œuvre de la réforme de 2018]. Des difficultés de natures très différentes sont alors apparues progressivement, difficultés qui ne se résument pas à des questions de moyens. Le ministère de la Culture, en concertation avec les directrices et directeurs des ENSA, travaille à l’analyse fine des difficultés qui ont été identifiées afin de trouver les solutions les plus adaptées. Cela prend du temps mais le travail est en cours.» Enseignants et étudiants des écoles d'architecture annoncent une mobilisation devant les fenêtres de la rue de Valois, mardi 4 février 2020.

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