Ajap, Équerre et Première Œuvre : et les femmes ?

Zoom sur l'image Ajap, Équerre et Première Œuvre : et les femmes ?
© www.victorrr.fr - Équerre d'argent, et les femmes ?

Articles Liés

10 chiffres sur la place des femmes dans l'architecture

Les femmes dans l'architecture

Harcèlement sexuel et sexiste dans les écoles d'architecture: des chiffres pour mesurer[...]

Parce qu'ils offrent une visibilité certaine aux architectes qu'ils distinguent, les prix de l'Équerre d'argent et de la Première Œuvre participent de la reconnaissance de la place des femmes dans la profession. La rédaction d'AMC a dépouillé au filtre du genre les dossiers candidats en 2021, afin de prendre la mesure des changements à l'œuvre, ou non, dans la profession.

Alors que les femmes représentent désormais près d'un tiers des inscrits à l'Ordre, la reconnaissance de leur place dans l'architecture reste un long chemin. Malgré les nombreuses professionnelles associées à la direction d'agences de toutes envergures, dont les travaux nourrissent les pages des revues, leur invisibilité médiatique perdure. En ce sens, le dernier palmarès des Albums des jeunes architectes et paysagistes (Ajap), où figurent seulement deux équipes mixtes parmi les quinze lauréats, interroge. Et naturellement, la colère gronde chez celles et ceux qui y voient une démonstration éclatante du très dommageable déterminisme qui structure la profession. On sait l'importance d'un tel dispositif de distinction pour les professionnels âgés de moins de 35 ans. Facilitant l'accès à la commande pour quelques architectes triés sur le volet par le ministère de la Culture, les Ajap structurent en profondeur le marché de l'architecture, au risque d'accentuer les disparités qui y règnent. Sans compter la valeur d'exemple que les démarches ainsi labellisées représentent pour des centaines d'étudiantes et d'étudiants, qui épluchent les portfolios de ces lauréats en phase avec leurs préoccupations générationnelles. "Mais où sont les jeunes architectes prometteuses ?" s'interrogeait déjà, en mars 2021, l'architecte Nicolas Dorval-Bory. Alors que les écoles d'architecture comptent 60% d'étudiantes (2), comment expliquer la disparition de ces effectifs dans les compétitions symboliques qui structurent la profession ? Est-ce que les femmes architectes candidatent moins aux distinctions censées reconnaître la qualité de leur démarche de conceptrices ? Est-ce que l'accès à la commande leur est plus difficile ?

Une Équerre équitable ?

C'est dans une volonté d'autoanalyse que la rédaction d'AMC a dépouillé au filtre des questions de genre les dossiers des candidats aux prix de l'Équerre d'argent et de la Première Œuvre 2021. Cela, une fois les 25 réalisations nommées, choisies par le comité de sélection composé des journalistes de la rédaction d'AMC et de la rubrique architecture du Moniteur. Compter pour comprendre, compter pour prendre la mesure des changements à l'œuvre, ou non, dans la profession.

 

En prenant en considération les associés à la tête de chaque entreprise d'architecture, sur les 266 projets proposés à l’Équerre 2021 par 246 agences, nous avons recensé 59% d’équipes exclusivement masculines, 38% d’équipes mixtes et 3% d’équipes exclusivement féminines. Selon la dernière enquête Archigraphie, dont les chiffres datent de 2019, les femmes représentent aujourd'hui 30,7% des inscrits à l'Ordre, et même 48,1% des inscrits âgés de moins de 35 ans. À l'échelle de la profession, elles sont sous-représentées à la tête des agences françaises (28,4% des associés sont des femmes), mais bien présentes. Avec 41% d'équipes gérées pour tout ou partie par des femmes parmi ses candidats, le prix de l'Équerre d'argent 2021 semble donc être une distinction plutôt plébiscitée par celles-ci. Quant au jury qui désignera le projet lauréat le 22 novembre prochain, trois femmes architectes y siègent parmi 12 membres : Lina Ghotmeh, Léa Mosconi et Marie Schweitzer.

 

Au total, sur les 25 réalisations nommées en 2021, 60% d'entre elles ont été conçues par des équipes exclusivement masculines (15 réalisations), 28% par des équipes mixtes (7 réalisations) et 12% par des équipes exclusivement féminines (3 réalisations). Sans qu'elle ait été pensée en ce sens, la sélection reflète donc bien les proportions visibles dans les candidatures. Et même assez bien les équipes exclusivement féminines : on compte 12% de femmes parmi les nommés, contre 3% parmi les candidatures. Preuve que les professionnelles n'ont pas à rougir de la qualité de leurs projets. En 2020, et contrairement à ce que laissent penser les photos de la soirée de remise du prix, c'est bien à une agence fondée par des femmes que l'Équerre d'argent a été attribuée: Shelley McNamara et Yvonne Farell, de l'agence Grafton, pour la Toulouse school of economics. Depuis 2000, 13 équipes sur 21 lauréats de l’Équerre d’argent étaient au moins mixtes, soit 61,5%. On compte seulement deux équipes exclusivement féminines : Antoinette Robain et Claire Guieysse, lauréates en 2004 pour le Centre national de la Danse à Pantin, et Pascale Guédot en 2010 pour une médiathèque à Oléron-Sainte-Marie.

La Première Œuvre, les jeunes femmes loin de la commande ?

Les candidatures au prix de la Première Œuvre, qui récompense des réalisations conçues par des architectes âgés de moins de 35 ans au moment du dépôt de la demande de permis, constituent un baromètre optimal pour mesurer l'état actuel des inégalités dans une profession qui se féminise à grande vitesse. En 2021, sur les 49 projets proposés par 48 agences candidates au prix, nous avons compté 62,6% d’équipes exclusivement masculines, 31,2% d’équipes mixtes et 6,2% d’équipes exclusivement féminines (toujours, en tenant compte des associés, à la tête des entreprises d'architecture). Il faut donc s'interroger sur un paradoxe : alors qu’aujourd'hui les femmes représentent 48,1% des architectes âgés de moins de 35 ans inscrits à l’Ordre (1), les candidatures aux prix de la Première Œuvre 2021 ne reflètent pas cette proportion. Faut-il comprendre que les professionnelles ont plus de difficulté à accéder à une première commande d'envergure avant 35 ans ? Croiser ces données avec les décomptes des candidatures aux Albums des jeunes architectes et paysagistes 2020 serait très instructif, pour mieux mesurer les écarts dans l'accès à la commande des jeunes professionnels et ce qui les encourage. Quant aux cinq équipes sélectionnées par les rédactions en 2021, seule une est dirigée par une femme, l'agence JKLN fondée par Jasmine Kenniche-Le Nouëne. Depuis 2000, sept équipes sur 21 lauréats du prix de la Première Œuvre étaient mixtes, soit 33%, dont trois équipes exclusivement féminines : Vanessa Larrère en 2011 pour des bureaux à Liposthey ; LA Architectures, agence fondée par Axelle Acchiardo et Linda Gilardone, en 2014 pour des logements sociaux à Montreuil ; et l''Atelier Rita de Valentine Guichardaz-Versini en 2017, pour un centre d'hébergement d'urgence à Ivry-Sur-Seine.

 

(1) Chiffre de 2019, enquête Archigraphie 2020.

(2) Chiffre de 2019, "Dynamiques de genre et métiers de l’architecture, de l’urbanisme et du paysage", appel à contributions au colloque

Réagissez à cet article

Saisissez le code de sécurité*

Saisir le code

*Informations obligatoires

Palmarès de l'Équerre d'argent 2021

Équerre d'argent 2021 : le palmarès complet

Les équipements de services publics à Neuvecelle (Haute-Savoie) , conçus par Atelier PNG associé à l'Atelier Julien Boidot et Emilien Robin architecte, avec les paysagistes de […]

Antoine Petit, Nicolas Debicki et Grichka Martinetti, architectes, AtelierPNG

AtelierPNG - Portrait

Antoine Petit, Nicolas Debicki et Grichka Martinetti sont diplômés de l’Ensa Paris-Val de Seine et ont créé leur agence en 2007. Grichka Martinetti est également architecte du patrimoine de […]

PHOTO - 24570_1456546_k4_k3_3361852.jpg

Atelier Julien Boidot - Portrait

Julien Boidot est diplômé de l'Ensa Nantes en 2007. Aux côtés d'Emilien Robin, il est lauréat d'Europan en 2005 et 2012, ainsi que des Ajap en 2014. En 2016, Julien Boidot est […]

Une marque

Groupe Moniteur Infopro Digital