Mitsu Edwards, ingénieure: «Le métal demeure le matériau de choix pour la conception précise des assemblages»

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© Agnese Sanvito - Mitsu Edwards, ingénieure

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Six réalisations en métal

Pour son numéro hors série spécial métal, AMC a rencontré Mitsu Edwards, ingénieure, diplômée de l’université de Leeds, établie en France depuis vingt ans. Elle a travaillé sur la fondation Louis-Vuitton (Frank Gehry, arch.), le musée des beaux-arts de Nantes (Stanton Williams), ou la gare TGV de Lorient (Arep). Début 2017, elle a intégré le bureau d’études Eckersley O’Callaghan en tant que directrice adjointe.

AMC: La conception métallique dépend-elle davantage d’une culture d’ingénieur que de celle d’architecte?
Mitsu Edwards: Au contraire, je pense que ces deux cultures peuvent se réunir autour de la conception métallique. Dans l’enseignement anglosaxon, et de plus en plus fréquemment en France, on se nourrit du dialogue entre les deux métiers pour améliorer le projet. En Grande-Bretagne, les enseignants de l’école du Bauhaus qui ont émigré ont eu une grande influence. Architectes et ingénieurs apprenaient que l’expression de la structure et l’importance de l’ossature étaient les socles de l’art de construire; et que l’acier était une matière noble, capable de rayonner bien au-delà de la filière industrielle. C’est ainsi que le métal est devenu un leitmotiv de l’architecture high-tech, un style iconique en Angleterre dans les années 1980. Son écriture a été emblématique dans le monde anglo-saxon d’un partage de la conception, qui tient autant du travail de l’ingénieur que de celui de l’architecte.

Quand je suis arrivée en France dans les années 1990, j’ai été surprise de découvrir à quel point le béton dominait la pensée constructive. En Grande-Bretagne, le béton utilisé partout dans les années d’après-guerre, a été rapidement dénigré car souvent mal fabriqué, mal entretenu, et franchement triste sous la pluie ! Il avait des teintes sombres et des textures grossières, le coffrage était de piètre qualité, et les ciments manquaient d’adjuvants techniques. En France, le béton avait acquis ses lettres de noblesse. Les architectes savaient habilement s’en servir, les formes, les proportions et la qualité de finition étaient franchement magnifiques. Et les ingénieurs français savaient concevoir avec plus d’élancement, plus de résistance, moins d’armatures. Dans ce contexte, c’était compréhensible que le langage du métal ait du mal à percer.

La construction métallique révèle tout son potentiel quand elle est imaginée dans le détail. Le métal demeure le matériau de choix pour la conception précise des assemblages, au point que parfois les assemblages deviennent l’architecture. En tant qu’ingénieurs, cela nous donne l’opportunité d’apporter notre part de conception autant par le dessin que par le calcul. Même les activités de loisirs deviennent source d’inspiration: les grandes serres de la Cité des sciences et de l’industrie de la Villette à Paris illustrent bien comment des pièces d’accastillage naval ont été transposées dans la construction, grâce à un architecte féru de voile, Martin Francis.

 


Cette différence de culture entre la France et la Grande-Bretagne se perçoit-elle sur les chantiers?
Dans les pays anglo-saxons, l’entreprise se cantonne à suivre fidèlement les prescriptions du concepteur, qui est responsabilisé jusqu’au bout des études d’exécution. Alors qu’en France, l’entreprise réalise ses propres études d’exécution et conserve le droit de proposer des variantes constructives, dont elle assume la pleine responsabilité. Cette possibilité incite une entreprise générale à reproduire des techniques qu’elle maîtrise déjà. Les opportunités d’accroître le savoirfaire métallique sont alors délaissées en faveur des méthodes constructives en béton armé, plus familières. Le niveau d’expertise français en construction métallique n’a pourtant […]

 

Propos reccueillis par Christophe Hespel et Jean-François Caille

 

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