Nicolas Kelemen, architecte et conseiller de l'Agence publique pour l'immobilier de la justice (APIJ) « Les prisons dans lesquelles les détenus sont responsabilisés sont plus apaisées »

Pour lire l'intégralité de cet article, testez gratuitement AMC - édition Abonné
Zoom sur l'image Nicolas Kelemen, architecte et conseiller de l'Agence publique pour l'immobilier de la justice (APIJ) « Les prisons dans lesquelles les détenus sont responsabilisés sont plus apaisées »
© Valerio Vincenzo/Hanslucas.com - PHOTO - 063_Image55174.jpg

« En France, la détention est anonyme. Le monde carcéral se trouve isolé, éloigné du regard de tous. On le cache dans des établissements en zone périurbaine ou en rase campagne, ce qui souligne malgré elle l'indignité de la condition du détenu. Dans le passé, l'architecture des prisons ne traduisait pas la honte de la détention. Au XIXe siècle par exemple, des architectes des Beaux-Arts travaillaient à leur élaboration. Les portes d'entrée faisaient l'objet de concours spécifiques et les murs d'enceinte, les miradors ou la cour d'honneur étaient traités comme autant de symboles de la prison républicaine.

Aujourd'hui, cette symbolique s'est dissoute dans une architecture réduite à des contraintes sécuritaires, techniques et budgétaires. Les portes d'entrée sont devenues un point de passage fonctionnel. Toute une génération de prisons a vu le jour ordonnancées par un programme fonctionnel et sécuritaire qui réduit l'incarcération à une accumulation de prescriptions.

Ce modèle laisse peu de possibilité aux concepteurs d'apporter de la valeur ajoutée. La plupart des espaces laissés libres sont résiduels. Un constat s'impose : par l'empilement des dispositifs sécuritaires, les constructions récentes ont conduit à la déresponsabilisation du détenu. Les clôtures en sont un bon exemple. Placées entre les cours de promenade et les hébergements pour éviter le risque d'escalade des façades, elles créent des interstices inaccessibles, rapidement transformés en véritables dépotoirs, alimentés par le jet d'objets depuis les cellules.

Les prisons dans lesquelles les détenus sont responsabilisés sont plus apaisées, et les liens sociaux de la vie quotidienne sont maintenus. C'est le cas dans certains établissements pénitentiaires à l'étranger, en particulier en Allemagne ou en Espagne. A contrario, le régime ultra-sécuritaire des prisons que l'on peut trouver aux États-Unis engendre une atmosphère de violence incompatible avec les notions de réhabilitation et de réinsertion. »

Nicolas Kelemen, architecte et conseiller de l'Agence publique pour l'immobilier de la justice (APIJ) « Les prisons dans lesquelles les détenus sont responsabilisés sont plus apaisées »
PDF de l'article

Prisons

Depuis les années 1980, l'inflation des règles et dispositifs de sécurité a fortement impacté les établissements pénitentiaires, rendant les conditions de vie particulièrement anxiogènes pour les détenus et le personnel. […]

PHOTO - 059_Image54484.jpg

SCAU Centre pénitentiaire Aix-en-Provence

Le projet du centre pénitentiaire d'Aix-Luynes 2, comptant 735 places, concrétise les mesures d'assouplissement introduites dans les programmes de prison en vue d'obtenir des ambiances moins carcérales. Il importe notamment de […]

PHOTO - 062_Image54769.jpg

Vurpas architectes et AIA Maison d'arrêt de la Santé Paris

L'extrême densité de la maison d'arrêt de la Santé - 2,8 ha pour 800 détenus au terme de la restructuration - rend sa modernisation complexe. Pour autant, cet établissement fait preuve encore de qualités architecturales […]

PHOTO - 056_Image54437.jpg

Les établissements pénitentiaires en quête d'humanisation

Lieu de privation de liberté, une prison fonctionne comme une microsociété, avec ses quartiers d'hébergement, ses espaces dédiés à l'accueil des détenus, à la formation, au travail et au sport, son centre de soins, ses parloirs […]

PHOTO - 060_Image54624.jpg

Sarea/Beaulieu-Imholz Maison d'arrêt Fleury-Mérogis

Depuis treize ans, la réhabilitation de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis bat son plein sous la houlette de sept maîtrises d'œuvre. Avec une capacité théorique de 3 205 places - mais un taux d'occupation de 169 % -, c'est la […]

Une marque

Groupe Moniteur Infopro Digital