«Nous qualifions des candidats, sans postes de titulaire à la clé», Richard Klein, président du CNECEA

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Richard Klein, architecte, professeur d'histoire de l'architecture à l'ENSAP Lille, président du Conseil national des enseignants chercheurs des écoles nationales supérieures d'architecture (CNECEA)

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Trois ans après l'instauration du statut d'enseignant chercheur et la création du Conseil national des enseignants chercheurs des écoles nationales supérieures d'architecture (CNECEA), des inquiétudes se font jour sur la place des praticiens et du projet dans les Ensa. Rencontre avec Richard Klein, architecte, professeur d'histoire de l'architecture à l'ENSAP Lille et président du CNECEA, qui répond aux critiques dont font l'objet les travaux de cette instance, chargée de qualifier les candidats au poste d'enseignant, étape préalable à leur recrutement définitif par les écoles d'architecture.

AMC : Quel bilan peut-on dresser à l'issue des trois campagnes de qualification au poste d'enseignant chercheur dans les Ensa menées par le CNECEA, étape préalable à la candidature à un poste d'enseignant titulaire ?

Richard Klein : Le CNECEA est une assemblée des pairs élus et nommés pour quatre ans, où se regroupent 72 enseignants des écoles d'architecture. Cette instance permet au corps des enseignants chercheurs de se gérer lui-même, même si c'est toujours le ministère de la Culture qui dicte le nombre de postes créés chaque année. En 2018, lorsque le CNECEA entre en activité, cela fait deux ans que les établissements n'ont pas pu recruter de nouveaux enseignants titulaires. Nous avons donc dû, en premier lieu, réaliser un important travail d'expertise pour étudier les dossiers des 1 050 candidats à la qualification de maître de conférences et des 240 candidats à celle de professeur. Ces quantités étaient peu en rapport avec les moyens humains qui nous étaient alloués pour mener convenablement

la double expertise dont fait l'objet chaque candidature. Nous avons attendu huit mois avant d'avoir un secrétariat digne de ce nom. Nous avons dû solliciter des experts, au-delà du cercle des membres du CNECEA. Finalement, lors de cette session de 2019, 508 candidats ont été qualifiés à enseigner dans les Ensa au grade de maître de conférences, et 94 au grade de professeur. C'est à un réel manque de soutien de la part du ministère auquel doit faire face le CNECEA. Chaque expertise est gratifiée généreusement de 17 euros ! Nous avons de la chance de pouvoir compter sur le sens du service public et la bonne volonté de nos membres. Toute la chaîne de gestion des ressources humaines des écoles d'architecture a été refondée. Le CNECEA qualifie des candidats, ensuite recrutés par les Ensa, qui souffrent d'une baisse chronique de leurs moyens administratifs. C'est ce que nous avions dénoncé en janvier 2020 lors de la grève administrative du CNECEA, accompagnant celles des instances pédagogiques des Ensa.

 

Quels profils les experts valorisent-ils ?

Le CNECEA a élaboré des critères à partir de l'adaptation et de l'amélioration des anciennes modalités de recrutement. Il faut réaliser une note pédagogique, présenter ses diplômes, etc. Tout n'a pas été réinventé. Dans le protocole négocié avec les syndicats, deux catégories de candidature ont été établies : l'une, basée sur les diplômes obtenus - le doctorat pour les maîtres de conférences, l'HDR pour les professeurs -, l'autre, basée sur l'activité professionnelle, destinée à prendre en compte, entre autres, les capacités à enseigner des architectes praticiens. Il était prévu d'atteindre progressivement 70 % de représentants de la première catégorie et 30 % de la seconde. Chez les praticiens, il y a souvent une confusion entre la notoriété professionnelle et la faculté de transmettre. Il faut que les candidats puissent faire état de leurs activités universitaires et para-universitaires, ainsi que d'activités professionnelles capables de porter des ambitions pédagogiques.

 

C'est précisément ce qui semble inquiéter certains enseignants, qui craignent de voir disparaître des écoles les architectes praticiens.

A la demande du ministère de la Culture, le DPLG a été considéré comme équivalent au doctorat lors de la première campagne de qualification. Ce sont aussi les services du ministère qui ont demandé l'arrêt de ce dispositif dérogatoire. Lorsque le CNECEA l'a voté, des inquiétudes de voir disparaître les praticiens des écoles se sont exprimées. Mais en réalité, il n'y a actuellement aucun chiffre pour confirmer ou infirmer un tel fait. Nous menons en ce moment une enquête pour dénombrer, au sein du corps enseignant, les architectes praticiens et non praticiens. Avoir des données est indispensable pour évaluer le nouveau processus de recrutement. Le véritable problème, c'est que le ministère de la Culture ne met pas en œuvre la réforme à laquelle il s'est engagé en 2018. Nous qualifions des candidats, mais il n'y a pas de postes de titulaire à la clé. C'est l'ensemble de l'enseignement de l'architecture qui est en danger ! L'inquiétude des enseignants praticiens peut aussi être perçue comme un reflet de la situation générale, très difficile sur le plan de la commande et de la gestion des entreprises d'architecture. La réforme de 2018 vise à faire de nous tous des « enseignants chercheurs », sans distinction. La remettre en question, c'est raviver une opposition archaïque entre pratique et théorie.

 

Sur quels critères le CNECEA attribue-t-il les congés pour études ? Là aussi, certains enseignants dénoncent le fait qu'ils sont rarement attribués aux praticiens.

Le CNECEA émet un avis sur les demandes de congés pour études et recherches des enseignants qui souhaitent réduire leurs heures de service pour aboutir à des projets intellectuels. Il ne tient qu'aux enseignants praticiens de soumettre des propositions. Il faut que nous soyons très vigilants quant au budget alloué à ces congés par l'administration centrale. Ce sont eux qui permettent d'augmenter le nombre de doctorats et d'habilitations à la direction de recherche requis dans les établissements d'enseignement supérieur. Les débats au CNECEA font émerger des questions fondamentales pour élaborer les doctrines à suivre pour évaluer ces demandes, c'est l'un des principaux intérêts de cette instance. Elle questionne la formation à des métiers que dispensent les Ensa, qui a prétention à être considérée comme un enseignement supérieur. Si cela pose problème à certains, de mon point de vue, c'est une richesse. Mais le CNECEA n'a pas eu les moyens de communiquer sur ses débats et ses actions, ce qui est inadmissible. De la même manière, nous attendons depuis plusieurs mois la publication d'un rapport de l'inspection générale des affaires culturelles sur l'enseignement de l'architecture. Nous avons appris la suppression d'environ 37 postes dans les Ensa dans les deux années à venir. Cela va à l'encontre de ce qui était promis. C'est un réel problème politique qui se pose dans tout l'enseignement supérieur et au-delà. Le CNECEA ouvre la qualification à de potentiels enseignants chercheurs, sans espoir de débouché. Pourtant, la nécessité de renouveler les corps est incontestable. Je le répète, c'est tout l'enseignement de l'architecture qui est en danger !

 

Propos recueillis par Margaux Darrieus

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