DOSSIER

Plaidoyer pour les concours d’architecture, par Jacques Hesters, architecte

Jacques Hesters, architecte

 

Nombre de professionnels et d’élus pensent que le concours, rémunéré, devrait être obligatoire pour toute opération impactant l’espace urbain, qu’il s’agisse de constructions ou de réhabilitation, d’équipements
ou d’ensembles de logements, publics ou privés, et cela en cohérence avec la loi sur l’architecture de 1977 où l’architecture est déclarée d’intérêt public.

 

Les concours d’architecture favorisent le débat indispensable sur la Ville entre élus et professionnels de l’acte d’aménager ou de bâtir. Cette mise en concurrence sur projets permet de satisfaire au mieux les exigences de qualité et de « juger sur pièces ».

Les ordonnances de 2005 et le changement de statut des offices d’HLM qui les affranchit des règles d’application du code des marchés publics contribuent à la raréfaction des concours d’architecture au profit de procédures plus discutables qualitativement, pour l’intérêt public et dans l’attribution des marchés de maîtrise d’œuvre. Il est dorénavant possible de construire une opération importante de logements sans organiser de concours d’architecture. Est-ce un gage de qualité dans un pays par la loi de 1977 ? Est-ce un progrès démocratique ou un atout sociétal ?

 

La loi de décentralisation de 1982 a favorisé l’émergence de l’architecture française, dans les bâtiments publics, écoles, collèges et lycées… grâce, notamment, à l’organisation de concours.

D’année en année, les mesures législatives modifient les conditions de mise en concurrence et d’exercice de la maîtrise d’œuvre. L'année 2015 n’échappera pas à cette évolution puisque les transpositions françaises des directives européennes seront prochainement promulguées par ordonnance, et il y resterait inscrit l’absence d’obligation du concours d’architecture pour les constructions publiques, et cela, quelque soit le montant des travaux estimés.

Cette mesure portera un coup fatal aux concours d’architecture et à l’incitation au désir d’architecture qui restera un vœu pieu mort né.

 

La procédure de concours public impose la constitution d’un jury organisé démocratiquement. Le jury est un moment de discussion entre élus, spécialistes, usagers… après examen des projets par une commission technique ad hoc.

Inévitablement la disparition des concours s’accompagnera d’une baisse de la qualité architecturale et urbaine.

Les procédures de type MAPA, et qui vont donc se généraliser en marchés publics, ne sont justement pas « adaptées » pour ce qui concerne l’urbanisme, le paysage ou l’architecture. Ces procédures, si elles sont généralisées, conduiront à une « dérive clientéliste », antidémocratique et induiront la multiplication des recours par les maîtres d’œuvre écartés. Ces MAPA ne simplifient en rien les conditions administratives de mise en concurrence pour les Services des marchés publics.

La procédure en MAPA ne règle rien du problème d’élaboration du programme et sa mise en forme dans l’espace architectural. La production du projet, suivant une démarche de gré à gré, peut même conduire à un dérapage de planning, à des adaptations de programme, des avenants pour revalorisation… et donc conduire à une dérive budgétaire.

 

Que reproche-t-on aux concours ?

En coût global le concours est un choix performant, évitant les remises en cause chronophages et le dérapage dans les délais d’études. Le concours, qui fait émerger la meilleure conception au regard du fonctionnement, de l’usage et de l’urbain, a des vertus au regard des contraintes budgétaires.

– Tout projet doit pouvoir être amendé sur conclusion du jury, et il suffit d’inscrire une clause particulière dans le CCAP et RC qui le permette. Un projet de concours, abouti au regard des contraintes programmatiques, aura plus de force pour être modifié, sans se renier, afin de se conformer aux exigences énoncées collégialement en jury.

– C’est le projet qui est choisi et non son concepteur. Si l’adjudicateur veut mieux connaître l’équipe de l’architecte, il suffit de recevoir les équipes pour présentation des projets après classement et levée de l’anonymat, comme cela est parfois pratiqué, pour un débat partagé et plus démocratique, ou de supprimer l’anonymat pour les concours.

– Il n’est pas vrai que les architectes perdent de l’argent sur les concours publics si l’indemnité correspond bien à 80% de la mission, comme prévu par la MOP.

 

La suppression de l’obligation de recourir aux concours d’architecture en marchés publics constitue un précédent antidémocratique qui va à l’encontre de l’intérêt public, portant atteinte au désir d’architecture et à la qualité architecturale, créant un risque inévitable de dérive clientélisme dans la passation des marchés de maîtrise d’œuvre.

 

 

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