POUR QUE ÇA DURE...

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© Vincent Leloup/Le Moniteur - Benjamin Cimerman, ingénieur de formation, fondateur et directeur du bureau d'études RFR éléments

Ingénieur de formation et titulaire d'un Master of Science en « Informatics and Architecture » aux états-Unis, Benjamin Cimerman est le fondateur et directeur du bureau d'études RFR éléments

Pour répondre de manière pertinente à la préoccupation de durabilité des ouvrages, il faut absolument s'interroger sur la pérennité de leurs performances. Les architectes sont sans cesse confrontés aux objectifs des certifications de leurs projets mais qu'en est-il de la vérification des résultats a posteriori ? Programmation, commissionnement, coût global..., sont autant d'outils offrant des opportunités pour parvenir à une architecture durable enfin soutenable.

Le développement durable est dans tous les discours mais construire durable n'est pas une évidence. Continuant à servir le dieu Développement, le Français dénomme durable ce qui devrait être soutenable mais souvent ne l'est pas, ce qui réduit un peu plus la portée du concept et le rend ambigu. Car aujourd'hui, construisons-nous vraiment durable, au sens de la tenue dans le temps du bâti et de ses performances ? Chacun d'entre nous a son opinion là-dessus mais les quelques informations fiables dont nous disposons - relevés de consommation, statistiques sur les sinistres, analyses de l'Agence Qualité Construction - semblent indiquer que la pérennité dans le temps est loin d'être toujours atteinte. Une certaine complexité constructive et technique ainsi qu'un déficit en maintenance et en entretien sont en général pointés du doigt.

Et si résidait là une porte de sortie à la complexification croissante des démarches de certification environnementale ? Plutôt que d'essayer lors des études de conception puis pendant la construction de justifier d'une future performance, à grand renfort de calculs et notes explicatives, pourquoi ne pas conditionner l'obtention des certifications à des performances vérifiées a posteriori ? Les certifications telles que « HQE Exploitation » ou « Breeam in use » s'intéressent déjà à l'exploitation et à l'usage des bâtiments. Néanmoins une regrettable césure persiste entre la certification délivrée à la livraison et celle de suivi du bâtiment en opération.

Certification ou pas, ce qui importe aujourd'hui est d'engager les équipes de maîtrise d'œuvre et les entreprises dans ce qui se passe après la livraison, au-delà de la garantie de parfait achèvement. Et cela pas seulement pour les projets en conception-réalisation, PPP ou autre variante du genre. Pour faire le lien entre conception, construction et opération, des outils pratiques existent déjà. Approche en coût global, commissionnement** et engagement de performance énergétique me paraissent faire partie des outils à expérimenter pour dépasser les deux écueils sur lesquels se fracassent bien des ambitions de construire durable : l'effet « tampon » des certifications et la notion de surcoût lié à la qualité environnementale. Seule une approche sur la durée de vie des bâtiments permettra de démontrer que construire durable est finalement moins cher.

L'approche en coût global permet ainsi d'intégrer à la réflexion, dès l'amont des études de conception, les futurs coûts d'entretien et de maintenance mais aussi ceux des différentes énergies envisagées, en estimant leur renchérissement. Cela doit permettre au maître d'ouvrage ou à son client futur propriétaire de provisionner les charges à venir et d'arbitrer en véritable connaissance de cause entre différentes options techniques. Dans le cas des projets de maîtrise d'ouvrage publique, une mission complémentaire d'analyse du coût global est de plus en plus fréquemment demandée à la maîtrise d'œuvre. Il convient de s'en réjouir tout en s'interrogeant sur son sens, si maîtriser le coût d'investissement reste l'ultime préoccupation du maître d'ouvrage et contractuellement de son maître d'œuvre.

 

La question de l'usage dans le temps

 

Le commissionnement nous vient des pays anglo-saxons et son intérêt est encore mal compris. Il s'agit d'assurer dès l'amont une interface entre la conception et une exploitation pérenne, de coordonner les échanges entre concepteurs, installateurs et exploitants, de garantir le parachèvement des réglages, puis de consolider l'exploitation du bâtiment et de ses installations techniques sur une période d'au moins 12 à 24 mois. Ceci dans leur fonctionnement global : comme un système intégré et non plus une juxtaposition de lots. Cette action dépasse donc largement la mission classique du BET fluides. Le commissionnement paraît absolument nécessaire pour toute installation un tant soit peu délicate à faire fonctionner.

L'engagement de performance énergétique s'attache au sujet central à toute approche de développement durable qu'est la consommation d'énergie. Pour que l'engagement soit effectué sur la base d'objectifs réalistes mais ambitieux, un long travail préparatoire est nécessaire : concevoir le fonctionnement climatique du bâtiment et sa cohérence avec les capacités d'entretien et maintenance et les pratiques des usagers : estimer les futures consommations en tenant compte de la variabilité irréductible de certains paramètres, réaliser des installations compatibles dans leur opération et leur régulation avec les objectifs, les mettre en route, les régler et en assurer le suivi. En ce sens, l'obtention de la performance énergétique désirée ne peut résulter que d'une démarche de fond englobant formellement ou non, les approches précédemment décrites de coût global et de commissionnement.

Faut-il en conclure que la question de la durabilité de l'ouvrage est simple à régler et qu'une réponse purement technique suffit ? Non, car les outils brièvement présentés ci-dessus ont l'immense avantage de traiter du réel mais leur utilisation ne peut être efficace que si le projet est façonné par une véritable prise en compte en amont des questions d'usage dans le temps. C'est tout d'abord au maître d'ouvrage, assisté de son programmiste et de ses conseillers de faire l'effort de penser cette continuité entre projet et fonctionnement. Ceci dans la programmation comme la contractualisation du travail de maîtrise d'œuvre. C'est ensuite à cette maîtrise d'œuvre, architecte en tête, que revient la tâche de mettre en pratique une approche globale qui interpelle chaque phase du projet. Plus révolutionnaire qu'il n'y paraît à première vue, cela ouvre de véritables opportunités à tous les métiers de la conception et nous renvoie à notre ambiguïté initiale : durable certes mais soutenable?

 

** Commissionnement : en pratique il s'agit d'organiser puis de réaliser des campagnes d'essais et de mesures avec une mise en situation aussi réelle que possible. Le bâtiment est compris comme un ensemble systémique et non la juxtaposition d'éléments techniques indépendants.

 

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