DOSSIER

"Pour une MOP 2.0", par Thierry Nabères, architecte

Thierry Nabères, architecte

 

 

 

Le concours d’architecture est bien sûr un processus irremplaçable, exceptionnel en ce qu’il contient une dose de démocratie qui n’existe dans aucun des autres actes d’achat de la commande publique.

Si Bercy s’acharne à faire disparaître le concours c’est bien – au mieux - pour reprendre le pouvoir complet sur l’achat public, et - au pire – et à leur corps défendant - pour permettre aux décideurs de disposer de plus d’autonomie dans le choix de leur Maîtrise d’Œuvre.

Comment pourrait-on s’étonner de ces velléités de cantonnement et de réduction du concours, de la part de ceux qui rédigent les ordonnances et décrets de la commande publique, puisque c’est le seul processus qui échappe un tant soit peu à la volonté sans fin de « rationalisation » de l’achat public ?

Or, en la circonstance, la construction du paysage de nos villes et de nos territoires ne peut être un acte qui ne soit que rationnel, un achat public parmi d’autre. Et c’est là que le bât blesse notre administration ; le jury est souverain, dans cette mesure il est humain, il est –un peu – démocratique, et à ce titre il a cette liberté unique de s’affranchir de justifications codifiées.

L’Administration a construit une fortification invraisemblable faite de critères, sous critères et pondérations sans fin dont nous vivons la plaie au quotidien : pour nous qui rédigeons les rapports d’appel d’offres, il faut dire les choses telles qu’elles sont : ces dispositifs sont inefficaces et incapables de répondre à la question de base : choisir la meilleure offre c’est choisir le bon entrepreneur, à qui l’on pourra accorder sa confiance, avec un prix raisonnable, sur la base d’un devis cohérent. Le processus d’achat public nous a privés de ce bon sens, nous plongeant dans des rédactions kafkaïennes, rongées par la peur maladive du recours.

Gardons-nous donc de faire rentrer la commande d’espace et d’architecture dans cette logique mortifère, en marginalisant encore plus le concours… !!!

Ceci étant fait, en réalité, notre véritable enjeu d’aujourd’hui ne devrait-il pas être plutôt de redonner à la commande publique d’architecture « classique », une efficacité et une organisation améliorées, en accord avec la réalité d’aujourd’hui et non celle de 1985 ou 1993 ?

Ne peut-on comprendre que les Maîtres d’Ouvrage soient exténués de devoir examiner plusieurs centaines de candidatures pour choisir un Maître d’œuvre, fatigués de l’enchaînement des phases de projets dont le sens leur échappe souvent, anxieux d’avoir à attendre des résultats d’appels d’offres imprévisibles pour lancer –vraiment – leur projet ?

Alors disons le franchement, pour y arriver une seule solution, avançons vers une réécriture du processus MOP (décrets arrêtés…), faisons preuve d’inventivité pour nous mettre « raccord » avec la réalité de nos pratiques, écoutons les plaintes et attentes de la Maîtrise d’Ouvrage. Ouvrir ce chantier serait le gage d’un véritable soutien apporté à la base réaffirmée de la commande publique qui est l’allotissement c’est l’ordonnance qui le dit !), les marchés globaux ne devant être – réalité maintenant incontournable - qu’une solution alternative et limitée.

 

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  • Le 28/09/2015 à 11h04

    Tout à fait... Dit moins pudiquement: à quoi bon des concours quand on sait que le jeu est de les truquer. Si c'est pour pouvoir présenter une façade de concurrence à quoi bon? A quoi bon faire faire des centaines de dossiers qui prennent des journées de travail, pour ceux qui doivent les faire et ceux qui doivent les examiner, et qui consomment des tonnes de papier au final. Vaut bien mieux un bon travail collaboratif avec un bon architecte qui a envie de bien faire parce qu'il a envie de continuer à travailler avec ses clients, qu'un travail avec une équipe du bout du monde et qui s'en fiche des préoccupations de ses clients et n'a pour autre but que de remplir son propre livre de références en omettant toutes les lacunes techniques et financières qui ont émaillé la réalisation de sa sacro sainte œuvre!

  • Le 25/09/2015 à 10h41

    La marginalisation du concours ? Une logique mortifère ? Pas tant que çà...... Regardons simplement les logiques des concours de la commande publique que nous avons vécues ces dernières années.Ces logiques ont mis en place ce que l'on peut appeler "Les nouveaux mandarins".Toujours les mêmes couchés sur le papier glacé des revues d'architecture et présents dans les antres des pouvoirs successifs de notre sociale démocratie.Les meilleures réponses projectuelles ont toujours été celles issues de la confiance existante entre le maître d'ouvrage et son architecte.

  • Le 25/09/2015 à 09h50

    Tilt: nous sortons de la rédaction du Rapport d'AO pour un projet de tribune couverte de stade en lots séparés et il nous a fallu reprendre 8 fois sa rédaction pour des questions de vocabulaire ( non-conforme irrégulier...)et de notation (pas de note décimale). Kafkaïen avez-vous dit ? Charabia administratif en langage technocratique, supprimant toute appréciation humaine...

  • Le 24/09/2015 à 19h10

    Bonjour, Ne vous trompez pas de combat. Les modes d'attribution des marchés de travaux et les rapports "inefficaces et incapables..." que le code des marchés publics impose aux Maîtres d'Ouvrages, n'ont rien à voir avec la MOP. Cette loi est un atout formidable pour les architectes. Elle est une chance inouïe et nous permet d’exercer nos métiers en toute indépendance. Elle possède une dose importante d’aspects négociables qui lui permet d'être toujours aussi moderne, et nous permet d'adapter nos missions aux nouveaux besoins de la maitrise d’ouvrage : mission environnementales, missions d’EXE (comme dans de nombreux pays), ACT complexes, DET approfondis qui inclus OPC et Synthèse, BIM manager par exemple. Nous devons exiger plus de responsabilité sur nos opérations et être à la hauteur de celle-ci : en faisant évoluer nos modes de pratique, en nous regroupant par exemple. Tout cela, la loi MOP le permet. Mais ne supprimons pas cette loi qui est un rempart formidable pour notre pratique. Il y a bien plus à y perdre qu’à y gagner. Nous avons besoin d’un retour de la commande publique, disparue avec la réduction massive des investissements publics. Mais est-ce bien la bonne stratégie pour faire des économies? Ne nous trompons pas de combat.

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