Raj Rewal en conversation - Livre

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Dans les archives d'AMC: Raj Rewal, en quête d'une modernité contemporaine

Bien que Raj Rewal, figure du modernisme indien, soit considéré comme l'un des acteurs majeurs de la scène architecturale de l'Asie du Sud-Est, son œuvre demeure largement méconnue tant elle est abondante et protéiforme.

A l'heure où la tendance de « la plus grande démocratie du monde » est d'exacerber un nationalisme sectaire au point de s'attaquer au patrimoine récent véhiculant les valeurs de l'Inde moderne et laïque de Nehru, plonger dans l'univers de Raj Rewal paraît salutaire. Lui-même, en 2017, ayant subi « l'outrage » d'assister à la destruction de l'un de ses bâtiments iconiques, le Hall des Nations, construit entre 1969 et 1972 dans le parc des expositions Pragati Maidan de New Delhi pour célébrer l'indépendance du pays. Car, ce qui fascine lorsqu'on aborde sa production, c'est de constater à quel point elle témoigne d'un remarquable esprit d'ouverture, d'ailleurs indissociable de la profonde tradition intellectuelle de l'Inde pluraliste. Que ce soit dans les processus de construction qu'il met en œuvre ou sa vision urbaine, il excelle à réinterpréter l'architecture traditionnelle tout en s'en démarquant.

 

Son originalité première est sans doute d'avoir tracé une voie en dehors du modernisme à l'occidentale - contrairement à son compatriote Prix Pritzker 2018, Balkrishna Doshi, qui resta longtemps sous l'emprise corbuséenne. Né en 1934, il a fait une partie de ses armes en Europe, notamment en France auprès de l'architecte Michel Ecochard, mais n'a jamais cessé depuis son retour à Delhi où il établit son agence en 1961, de prôner une ligne architecturale contemporaine et indienne.

 

Equipements ou infrastructures publiques, programmes d'habitation et d'éducation, instituts de recherche, mémoriaux : ses réalisations, pour la plupart liées à la modernisation engagée par Nehru, témoignent d'une réflexion conceptuelle intégrant autant les contraintes climatiques que les ressources matérielles locales. Tirant avantage de la faible industrialisation, il saura privilégier le béton mis en œuvre manuellement ou la réintroduction de la pierre de parement qui qualifie la quasi-totalité de ses constructions. Mais pour bien comprendre les enjeux de cette œuvre, il faut d'abord pouvoir se saisir de ceux qui irriguent le ferment historique, religieux et social du sous-continent, ô combien complexes, et qui, vus d'Europe, ne sont pas toujours évidents à discerner. A ce titre, le grand mérite de cet ouvrage tient dans sa capacité à guider le lecteur sans jamais le perdre, en lui donnant des clés de compréhension tout au long d'un parcours qui s'avère celui d'une promenade architecturale, en compagnie de Raj Rewal lui-même. Car l'autrice, l'historienne de l'art franco-indienne Sandrine Gill, le connaît de longue date, et c'est à travers une série d'entretiens remarquablement conduits qu'elle réussit à en rendre compte de façon très vivante. Elle est allée sur place, a visité tous les bâtiments qu'elle évoque avec lui et, surtout, en contrepoint des conversations retranscrites, elle revient sur des jalons constitutifs de l'architecture indienne, toutes religions confondues. Qu'il s'agisse des stupas bouddhiques, de la forteresse de Jaisalmer au Rajasthan, du complexe moghol de Fahepur Sikri ou des temples hindous de Madurai, ces éclairages sont plus que des arrière-plans bienvenus, ils participent à décoder la pensée de Rewal. Dès les années 1960, ce dernier est aux avant-postes de ce qui deviendra le régionalisme critique : il n'adopte pas de classification historique, n'oppose pas innovation et tradition, s'attache davantage à reformuler le passé architectural du sous-continent dont l'hétérogénéité constitue, selon lui, la première des richesses. On ne se lasse pas d'écouter ce grand bâtisseur, de louer son humanisme et son éthique de la transformation. Des paroles sages qui montrent qu'il est encore possible de se soustraire à l'homogénéisation induite par la globalisation.

  • RAJ REWAL, DE L'ARCHITECTURE AU PAYSAGE CULTUREL, Sandrine Gill, préface d'Aurélien Lemonier, photographies de Ferrante Feranti. Editions Parenthèse, 240 p., 29 €.

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