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Retour sur le concours pour le réaménagement du quartier des Halles, 2004

Retour sur le concours pour le réaménagement du quartier des Halles, 2004
© SEURA/GALFETTI - SEURA/GALFETTI - Concours pour le réaménagement du quartier des Halles, 2004, coupe transversale, phase 2

 

 

À l'occasion de l'inauguration, en avril 2016, de la Canopée des Halles (Paris Ier arr.) réalisée par les architectes Patrick Berger et Jacques Anziutti, retour sur l'histoire du réaménagement urbain du Ventre de Paris. En mai 2004, AMC publiait une analyse croisée des résultats des première et deuxième phases de l'étude de définition menée par les quatre équipes internationales en lice pour le réaménagement du quartier des Halles: Seura/Galfetti, MVRDV, Atelier Jean Nouvel et OMA. Le concours sera finalement remporté par Seura/Galfetti.

 

 

AMC n°143 - Mai 2004 - Le projet de réaménagement des Halles remet à l’ordre du jour la question de la modernité à Paris. Une question évitée dans la capitale justement depuis le traumatisme causé par le trou des Halles, il y a plus de vingt ans… Alors qu’aucune décision n’est entérinée sur le choix d’un des quatre projets sélectionnés pour le réaménagement du quartier (équipes AJN, MVRDV, OMA, SEURA), il nous a semblé indispensable de resituer les propositions des équipes dans le contexte ouvert de l’étude de définition dans laquelle ils s’inscrivent et de présenter sur un même plan la phase antérieure à celle exposée au public depuis le 8 avril dernier au Forum des Halles (jusqu’au mois de juin prochain). Une première phase qu’il est impératif d’examiner tant pour mesurer l’ampleur et la complexité de cette étude, valider des potentiels que pour comprendre les réponses de la phase 2 qui vient d’être livrée. Le projet désigné en juin prochain (après concertation avec les habitants, voyageurs, associations, sem…) par la Commission d’Appel d’Offres de la Ville de Paris sera dans tous les cas de figure amené à évoluer.

 

Que risquer de faire ?

Que faire en effet dans un lieu qui fonctionne très bien, au-delà de tout jugement? Un succès incontestable que le seul positionnement en centre-ville et la seule convergence avec sa banlieue ne suffisent à expliquer. Aussi dissymétrique, bancal et saturé soit-il, il amuse, il attire, n’en déplaise aux riverains qui ne se reconnaissent pas dans sa population. Il fonctionne malgré ses zones désertées, surexploitées, sous-dimensionnées, le vieillissement prématuré des pavillons de Willerval des années 80, l’obscurité insupportable de son centre commercial, l’illisibilité des accès aux équipements publics et culturels, les échanges de flux très contraints, une salle d’échange souterraine très complexe avec un couloir de 500 m entre les Halles et Châtelet. Le site semble tenir sa force de ses contradictions. Comment réussir alors à greffer une politique laissant en place la force urbaine existante, sur quel mode de rupture intégrée?

 

Les Halles représentent la plus grosse opération souterraine de France, zone de 15 ha et 4 niveaux en sous-sol, 65000 m2 de commerces, 8000 locaux commerciaux, 41 millions de clients/an, des équipements publics, dont une piscine, la plus fréquentée de Paris, et un jardin de 4 hectares. Un site dont le rendement au m2 est le plus fort de France et qui représente le plus important pôle de transit de la RATP avec ses 800000 voyageurs/jour. Les architectes en lice doivent, de fait, répondre aux multitudes de contraintes parfois contradictoires qui découlent du cahier des charges: maintenir les activités de commerce et de transport pendant le chantier (l’un des plus gros obstacles), gérer les problèmes de livraison, des flux transports et commerces, inventer des continuités nouvelles en sous-faces et surfaces, fluidifier la circulation piétonne dans les rues, les espaces commerciaux, la salle d’échange, ouvrir le Forum à la lumière naturelle, redessiner un jardin, réaménager les stations RER et métro, réorganiser les surfaces commerciales, les équipements publics et culturels et ce, dans un délai très court car le maire de Paris Bertrand Delanoë prévoit l’achèvement de la première phase en 2007. L’un des enjeux les plus fins étant de trouver la manière de répartir les flux entrants et sortants au travers des commerces et des transports, tout en gérant la sécurité de ces lieux (grosse lacune aujourd’hui), et parallèlement régler un problème de vie de quartier de 7000 habitants qui se sentent coupés de la vie souterraine. Des problématiques qui appellent la question sous-jacente de l’écart, de son existence ou non: écart entre sous-sol et surface, entre flux transports et commerces, dispersion et concentration, entre voitures et piétons, entre centre-ville et banlieue, -entre jardin et commerces.

 

L'évolution des quatre propositions

L’équipe Seura/Galfetti considère le jardin comme un lieu public conquis sur la ville dense. Elle a proposé en phase 1 de recomposer et d’étendre ce jardin sur la rue Pierre-Lescot et de démolir l’îlot Berger qui accueillerait une partie des équipements, activités et commerces. Ainsi, à la place des bâtiments des années 70 recevant Novotel, Citadines, bureaux et logements pourrait se développer un bâtiment emblématique, dans une situation stratégique face au jardin et à la place des innocents, un édifice à mettre en relation avec l’église Saint-Eustache, la Bourse et Beaubourg. Ils proposent aussi de construire un jardin qui soit le plus grand possible, symbole de leur conquête.

 

SEURA/GALFETTI - Concours pour le réaménagement du quartier des Halles, 2004, un nouveau bâtiment sur l'îlot Berger, phase 1

 

 

Selon l’agence MVRDV, les Halles représentent pour une très grande partie de la population la porte d’entrée dans Paris. Leur première proposition mise tout sur les espaces de transport et d’échange de flux, qui constituent, selon eux, les moteurs des autres espaces publics et commerciaux. "Le développement de la gare est crucial pour le développement du site." Ils travaillent à la réalisation d’une "grande gare", cathédrale souterraine de 20 mètres de haut, confortable et lumineuse à laquelle se connectent les stations de métro existantes du pôle Châtelet-Les Halles et où pourraient, à terme, arriver les grandes lignes de train. Ils ouvrent l’espace de la gare de bas en haut, du niveau de la plateforme d’échange à celui de la place basse, apportant lumière naturelle et percements. La refonte des espaces souterrains s’accompagne d’un développement en superstructure par des bâtiments émergents qui encadrent un jardin "aérien" composé d’arbres insérés dans de grands mats partant du sous-sol.

 

 

       MVRDV - Concours pour le réaménagement du quartier des Halles, 2004, plan de la grande gare, phase 1

 

 

À la différence de ces deux équipes, AJN travaille sur des conditions de projets. Les premières réflexions s’orientent vers la question de la réhabilitation du quartier, celle des voiries publiques, des trémies consommatrices d’espaces publics, et de l’environnement. À chaque problème soulevé correspond une réponse sans recherche de figure dominante. "Avoir une attitude Meccano pour créer progressivement des lieux de rencontre – de nouveaux enchaînements sans traumatisme, par accumulation, et assurer la mutation du parc existant en véritable jardin". La relation entre le futur jardin et le commerce est claire: à la différence d’OMA qui dessine un jardin mêlant les activités commerciales, AJN dissocie les deux entités. Par contre, il n’est pas question de séparer les flux commerces/transports mais de développer une mise en réseau du quartier par sa piétonisation, ses liaisons vertes, la valorisation de son patrimoine. Très vite, naît l’idée d’augmenter le territoire… être le plus vide et le plus dense. Très tard, le projet émerge en surface. Concernant le sous-sol, la réflexion porte sur la connexion du pôle Châtelet/ Rivoli /les Halles, l’extension de la salle d’échange et de son nombre de sorties, les équipements aux niveaux -1 et -2, les commerces au niveau -3, la suppression de la grande boucle de la voirie souterraine, la création d’une grande station d’accès rue de Rivoli ouverte sur les halles, l’ouverture au ciel de la ligne 4…

 

 

AJN - Concours pour le réaménagement du quartier des Halles, 2004, phase 1

 

 

L’équipe d’OMA, quant à elle, considère que les Halles occupent une place décisive dans l’histoire de la modernité française. "Avec leur édification s’est produit un changement radical: la confiance enthousiaste en la modernité s’est muée en une méfiance fondamentale […] Mais malgré tout, la partie souterraine des Halles a su profiter du contexte schizophrène." Et c’est bien la conjonction – en cet endroit – des stations de métro et de RER qui constitue le moteur du site. Le centre commercial peut en effet puiser parmi les 800000 voyageurs/jour. Suivant des préoccupations qui rencontrent celles d’AJN en ce qu’elles cherchent à faire disparaître les notions de dessus et dessous, la recherche d’OMA concernant la partie souterraine a d’abord visé à examiner des moyens de renforcer les itinéraires d’accès, tout en considérant les possibilités d’agrandissement des boutiques. Ils proposent de renforcer – tout en les combinant – la circulation et l’orientation. Pour cela, ils opèrent là où les principaux itinéraires des étages se rejoignent, une coupe transversale dans les sols – amorçant l’idée de la grande faille explicitée en phase 2 – et concentrent le transport vertical précisément en ce point central. Et si ces modifications souterraines s’appuient le plus possible sur la structure existante, OMA préconise par contre la nécessité d’une approche beaucoup plus radicale en surface, estimant "qu’il faut appliquer à cette zone une stratégie de la table rase pour lui ouvrir des possibilités nouvelles et en finir avec le traumatisme du quartier des Halles", libérant un grand espace pouvant amorcer une nouvelle interprétation de la "modernité verte" qui réunit les intérêts apparemment contradictoires de la ville et de la nature. Rien n’est alors figé en surface. Il s’agit pour OMA de donner à lire avant tout que ce territoire peut-être une éponge, et passer du stade de contenu au stade de contenant.

 

 

OMA REM KOOLHAAS - Concours pour le réaménagement du quartier des Halles, 2004, phase 1

 

 

Une phase décisionnelle

La deuxième phase – présentée par les architectes le 7 avril dernier – a été l’occasion de fixer certaines décisions et de faire un choix sur le niveau de définition des projets, choix délicat vu que tout projet sera amené à évoluer. Même si des principes fondamentaux persistent comme la manière additive de faire la ville, certaines idées sur la dilatation de l’espace construit, son informalité, sa non-émergence, disparaissent dans la deuxième phase présentée par AJN qui passe à une phase de concentration. Demeurent la volonté de la continuité historique avec les événements urbains parisiens, la nécessité de construire un quartier avec des micro-projets. Le bâtiment du carreau des Halles (d’une hauteur de 27 m) situé à l’emplacement des pavillons, est ouvert vers le cœur du Forum, et couvert par un toit-jardin. Il se veut le lieu d’expression de tous les Parisiens, caractérisé par sa sous-face en miroirs gris, réfléchissant l’animation urbaine et le végétal. Le projet avance une constructibilité nouvelle de 62000 m² en superstructure, proposition la plus dense. Du point de vue du quartier, il prévoit – entre autres – la construction de deux bâtiments le long de la rue Berger accueillant des "champs à louer", les bureaux de la Chambre de commerce et d’industrie ainsi que des commerces; un bâtiment construit au débouché de la rue du Jour; le conservatoire du centre, relogé dans une tour en bois près de Saint-Eustache; un immeuble placard sur la façade de la centrale thermique rue Turbigo où sont logés la bibliothèque et quelques commerces.

 

Le jardin des Halles se voit décomposé en trois niveaux. Un premier, au niveau du sol avec alignements d’arbres dégageant une perspective centrale. Un deuxième, en balcon le long de la rue Berger. Et enfin, un troisième, sur le toit du carreau où se trouve également une piscine. La surface totale des espaces verts est de 66800 m2. Pour AJN, il s’agit avant tout de faire un quartier et de le faire dans un esprit explicite de continuité historique: "Fabriquer du Paris".

 

 

AJN - Concours pour le réaménagement du quartier des Halles, 2004, coupe longitudinale, coupe 2

 

 

Sans renoncer complètement à son projet de gare, l’agence MVRDV veut ouvrir le site pour que ville et lumière pénètrent dans le sous-sol. Les architectes proposent la création d’un socle à R+1, dont le plancher de verre accueille un jardin qui permet d’accéder aux niveaux actuels du centre commercial. Sur ce "vitrail", le jardin composé de multiples espaces (pelouse, skate park, orangerie…) se développe à 4 m de hauteur, sur une surface de 55000 m2. On y accède par des escaliers et ascenseurs depuis le Forum, par des rampes en pente douce et des escaliers depuis le quartier. Dans l’épaisseur de ce socle, se juxtaposent commerces et équipements. La constructibilité totale de ce niveau créé est de 40500 m2. Dans les niveaux inférieurs, les circulations s’opèrent par des passerelles. Dernière strate où descend la lumière naturelle, la gare RER possède un accès unique mais élargi depuis la place Carrée, lequel conduit à la salle d’échange. Les circulations sont repensées à la manière d’une gare ferroviaire, d’autres sont créées au niveau -6 (c’est le seul projet qui propose de creuser un niveau) pour les usagers en correspondances RER afin d’améliorer la fluidité des cheminements vers le pôle métro.

 

 

MVRDV - Concours pour le réaménagement du quartier des Halles, 2004, coupe transversale, phase 2

 

 

L’équipe d’OMA clarifie certains principes concernant les émergences et les failles, cherchant à réconcilier la strate de la surface et du sous-sol tentant par là même de réconcilier Paris avec sa banlieue. Trois tranchées de différentes profondeurs améliorent l’organisation des niveaux souterrains et une grande faille dont l’ouverture située à l’intersection des points de densité de chaque niveau rend lisible la position de la salle d’échange du RER et celle de la ligne 4 du métro. Trois strates sont mises en interaction: le jardin, les commerces et équipements, et les stations de métro et RER. Le jardin – emblème d’une modernité verte – joue un rôle médium entre les espaces souterrains et les bâtiments émergents, il est traité dans la continuité des rues et non pas comme un encadré. Il occupe 7 hectares formés de microterritoires thématiques cerclés. En surface, émergent 21 bâtiments de faible densité (moins de 20000 m²), posant le projet comme le moins dense des 4 équipes avec celui de SEURA. Ces totems colorés et translucides – élevés de 25 à 37 m – sont autant d’accès au Forum.

 

 

OMA REM KOOLHAAS - Concours pour le réaménagement du quartier des Halles, 2004, coupe transversale, phase 2

 

 

Pour cette deuxième phase, l’agence SEURA, désolidarisée de Galfetti, propose la construction à l’est du Forum, d’un carreau des Halles composé de deux bâtiments latéraux d’un niveau accueillant commerces et équipements publics, soit 19000 m2 au total. Ces édifices sont couverts d’un immense toit percé de 146 m x 146 m à 9 mètres au-dessus du sol. Le bâtiment est traversé en son centre par une grande circulation publique permettant de descendre dans les niveaux inférieurs du Forum. En sous-sol, la continuité de l’axe est/ouest permet de créer un accès monumental vers la place basse, ouverte sur toute la hauteur. En surface, le quartier est maillé au réseau viaire parisien. Un axe est-ouest lance une grande promenade de la Bourse jusqu’au Forum avec un cours de 22 mètres qui aboutit sous le carreau. Le jardin des Halles, quant à lui est organisé en 3 ensembles occupant 54000 m2, que représentent les pelouses au nord, le cours au centre, les jardins thématiques au sud le long de la rue Berger.

 

Et s’il est une qualité incontestable de l’aménagement des années 70 – qui permet ces 4 propositions plus de 20 ans après – c’est bien ce vide. Ce vide en cœur de densité.

 

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