Sous le béton, le bois. Mixité constructive pour 23 logements à Paris, par JKLN

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Autoportante, la façade minérale décline un assemblage d'éléments architectoniques en béton préfabriqué.

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Cet immeuble de logements intermédiaires conçu par l'agence JKLN et sis dans l'opération urbaine du boulevard Vincent-Auriol s'inscrit dans une logique de préfabrication tirant parti de la complémentarité du bois et du béton. Il réactualise un mode constructif mixte, qui devient générateur du projet.

Combinant 135 logements sociaux et intermédiaires avec une école maternelle, le 90 boulevard Vincent-Auriol compte parmi les îlots récents les plus remarquables de la capitale. L'opération a été conduite sous le signe de la concertation avec les riverains et nourrie du dialogue entre les maîtres d'œuvre*. Situés en bord de parcelle, les trois bâtiments d'habitation affichent une rare unité, par-delà les ruptures d'échelle et la diversité de leur écriture, pensée comme une source de richesse. Le plus modeste d'entre eux, conçu par l'agence JKLN, se distingue par sa teinte chaude et ses garde-corps ajourés, qui animent l'ordonnancement rigoureux des

façades, empreintes d'un modernisme revisité. Donnant sur la rue Jenner, il est le seul à être implanté dans la continuité d'un bâtiment mitoyen, dont il reprend le gabarit tout en faisant le lien avec les autres. Usant de subtils décrochements pour retrouver l'alignement sur le boulevard, il réussit à composer avec des perspectives multiples, malgré une situation enclose.

 

Une structure bois sous une enveloppe de béton

Si la façade épaisse révèle un savant travail sur la déclinaison des baies et des espaces extérieurs, sa minéralité ne laisse pas deviner que l'édifice, à l'exception du rez-de-chaussée en béton, est mis en œuvre avec une structure bois. « Je me suis interrogée sur la manière de travailler le bois et le béton en les rendant complémentaires, car chacun est doté de qualités propres, explique l'architecte Jasmine Kenniche-Le Nouënne. J'ai choisi le bois pour son potentiel structurel adapté à la taille du bâtiment, ainsi que pour son aspect à l'intérieur des logements. Quant au béton, il m'a semblé plus approprié au contexte urbain. » De fait, ce mode constructif est loin d'être inédit dans l'histoire de l'architecture parisienne, où les immeubles avec une structure bois sont légion. Autoportante, l'enveloppe de béton en éléments préfabriqués est ici fixée à la charpente bois, dont la trame structurelle est définie par l'écartement des refends correspondant à deux types d'espaces, ceux de vie et les chambres. Entre les travées, les planchers, également en bois, concentrent tous les réseaux dans leur épaisseur. « Dès le chantier, les trames des habitations étaient visibles », précise l'architecte. Une manière de souligner qu'avec ce mode constructif, la structure et le plan sont indissociables, ne faisant qu'un pour définir les dimensions des pièces. En partie apparent à l'intérieur avec des sous-faces laissées brutes, le bois produit de la spatialité à travers l'exposition de sa vérité constructive. Le matériau fabrique une atmosphère qui concourt à activer l'habitabilité des logements. Sa présence se découvre dès que l'on pénètre le grand hall traversant, de même que ce dernier dévoile une hauteur préfigurant la chaleur et la générosité des niveaux supérieurs. Car dans ce bâtiment, entre le dehors et le dedans, s'opère un jeu de contraste, qui déjoue la compacité d'étage et la dynamise de l'intérieur. Du T1 au T5, les appartements se caractérisent par l'absence de couloir, une distribution jour/ nuit non systématique, mais une chambre toujours reliée au séjour. Largement vitrés, ils bénéficient d'une double, voire d'une triple orientation quand ils sont en angle et, côté jardin, en attique, de terrasses plantées accessibles. Traitées en creux, les loggias prolongent l'espace intérieur vers l'extérieur, préservant l'intimité grâce au moucharabieh qui filtre la lumière ; un effet qu'accentuent les menuiseries toute hauteur à quatre vantaux. En définitive, la perméabilité des plans, la volonté de capter le paysage urbain tout en s'en préservant, ainsi que le bois mis en scène fabriquent une domesticité plus proche de celle d'une maison que de celle d'un appartement classique. A l'heure du tout-bois brandi comme un étendard écologique - souvent plus communicationnel que sensé du point de vue du contexte, de la pérennité et de l'économie -, ce projet hybride s'impose comme une réponse cohérente aux enjeux environnementaux et urbains d'une ville comme Paris. Il s'y insère avec une élégance qui brille par son évidence constructive, ancrée dans le passé et tournée vers le futur.

 

* Les agences Sophie Delhay (coordinatrice) et Abinal & Ropars pour les deux autres immeubles de logements, LA architectures pour l'école.

 

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  • Lieu : Paris XIIIe
  • Maîtrise d’ouvrage : Paris Habitat
  • Maîtrise d'oeuvre : JKLN Architecte ; EVP, BET structure ; Louis Choulet, BET fluides environnemental ; Michel Forgue, économiste ; ECKEA Acoustique
  • Programme : 23 logements PLI
  • Surface : 1 714 m2 SP
  • Calendrier : 2016-2021
  • Coût : 3,9 M€ HT
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