Un défi pour l'habitat à bas coût : loger et réinsérer les plus démunis

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© FLC / Cyrille Weiner - PHOTO - 052_Image54961.jpg

La Cité-Refuge, à Paris 13e (1933), Le Corbusier architecte

Comment faire face à la précarité et à la pénurie de logements à bas prix ? La réponse à cette question renvoie d'abord à la loi Besson de mai 1990, texte refondateur dont l'article 1erest explicite : « Toute personne ou famille éprouvant des difficultés particulières en raison de l'inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d'existence, a droit à une aide de la collectivité (...) pour accéder à un logement décent ou indépendant, ou s'y maintenir. » On lui doit la création, quatre ans plus tard, de la « résidence sociale », logement-foyer destiné à ceux qui ne peuvent accéder au logement locatif social ordinaire. Et contrairement à ce dernier, maîtrise d'ouvrage et gestion de cet outil d'insertion ne sont pas forcément assurés par les mêmes organismes, d'où le qualificatif de « logement accompagné ».

Peu après après sa naissance, la résidence sociale a bénéficié du Plan de traitement des foyers de travailleurs migrants (FTM) engagé par l'État. Sur les 690 foyers répertoriés, près de 60 % sont aujourd'hui traités et 9 %, démolis ou réaffectés. Cette transformation s'est traduit par la création de 64 000 logements,T1 et T2.

La seconde jeunesse des foyers

Dans la France d'après-guerre, l'État planificateur a bâti du « volume » en béton à faible loyer, à destination des travailleurs migrants célibataires. Au milieu des années 1990, certains de ces foyers étaient en proie à la sur-occupation et au communautarisme tandis que nombre de travailleurs migrants avaient vieilli sans repartir dans leur pays d'origine et allaient être confrontés aux risques de dépendance. La population de ces foyers s'était également diversifiée avec l'arrivée de Français en quête d'un logement temporaire. Dans ce contexte, quelle mixité favoriser à terme ? En 1996, le constat alarmant du rapport du député (RPR) Henri Cuq, « La situation et le devenir des foyers », a déclenché un changement de politique. Avec la « banalisation du logement » et la « généralisation du droit commun » comme mots d'ordre,les pouvoirs publics ont programmé la transformation progressive en « résidences sociales » de ce parc de foyers construit durant les Trente Glorieuses. À l'époque, une barre de R + 4 à structure poteaux-poutres comptait des 6-pièces dont les chambres étaient divisées en deux pour obtenir des minicellules de 4,5 m2. L'idée était de pouvoir retrouver un immeuble de logements familiaux à la fermeture du foyer. Au tournant des années 1970, devant l'importance du flux migratoire, les pouvoirs publics ont développé le programme du « foyer-hôtel » dont les unités de vie et les chambres sont plus grandes. Réalisés à partir d'une structure à refends porteurs, ces gros bâtiments, barres et tours pour l'essentiel, ont présenté des capacités d'accueil dépassant les 300 chambres pour certains d'entre eux.

Les années 1980 ont marqué l'ère de la réhabilitation et du décloisonnement en conservant le principe des unités de vie. En 1997 est lancé le Plan de traitement des FTM avec ses restructurations lourdes et ses opérations de démolition-reconstruction, qui ont représenté un budget de 1,8 milliard d'euros. Dans son rapport de 2014, la Cour des comptes multiplie par deux ce chiffre pour évaluer ce qui reste à traiter. Le fait de passer de simples chambres à des studios individuels ne permet pas de reloger l'effectif complet d'un foyer, suppose de créer un programme complémentaire dont l'équilibre financier n'est assuré qu'à partir d'une centaine de logements. Or, le Plan de traitement des FTM vise désormais des foyers plus peuplés - voire surpeuplés - dans des zones tendues du marché immobilier, ce qui privilégie les opérations de démolition-reconstruction. Malgré la hausse des coûts qui s'en suit, la volonté de rompre avec une logique de logement spécifique pour les populations immigrées ne faiblit pas. L'amélioration de leurs conditions de vie passe par une intervention sur le bâti, mais aussi un accompagnement social adapté dans un cadre plus mixte. Une autre difficulté est liée au relogement des « suroccupants » des foyers, du moins ceux qui sont « en règle ». Cela demande l'aide des collectivités locales alors que la plupart d'entre elles s'intéressent encore peu aux foyers qui ont été imposés sur leur territoire avant la décentralisation.

Avec l'augmentation des publics en situation de précarité, le Plan de traitement des FTM vise aussi à redessiner les frontières entre espaces privatifs et espaces collectifs. Certaines pratiques jusqu'alors tolérées, comme les cuisines et les salles de prière, sont remises en cause. La loi du 25 mars 2009 rappelle pourtant que le « logement-foyer » - avec lequel la résidence sociale se confond progressivement -comporte à la fois des locaux privatifs, meublés ou non, et des locaux affectés à la vie collective.

La partition des espaces communs

Concernant les espaces communs, les gestionnaires adoptent des attitudes pragmatiques. Pour maintenir une cuisine collective qui fournit plusieurs centaines de repas par jour - mais illégale -, le gestionnaire met en place un travail complexe de légalisation sous la forme d'un chantier d'insertion. L'espace commun et mutualisé entre plusieurs résidences sociales relativement proches, comme dans le 19e arrondissement de Paris où la fermeture de deux cuisines illégales donne lieu à l'ouverture d'un restaurant associatif dans la future résidence Lorraine, opération de restructuration lourde de foyer (Périphériques, architecte ; Coallia, maître d'ouvrage et gestionnaire). Chaque programme prévoit une salle polyvalente, voire une terrasse, mais les populations étant diversifiées, l'attention des gestionnaires porte davantage sur la sécurité et les économies possibles que sur la recherche de convivialité.

On a vu pourtant, ces dernières années, des résidences étudiantes intégrer avec un relatif succès des espaces communs, même si leurs gestionnaires mettent aujourd'hui l'accent sur la colocation. C'est encore plus net à l'étranger. À Aalborg, au Danemark, une résidence pour jeunes à vocation sociale tire parti de l'austérité d'une friche industrielle pour mettre l'accent sur les espaces collectifs (lire page 57).

Pour répondre à l'idée de logement autonome, le principe des unités de vie des FTM a donc été abandonné mais dans certaines résidences, il est maintenu dans une faible proportion. La démolition-reconstruction à Bobigny d'un foyer en site occupé offre un programme de studios qui intègre quatre unités de vie pour ceux qui ne s'habitueraient pas à une vie à huis-clos (lire page 56). Pour répondre à la loi Alur, une feuille de route récente du gouvernement va dans ce sens et stipule la nécessité de développer la médiation sociale et d'organiser un comité de résidents en ces lieux. Pour répondre aux attentes de leurs occupants, on note aussi une attention plus soutenue à la qualité du mobilier des logements ; des designers sont sollicités, des concours ouverts : l'équipement en mobilier des logements des travailleurs migrants âgés est ainsi l'un des trois thèmes de l'appel à projets que vient de lancer le ministère de l'Intérieur (CILPI) auprès des organismes gestionnaires de résidences sociales.*

Lutter contre l'exclusion

L'hébergement d'urgence pérenne est souvent l'antichambre du logement PLA-I (prêt locatif aidé d'intégration) dont relève la résidence sociale. Et le nombre de places qu'il offre est comparable avec le parc de celle-ci à l'échelle nationale. Parmi les dispositifs d'aide aux SDF, les centres d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) ont une mission de soutien et d'accompagnement social approfondie des personnes en situation de grande exclusion. À Lille, lun d'entre eux va ouvrir en plein cœur de la ville avec un format adapté pour ne pas déclencher de rejet dans le voisinage (lire page 54). Le centre communal d'action sociale (CCAS) de Besançon vient d'emménager quant à lui dans un cadre périurbain encore peu dense mais où une vie de quartier s'annonce d'ores et déjà. Son pôle d'hébergement d'urgence s'articule dans un ensemble bipartite avec une résidence sociale (lire page 55). Cette façon de mutualiser une équipe médicosociale et de partager un socle d'espaces communs et d'ateliers fait gagner en efficacité et en économie. À Bobigny, la résidence sociale déjà citée répond de façon indirecte aux attentes des anciens travailleurs migrants avec l'Ehpad qui a été bâti à côté, sur le même terrain. Cette manière de répondre à une charge foncière élevée dans un quartier devenu central est aussi apparue comme un atout pour les nombreux résidents âgés, l'Ehpad pouvant les accueillir à terme via une démarche en tant qu'habitant de la commune.

Les phénomènes migratoires récents vont rebattre les cartes : l'hébergement d'urgence va devoir s'adapter à l'explosion possible des centres d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada). Ces derniers étant en attente de régularisation, les structures ad hoc dont ils bénéficient ne correspondent pas aux mêmes financements, ni ne mobilisent les mêmes intervenants que les résidences sociales. Elles devraient profiter au moins du Plan de traitement des FTM, comme cela a déjà été le cas. Il reste en effet des foyers-hôtels dont la transformation coûte cher. Il faudra sans doute attendre l'horizon 2020 pour que leurs chambres de 7 m2rejoignent le cercle des Cada alors que l'Union européenne doit déjà faire face à quelque 700 000 demandes d'asile.

* Les projets doivent répondre à trois axes thématiques : - accompagner, site par site, la mise en œuvre du plan de traitement des FTM ; - développer une gestion permettant de mieux répondre aux besoins des résidents ; - équiper les logements en mobilier destiné à des résidents âgés immigrés.
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