Simon Teyssou, architecte: "Une architecture décarbonée impose une approche renouvelée des processus constructifs"

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En France, l’application dès le 1er janvier 2022 de la RE2020 - d'abord dans le logement neuf, puis dans les bureaux et les équipements d'enseignement - représente, pour les architectes, un changement de paradigme. Si les principes bioclimatiques renvoient des fondamentaux vertueux, ils ne sauraient suffire. Comment penser une production architecturale élémentaire ancrée dans le local, mais également en phase avec les usages, les technologies contemporaines et les réalités sociétales du XXIe siècle ? Le point de vue de Simon Teyssou, architecte (Atelier du Rouget Simon Teyssou et associés).

 

Plus que la performance de l'enveloppe, souvent réduite à la résistance thermique des isolants, le confort devient un paramètre du projet, au même titre que le programme, les usages, la structure ou la matérialité. La thermique doit être pensée dans toutes ses dimensions : inertie et effusivité des matériaux, migration de la vapeur d'eau dans les parois, confort d'hiver et d'été, etc. Les contraintes réglementaires incitent à questionner la nature de la façade, qui, une fois épaissie, dédoublée ou dématérialisée pour résoudre des questions climatiques, devient prétexte à la création d'espaces intermédiaires, propice à de multiples usages, où s'exprime le plaisir d'habiter. Ce que nous nommons "la croûte", épaisse, autour de l'espace chauffé devient une interface riche de situations. Les façades des maisons de Glenn Murcutt, par exemple, se décomposent en une succession de filtres sophistiqués, manipulés par l'habitant, que l'architecte nomme feathering [plumage]. Des filtres qui permettent de se protéger des ardeurs du soleil ou de la sensation de paroi froide, mais aussi de cadrer les vues. Une architecture décarbonée, qui fait appel à des matériaux biosourcés et/ou locaux, nous impose une approche renouvelée des processus constructifs. S'ils exigent de notre part un investissement important du point de vue de la maîtrise des technologies, les modes de construction alternatifs offrent aussi de réelles opportunités de création. Autrefois associés à la culture vernaculaire, et plus récemment à des pratiques marginales d'autoconstructeurs, les matériaux biosourcés seront mis en œuvre à une échelle beaucoup plus vaste. Il est opportun, pour les architectes, d'aborder la spécificité de ces matières, tout en les confrontant à la culture historique, spatiale et constructive. De ce télescopage naîtront des expressions pour lesquelles la question des structures et de l'assemblage des matériaux sera essentielle. La qualité d'un projet s'évaluera de plus en plus à l'aune de ses détails. Par ailleurs, dans une perspective de réduction massive et rapide des émissions de CO2, la transformation du patrimoine bâti devient un enjeu majeur. Les problématiques sont multiples et diffèrent fortement selon l'âge de ce patrimoine. Si la question de la transformation de l'héritage construit a largement infusé dans nos écoles d'architecture, elle se concentre souvent sur le patrimoine ancien, et beaucoup moins sur celui du XXe siècle. Or, en France, les constructions des Trente glorieuses représentent une part prépondérante de cet héritage. Mal aimé, parfois abattu sans vergogne, transformé sans goût, l'héritage moderne mérite un regard plus attentif. Des capacités de reconnaissance plus pointues et cultivées sont nécessaires, hors de tout dogmatisme. Les transformations seront d'autant plus acceptées qu'elles sont adaptées au contexte culturel, social, économique et politique des milieux dans lesquelles elles s'inscrivent. Autrement dit, elles demandent à être intégrées dans les stratégies et les actions courantes de l'aménagement local. Se limiter aux seuls enjeux de préservation de l'héritage du passé serait une erreur. La quête actuelle d'une architecture alternative, s'affranchissant des effets dévastateurs du «supermodernisme», est souhaitable en tout lieu, dans les métropoles, les territoires périurbains, les villes moyennes et la ruralité. Elle s'incarne de différentes manières : par des recherches tectoniques plus que par des effets scénographiques extravagants ; par une appréhension tactile du lieu autant que visuelle ; par une grande attention aux singularités des milieux - ressources, économie et climat, topographie, spécificités historiques et culturelles ; ou encore par une réinterprétation de l'architecture vernaculaire évitant l'écueil des postures sentimentalistes. Car aujourd'hui la conscience de la finitude de notre monde ajoute un niveau de complexité : la prise en compte réelle de l'empreinte carbone des édifices doit être un mot d'ordre universel.

 

Simon Teyssou, architecte (Atelier du Rouget Simon Teyssou et associés)

 

 

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