A Rouen, le campus de Mont-Saint-Aignan promis à la démolition

Fin janvier 2020, un permis de démolir a été délivré par la Préfecture de Seine-Maritime, malgré l’avis défavorable de la municipalité de Mont-Saint-Aignan, pour l’un des premiers bâtiments du campus rouennais, le Bâtiment des sciences, édifié à partir de 1959 par l’architecte Pierre Noël et son associé André Guerrier. Au-delà de sa valeur culturelle, patrimoniale et mémorielle en matière d’enseignement supérieur, le campus de Mont-Saint-Aignan, ensemble emblématique des architectures des Trente Glorieuses, se démarque par la qualité de son dessin et de ses matériaux. La spectaculaire bibliothèque du site universitaire, réalisée par les mêmes auteurs, devrait aussi être détruite. A l’heure de la crise que traversent les universités et de la prise en compte des enjeux écologiques, la destruction coûteuse et énergivore de tels bâtiments paraît d’un autre temps et dépourvue de sens. Une pétition est en ligne pour stopper cette démolition.

La bibliothèque du campus de Saint-Aignan à Rouen, 1964-1969. Architectes Pierre Noël et André Guerrier. - © Photo-J.Luquet.1965. Cre?dits-Fonds FennyNoe?lParle?ani.Coll.part.
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Parmi les campus universitaires, celui de Mont-Saint-Aignan, près de Rouen, est comparable à bien des égards aux grands campus de l’Hexagone, de Rennes-Villejean, en passant par Toulouse-Le Mirail, Grenoble, Strasbourg, sans oublier les campus d’Ile-de-France. Adossé à la ville de Rouen, ce campus des Trente Glorieuses a permis à celle-ci de conforter sa vocation universitaire dans les années 1950. Projet ambitieux mené durant le baby-boom, il constitue non seulement une «ville dans la ville» mais aussi un tournant majeur pour la dynamique d’enseignement à l’échelle territoriale et régionale. Les architectes en charge du campus sont placés sous la direction des architectes René-André Coulon (1908-1977) et François Herr (1909-1995), aptes à la composition d’un site majeur pour former un vaste ensemble cohérent sur le plan urbain, architectural et paysager.

Le remarquable bâtiment des sciences

L’édifice actuellement menacé, jadis appelé «Ecole des Sciences», constitue l’une des parties prestigieuses du campus. Edifié à partir de 1959 par l’architecte Pierre Noël et son associé André Guerrier, il comporte un vaste hall des pas-perdus et abrite dans ses quatre étages les différentes disciplines scientifiques, étroitement reliées entre elles par un système de triple escalier. La structure en béton armé est composée d’un portique central, et de puissantes poutres concaves en porte-à-faux dont l’épaisseur peut atteindre 1,4 m. Ce dispositif, lisible en pignon, permet d’éviter tout point porteur dans les salles d’enseignement et de développer une façade libre. Une immense galerie vitrée mène ainsi à l’amphithéâtre de 500 places, doublée d’une galerie de desserte abritant des amphis d’échelle intermédiaire (350 places au total). Outre sa rationalité constructive, l’ensemble réussit le pari d’intégrer des éléments remarquables de design et de second œuvre, qui qualifient cet ensemble emblématique des architectures des Trente Glorieuses. Calepinages, mobilier sur mesure, décors menuisés forment un décor intérieur raffiné.

Le choix d’une démolition à 5,5 M€

Le contrat plan Etat-Région qui s'achève en 2020 prévoit une dépense à hauteur de 5,5 M€ pour la démolition du bâtiment. Sur cette enveloppe, 2,5 M€ sont dédiés au désamiantage, incontournable, qu’il s’agisse d’une réhabilitation ou d’une démolition pure et simple. Trois millions d’euros sont consacrés à la démolition et au «réaménagement du site» qui n’a d’autre vocation que de réaliser de la voirie et d’imperméabiliser les sols. L’enveloppe budgétaire pourrait au contraire soutenir un réel investissement durable et non une suppression pure et simple d’un édifice déjà existant –et largement amorti.

Une réhabilitation souhaitable et réalisable

La structure de l’édifice, composée d'un portique central bordé de petites salles d'un côté et des grandes de l'autre, rend la reconversion à de nouvelles fonctions parfaitement réalisable, facilitée par la grande hauteur sous-plafond qui offre des espaces remarquables. Les poutres creuses de près d'1 m d'épaisseur permettraient également d'irriguer tout le bâtiment de nouveaux réseaux. Tandis que  la façade en métal et verre peut être très facilement déposée et remplacée, car elle est libre et non porteuse. Le bâtiment a bien résisté aux assauts du temps et, même désaffecté, a conservé son intégrité. Mais pour combien de temps? La réhabilitation est non seulement possible, mais elle est économe en coût, en temps de chantier, en énergie et elle génère des espaces dont la valeur culturelle est indéniable. La sauvegarde permettrait non seulement de conserver un témoignage d’une architecture remarquable de la Normandie de la fin des années 1950, mais elle mettrait à disposition un site à disposition de la communauté universitaire et estudiantine.

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