A Saint-Etienne, une opération de 14 logements sociaux crée une nouvelle urbanité grâce à Link architectes

Pour que leur bâtiment fasse corps avec le déjà-là, les architectes l’ont conçu avec les qualités urbaines et esthétiques de son environnement. Dans un contexte bouché et minéral, où les perspectives sont rares, l’opération crée une nouvelle urbanité, faite de dilatations et de végétal.
14 logements sociaux à Saint-Etienne par Link architectes - © François Maisonnasse
photo n° 1/11
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Avant de découvrir ces 14 logements sociaux à Saint-Etienne, on connaissait de l’agence Link une réalisation située non loin : un centre de loisirs encastré dans un talus végétal, en surplomb de la plage de Saint-Victor-sur-Loire. Rigoureusement composé, le petit édifice exprimait déjà l’attention que portent les architectes au contexte et à l’usage. Tisser une continuité naturelle avec l’existant et penser l’espace à hauteur d’habitant, voilà les préoccupations des lyonnais Jérôme Glairoux, Romain Chazalon et Gérald Lafond. L’opération livrée dans le quartier Jacquard témoigne de ces exigences conceptuelles. Pour accompagner l’ouverture de l’îlot dans la continuité d’une artère très passante, l’étude de faisabilité suggérait la création d’un unique volume, adossé à une héberge dégagée par la percée. Les architectes persuadent le maître d’ouvrage que le passage public et son jardin ne peuvent fonctionner que mieux cadrés ; trop déliés, ils ne pourraient pas s’inscrire naturellement dans ce quartier très dense, aux rues étroites. Ils proposent la création d’un deuxième bâtiment pour tenir le vide – ajoutant, au passage, quatre logements au programme. De près de 20 m de large au niveau du jardin public, le passage se réduit à moins de 10 m face à la rue qu’il prolonge, en correspondance avec la largeur de la chaussée. 

Sublimer l’ordinaire

Conçue telle une intériorité, la nouvelle percée piétonne s’est imposée comme le point de départ du dessin de l’opération de logements sociaux ; le travail en maquette permettant ensuite de construire ses limites et le confort des habitations. Chez Link, chacun prend tour à tour la main sur le dessin pour réinterpréter les traits posés par le précédent. Une manière d’éprouver les possibles et d’atteindre la proposition la plus convaincante. Progressivement, le prolongement des axes de composition des alentours et la création de toitures traditionnelles à deux pans ont fait émerger des masses bâties facettées. Si leurs lignes dynamiques paraissent complexes, elles sont rationnellement nées de leur contexte. Et l’évidence avec laquelle elles s’y inscrivent le confirme. Les nouveaux bâtiments libèrent des perspectives inédites, y compris depuis les logements, dans un quartier où la vue est habituellement bouchée. C’est en construisant l’usage du passage public que les architectes ont imaginé les habitations. On y entre depuis le coeur d’îlot, via des escaliers et des coursives de plein air, signifiés par les claustras. Les habitations s’ouvrent généreusement sur le jardin – le seul du quartier –, par des châssis de près de 2,80 m de large et des loggias. La douceur que déploie Link vis-à-vis du contexte se prolonge jusque dans l’écriture architecturale : pas d’exubérance mais une attention aux qualités de l’environnement pour s’y fondre. Rien à voir avec cette quête de neutralité exemptée de généalogie formelle, qui stimule les concepteurs revenus de l’éclectisme surexpressif des années 2000. Au contraire, Link revendique la recherche d’une familiarité avec les alentours, en interprétant ses signes distinctifs. Le traitement du rez-de-chaussée en béton coulé prolonge la ligne de soubassement des immeubles voisins, tout comme les proportions de plein et de vide sur rue se calent sur celles des mitoyens. Idem pour la corniche en zinc qui souligne la toiture, motif emprunté aux constructions alentour. S’il est rudimentaire, le mode constructif en béton cellulaire isolé par l’intérieur n’a pas empêché les architectes de projeter quelques subtils détails. La légère saillie des appuis de fenêtre dessine de délicats traits d’ombre qui rehaussent les aplats ternes de l’enduit. Tout comme ceux produits par les fines découpes opérées dans les encadrements de baies. Etre dans le périmètre d’une zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP) a, de toute évidence, joué en faveur du projet, pour lequel des prestations de qualité ont pu être mises en oeuvre, comme la pose des menuiseries en mélèze et de stores à lamelles, au lieu des désespérants volets roulants.

 

Retrouvez l'article complet des 14 logements sociaux construits à Saint-Etienne par Link architectes dans AMC n°278-mai 2019

 

  • Lieu : Saint-Etienne (Loire)
  • Maîtrise d’ouvrage : Métropole habitat (bâtiment) ; EPA Saint-Etienne (espace public)
  • Maîtrise d'oeuvre : Link architectes, Jérôme Glairoux, Romain Chazalon, Gérald Lafond ; Rabeisen, BET structure ; GBA, économiste ; BEBC, fluides ; Atelier de ville en ville, maîtrise d’oeuvre d’exécution de l’espace public
  • Programme : 14 logements sociaux, un commerce, espace public (jardin et passage)
  • Surface : 1 260 m2
  • Calendrier : lauréat concours, 2011 ; livraison, 2018
  • Coût : 1,66 M€ HT

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